CHAPITRE CXXI
Comment le dessnt dit due de Bourgogne alla i puiaunce derera Parla, et se logea i Saint^Denia, et de toat ce qui advint, durant ce voyage, à cause d'icelui.
Or est vérité que le duc de Bourgogne, pour parfoumir son entreprise & aller à Paris parlant d'Arras, se tira vers Péronne pour avoir le droit passage ; mais ceux de la ville , qui déjà avoient eu défense, de par le roi, de le non laisser passer, envoyèrent devers lui le seigneur de Longueval , leur capitaine , pour eux excuser en déniant icelui passage. Et j& soit ce que le dit duc ne le prit pas bien en gré, néanmoins feignant que de ce ne lui chaloit , s'en alla par dehors , et passa la rivière de Somme à Esclusier, et s'en alla à Roye en Yermandois ; et de là envoya devant, à Compiègne , le comte de Nevers, son frère , qui déjà s'étoit joint avec lui atout belle compagnie. Lequel de Nevers traita tant avec eux , nonobstant qu'ils avoient défense au contraire de par le roi , qu'ils furent conlenis de livrer
passage au dit due de Bourgogne. Et la cause qui plus les inclina à ce faire fut ce qu'on leur montra la copie et vidimv* des lettres que avoit envoyées le duc d'Aquitaine au duc de Bourgogne , contenants qu'il allât devers lui , duquel vidimiu et copie la teneur s'ensuit mot après autre sous scel royal :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jean Clabaut, écuyer, garde , de par le roi, du scel du bailliage de Yermandois, établi à Royc, salut.
» Sachent tous que le vingt-troisième jour de février de l'an présent mil quatre cent et treize, de par très haut et puissant prince monseigneur le duc de Bourgogne, nous avoient été exhibées et montrées trois paires de lettres closes, et signées de très excellent et puissant prince monseigneur le duc d'Aquitaine , lesquelles nous avons vues, tenues et lues de mot à mot, et desquelles la teneur s'ensuit :
» Très cher et bien aimé père , nous vous » mandons }fae incontinent ces lettres vues , » toutes excusations cessants, vous veniez de- » vers nous bien accompagné pour la sûreté » de votre personne ; et en ce sur tout que » vous doutez à nous courroucer ne nous dé- » faiUez pas.
» Ecrit de notre propre main, à Paris, le » quatrième jour de décembre » , signées de sa main , « Louis » ; et en la suscription : <• A » notre très cher et bien aimé père le duc de » Bourgogne. »
u Très cher et très aimé père , Je vous ai » autrefois écrit que vous vinssiez devers moi » très bien accompagné ; pour quoi je vous » prie et mande encore que le plus tôt que » vous pourrez vous veniez à moi très bien ao< » compagne ; et pour cause , et ne doutez, car » je porterai votre fait tout outre qui le veuille » voir.
» Ecrit de ma propre main, à Paris, le trei- » ziéme jour de décembre » , signées de sa main, » Louis >>. En la suscription : « A notre » très cher et très aimé père le duc de Bour- » gogne. »
« Très cher et très aimé père , Je tous ai » mandé par deux fois que vous vinssiez à » moi, dont vous n'avez rien fait; toutefob » nous vous mandons encore derechef que, » toutes choses arrière mises , le plus tôt que