‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 207 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

» vous pourrez , vous veniez à nous très bien » accmnpagné pour votre sûreté , et en ce ne » dëfaUlez point pour quelconques lettres que « TOUS ayez de nous au contraire, sur toute l'a- » moar que nous aimez, et surtout quant que » vous nous doutez à courroucer, et pour cer- » laines causes qui tant nous (oudient que plus » ne nous peuvent toucher. Ecrit de ma pro- » pre main, le vingt-deuxième jour de dècem- » bre, » signées de sa propre main, •• Louis. » Et la suscription d'icelles lettres : « A notre » très cher et bien aimé père le duc de Bour- » gogne. »

» En témoins desquelles lettres dessus dites écrites, par nous vues, lues et tenues, comme dit est , nous avons mis à cesles le scel du dit bailliage, sauf le droit du roi notre sire et l'autrui, et fait à l'original, la collation faite en la présence de Jean Billart, ècuyer, garde de par le roi de la prévftté de Roye et des terres exemptes, de Charmy et des ressorts de Roye, es présences de Pierre de La Beaune, grénetier du dit lieu de Roye, de ^Nicolas d'Ardel-Cbanons de Roye, Jean Pelle-Haste, maître Guillamno de La Garde, maître Godefroy Baudun , Brissart, tabellion royal, l'an et le Jour dessus dits, ainsi signé Brissart. »

Et au troisième jour alla de Roye le dit duc de Bourgogne à Compiègne.

Et après qu'il eut eu convenance des plus notables de la ville de tenir son parti , prit son chemin pour aller à Senlis , où il avoit déjà envoyé le seigneur de Roubaix , pour savoir s'ils le recevroient; mais ils le refusèrent à mettre en leur ville , pour la défense du roi que ils avoient eue : pour quoi le dit duc de Bourgogne prit son chemin par Barron à Dammartin , là où étoient Jà venus audevant de lui les seigneurs de Bourgogne, à grosse compagnie.

Et tandis que le dit duc de Boui^ogne approchoit ainsi Paris, en allèrent les nouvelles au duc d'Aquitaine et autres seigneurs du sang royal ; lequel duc d'Aquitaine dlnoit à l'hâte! d'un chanoine , au cloître de Notre- Bame de Paris. Lesquelles nouvelles ouïes, s'assemblèrent au cloître le roi Louis , le duc d'Orléans , le comte d'Eu , le comte d'Armagnac et plusieurs autres grands seigneurs, atout grand' compagnie de gens d'armes ; et

là mcmta à cheval le duc d'Aquitaine. Lesquels firent et ordonnèrent trois batailles : c'est à savoir l'avant-garde , la grosse bataille et l'arrière-garde ; et ce fait , vinrent devant le portail de Notre-Dame , et de là devant l'hôtel de la ville, et là s'arrêtèrent. L'avant-garde conduisoient trois comtes , c'est à savoir de. Vertus, d'Eu et de Richemont, qui chevauchoient tous trois de front, et leurs gens les suivoient au dos, et la grand' bataille les suivoit un peu après; de laquelle étoient devant le roi Louis, le duc d'Aquitaine et le duc d'Orléans , lesquels ensuivoient grand' multitude de gens d'armes; et l'arrière-garde gouvemoient le comte d'Armagnac, Louis Bourdon et le seigneur de Gaule , qui tous trois chevauchoient de front devant leurs gens, lesquels on esfimoit en tout environ onze mille chevaux. Et eux étants devant leurs dits hôtels , commença à sonner une trompette ; et tantôt le chancelier d'Aquitaine vint, après le duc d'Aquitaine, qui dit au peuple de Paris, qui suivoit , afin qu'il vit que ce vouloit être : « Que monseigneur le duc d'Aquitaine , premier fils du roi de France, les regracioit du bon devoir et de la bonne amour qu'ils avoient eu et avoient à lui , du service et de la loyauté et obédience qu'à cette fois ils lui montroient, et qu'il avoit espérance qu'encore feroient; et que tous s'appointassent de leur pouvoir et puissance de résister à rencontre du duc de Bourgogne et à sa très mauvaise entreprise ; lequel venoit contre la volonté du roi et contre sa défense, et aussi contre la dite paix, et en enfreignant icelle; et aussi qu'il leur raratifioit et afflrmoit qu'il ne l'avoit pas mandé ni n'avoit écrit qu'il vint à Paris, Jà soit ce qu'il dtl avoir les lettres devers lui. » El puis il demanda au dit duc d'Aquitaine s'il l'avouoit, lequel , avec son aveu, dit qu'il disoit vôrité et ainsi l'affirma.

Lesquelles choses ainsi dites , et plusieurs autres , par le dit chancelier d'Aquitaine , les devants dits seigneurs se partirent par la manière dessus dite , et chevauchèrent tout droit à la Croix-du-Tiroir, et là arrêtèrent; et là le dit chancelier étant à cheval devant le due d'Aquitaine , devant le peuple , qui là étoit sans nombre assemblé, dit ce qu'il avoit dit et récité en Grève , et , comme devant, de ce se fit

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

avouer du duc d'Aquitaine. Lequel avoue, icelui duc entra au Louvre, le duo d'Orléans s'en alla au prieuré Saint-Martin-des-Champs , le roi Louis en la bastille Saint-Antoine, les comtes d'Armagnac et Bourbon en l'hôtel d'Artois, et les autres ailleurs.

Le duc de Berri , après ce fait , vint de son hôtel de Nesle au Louvre visiter le dit duc d'Aquitaine , et de là s'en alla au Temple , et là se logea avec ses gens.

Et les seigneurs soigneusement et souvent alloient parmi la ville , afin que aucune rumeur ne s'émût en la ville ; et firent clore toutes les portes, e\cepté la porte Saint-Antoine et la porte Saint-Jacques. Si éloient en grand doute, nonobstant qu'ils eussent grand' puissance de gens d'armes, qu'en la faveur du duo de Bourgogne et à sa venue, le peuple ne s'émôt contre eux, et par spécial ceux du quartier des halles.

Le duc de Bourgogne de Dammartin vint loger atout sa puissance dedans la ville de Saint-Denis, qui lui ftal ouverte et abandonnée par les habitants d'icelle , et se logea à l'hôtel de l'Épée. Si ponvoit avoir en sa compagnie bien deux mille bassinets, chevaliers et écuyers, tant des pays d'Artois et de Picardie comme de Flandre, Rëthelois et Bourguignons , avec deux à trois niiHe combattants, tant archers comme arbalétriers et autres varlets armés. Et étoieut avec lui messire Jean de Luxembourg atout les gens du comte Waleran de Saint-Pol , son oncle. Après la venue duquel duc de Bourgogne dedans Saint-Denis, le troisième Jour ensuivant, envoya & Paris son roi d'armes d'Artois , portant lettres au roi , à la reine, au due d'Aquitaine et à ceux de la ville, par lesquelles il leur requéroit qu'ils voulsissent être contents qu'il allftt devers eux pour dire la cause de sa venue ; laquelle, comme il disoit, étoit toute tendante & bonne Bn, et qu'il n'étoil venu aucunement pour faire guerre ni pour porter dommage A quelque personne ; mais seulement au mandement du duc d'Aquitaine , pour lui servir et obéir , ainsi que tenu y étoit.

Lecpiel roi d'armes, venu au dît lieu de Paris, fut mené en un hôtel , et tantôt après vint devers lui un homme qu'il ne connolssoit, lequel lai dit qu'il s'en alMt liAtivement, ou on

lui feroit déplaisir de sa personne. Et bref m-' suivant, ainsi qu'il devoit monter A cheval poui' s'en retourner, voyant qu'on ne le vouloit ouir ni recevoir ses lettres , il vint derechef A lui le comte d'Armagnac, qui lui dit que si lui ou autre de par le duc de Bourgogne retoumoit plus dedans Paris , on leur couperoit les têtes: Et sur ce, s'en retourna dedans Sainte-Denis de-> vers son maître le duc de Bourgogne, auquel il raconta toutes les besognes dessus dite et lu rudesse qu'on lui avoit faite ; et si en fut icelui duc malcontent , et se conclut avec ceux de son conseil d'y aller en puissance et en per-* sonne avec toute sa dite puissance. Si se mit le lendemain très matin aux champs avec tous ses gens, qui étoient tous armés comme si présentement dussent entrer en la bataille; et en belle ordonnance se tira assez prés de la porte Moint-Marlre , laquelle étoit close ; et lA , par grand espace , se tint sur mont tout ordonné en bataille, que c'étoit belle chose A voir.

Le dit duc ainsi étant lA , il envoya derechef son roi d'armes à la porte Saint-Honoré, laquelle aussi étoit close, en disant et requérant à ceux qui étoient sur la dite porte que quatre de ses plus féables chevaliers , lesquels il avoit envoyés assez près icelui roi d'armes. Il voulsisscnt ouir dire les causes de sa venue , tendants k toute bonne paix ; mais il fut répondu par iceux que s'il ne s'en alloit bientôt , on trahiroit après lui de bons carreaux d'ar-' balètes; disants outre qu'ils n'avoient cure d'ouir le dit duc ni ses chevaliers. Et par ainsi s'en retournèrent devers leurs maîtres.

Et entre-temps, Enguerrand de Boumonville atout environ quatre cents combattants étoit descendu A pied , et atout l'étendard do dit duc étoit allé assez près de la porte Saint- Honoré pour voir s'il pourroit rien faire, car leur espérance étoit que le peuple se mettroit sus à puissance pour les mettre dedans par aucune porte ; ce qui pas n'advint. Si parla lé dit Enguerrand aucunes paroles A Bourdon , qui étoit lA , lequel ne répondit mot. Et pour tant icelui Enguerrand , voyant que rien ne pouvoit besogner, se retrahit; mais en retrayant on tira d'arbalètes après lui; et fut l'un de ses gens navré, jA soit ce que lui ni nui de ses gens n'eussent montré semblant de ttàn aucune guerre par trait ni autrement A ceux

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