‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 208 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de Paris , pour la rétérenee du roi et du due d'Aquitaine ; car il leur étoit défendu du dit due. Lequel, quand il vit que rien ne profitoit, s'en retourna au dit lien de Saint-Denis, el fit éerire lettres, lesquelles ilfll attacher par nuit, par aucuns ses favorisants , aux poteaux de régfise Notre-Dame, du Palais et ailleurs à Paris; et lesquelles il envoya à plusieurs bonnes villes, desquelles la copie s'ensuit:

« Nous, Jean, due de Bourgogne, comte de Flandre , d'Artois et de Bourgogne , palatin , seigneur de Salins et de Malines , certifions à tous que, par vertu de plusieurs lettres écrites et signées de la main de monseigneur d'Aquitaine , nous vînmes devers Paris pour nous employer au bien du roi et commandement de monseigneur d'Aquitaine ; et avecque ce à l'aider & mettre hors de danger et servitude où il est pour le présent : pour laquelle cause nous voulons employer nous , notre corps , notre puissance et tout ce que Dieu nous a prêté en ce monde, en signifiant à tous les bienveillants du roi et de monseigneur d'Aqnitaine qu'ils seront mis, si nous pouvons, à leur pleine délivrance, franche volonté et seigneurie ; et ceux qui les ont mis et tiennent en servage seront r'fttés d'avecque eux , et chacun en son pays. Et afin que nul n'entende que nous soyons venus pour quelque ambition ou concupiscence d'avoir l'administration et gouvernement de ce royaume, ni que nous voulions aucunement adommager la bonne ville de Paris , sommes prêts et appareillés d'entretenir tout ce que , par l'ordonnance du roi, avons Juré et promis, et semblablement de retourner en aucun de DOS pays, pourvu qu'il soit ainsi fait des autres qui l'ont Jurée, lesquels ont fût et font le contraire. Et voulons bien que Dieu et chacun sache que Jusqu'adonc que nous sentirons monseigneur le roi et monseigneur d'Aquitaine être au devant dit état , et les autres pareillement avecque leurs gens, et qui tiennent leur partie être dans Paris, et ne retourner en leur pays , et que mon dit seigneur le roi soit pourvu de bons et notables chevaliers , conseillers et serviteurs , et pareillement mon dit seigneur d'Aquitaine , nous ne nous départirons ni déporterons de notre entreprise ; car nous aurions plus cher à mourir que voir monseigneur le roi et monseigneur d'Aquitaine

ainsi être demeurés en servage. Et ne nous pouvons assez émerveiller comment les bourgeois et loyaux sujets de mon dit seigneur le roi ont tels cœurs envers lui , et ils peuvent soufh-ir telle dureté qu'on leur fait et tient. Et avecque ce , nous qui sommes si prochaine que chacun sait , nous sommes moult de ce émerveillés , que nuls n'ont voulu ni recevoir nos chevaliers , ni héraut , ni autre qui ait voulu s'offrir de présenter nos lettres & mon» seigneur le roi, h madame la reine, à monseigneur d'Aquitaine et à la bonne ville de Paris.

» El Jà soit ce que, sans invasion de trait ou autrement faire, fussions devant la bonne ville de Paris, par le commandement devant dit, et pour exposer aucunes besognes touchant lé bien de paix et de tout ce royaume , ont été traits el blessés de nos gens , sans ce que par beau parler ont les ait voulu ouir ni écouter ; mais par le comte d'Armagnac tM dit A notre roi d'armes que s'il y retoumoit plus , la tête lui seroit ôtée ; laquelle chose nous est dure à porter et à souffrir. Et mêmement que nous et notre compagnie sommes venus en payant partout nos dépenses, comme prochain et proesme de mon dit seigneur le roi et de monseigneur d'Aquitaine, requérant & tous Iti bienveillants et loyaux sujets qu'ils nous veuillent aider et conforter, et nous servir contre tous ceux qui ainsi ont mis en danger et servitude mon dit seigneur d'Aquitaine, eh eux signifiant du Mi contraire en temps et en lieu de accuser du fait contraire de déloyauté envers leur souverain seigneur ; et de ce n'ait point doute, car, à l'aide de Dieu et du boa droit qu'avons en cette querelle, nous le porterons , soutiendrons et conforlerons ; et de ce sommes-nous puissants, el bonne volonté aVons avecque plusieurs et notables bonnes villes du royaume, lesquelles nous avons trouvées i qui demeureront avecque nous.

» Donné h Saint-Denis , sous notre scel dé secret, en l'absence du grand-conseil, le onzième Jour de février l'an mil quatre cent et treize. »

Lesquelles lettres , quand elles furent trouvées ainsi , comme dit est , attachées en plusieurs lieux dedans Paris, forent ceux qui étoient contraires au dit duc de Bourgogne en plus grand soupçon que devant. Néanmoins

ils pourvurent si bien A la garde de la viHe que nuls inconvénients ne leur en advinrent.

£n après, durant le temps que le dessus dit duc de Bourgogne étoit A Saint-Denis , comme dit est , le seigneur de Croy, qui étoit en sa compagnie, envoya Jusqu'à vingt hommes d'armes des plus experts et aventureux de sa charge passer la rivière de Seine, très bien montés, devers Conflans ; et chevauchèrent le plus secrètement qu'ils purent, chacun la.lance au poing, jusqu'en la ville de Mont-le-Héry, et là se logèrent en deux hôtelleries assez près l'un de l'autre i et feignoient qu'ils fussent au duc d'Orléans.

Or est ainsi que messire Jean de Croy, fils du dit seigneur de Croy, qui étoit prisonnier au chàtei, comme dit est ailleurs, étoit aucunement averti de leur venue par le moyen d'un chapelain, qui léans se gouvemoit. Si trouva manière d'aller ouir la messe à l'église , qui étoit assez près du dit chàtel. Et adonc iceux hommes d'armes, qui éloienl tous prêts et sur leur garde, montèrent à cheval et vinrent au dit messire Jean de Croy, lequel ils firent tantôt monter sur un bon cheval, et incontinent chevauchèrent parlant de là très roidement en tirant vers Pontoise. £t depuis prirent leur chemin pour retourner au passage par où ils avoient passé la rivière de Seine ; et flnablement firent si bonne diligence qu'ils ramenèrent (Iranchement icelui à son père, au dit lieu de Saint-Denis. Pour laquelle entreprise ainsi par eux achevée, ils furent grandement recommandés , tant du duc de Bourgogne comme du dit seigneur de Croy. Et furent les principaux conduisants cette besogne : Lamontde Launoy, Yillemont de Monchart, Jenninet de Molliens, Jean Roussel et autres, jusqu'au nombre dessus dit. Toutefois ils furent poursuivis assez roidement de la garnison du dit châtel de Mont-4e-Héry; mais ils ne les purent trouver, pour les divers chemins qu'ils tinrent.

En outre, le duc de Bourgogne envoya encore le roi d'armes de Flandre à Paris, portant lettres au roi de Sicile et aux ducs d'Orléans et de Berri, pour eux signifier les causes de sa venue , en eux requérant que lui souffrissent parler, ou au moins ses gens au roi ou au duc d'Aquitaine, et qu'il étoit venu pour tout bien , et que ce qu'il avoil juré et promis il vouloit

entretenir, et qu'ainsi voulsissent faire dç leur partie : disant outre qu'ils laiss^issent le roi et le duc d'Aquitaine dominer et gouverner son royaume sans eux tenir en servitude, et spécialement, icelui duc d'Aquitaine, lequel ils détiennent à sa très grand' déplaisance. Mais quand le dit roi d'armes vint devant la porte Saintr-Antoine , il lui fut dit qu'il n'entreroit pas dedans et ne recevroit-on pas ses lettres, et s'il ne s'en alloilbien en hftle, qu'on lui feroit déplaisir. Lequel oyant ce, conseilla à luimême, prit les dites lettres, les bouta en un b&ton fendu, lequel il ficha en terre, et là les laissa, et le plus tôt qu'il put s'en retourna à Saint-Denis devers son mattre le duc, qui en persévérant fut plus roalconlent que devant. Néanmoins, voyant que rien ne pouvoit achever de son intention , délibéra avecque son conseil de retourner en son pays ; et par aU" cuns peu de jours vint à Compiègne, le chemin qu'il avoit tenu. Dedans laquelle ville et en la cité de Soissons il laissa garnison de gens d'armes et de trait : est à savoir, au dit lieu c^ Compiègne, pour capitaine messire Hue de Langny, les seigneurs de Saint-Léger et de Serez, Hector et Philippe de Saveuse, Bouvelet de Magenshien , et plusieurs autres experts hommes de guerre, jusqu'à cinq cents combattants ou environ ; et à Soissons fut mis Ënguerrand de Bournonville , messire CoUart de Fiennes, Lamon de Launoy, Guiot Le Boutillier, normand, messire Pierre deMenault et plusieurs autres gens de guerre.

£t fut conclu par le dit duc avec sa chevalerie et les dites bonnes villes que jusqu'à tant que le roi et le duc d'Aquitaine seraient en plein régime et franchise, sans être ainsi détenus, et qu'ils se gouverneroient par telles bonnes personnes qu'il leur plaira, et que les dits seigneurs qui ainsi les détiennent et les gens de leur bande seront chacun en son pays, si comme lui de Bourgogne et ceux de sou parti s'offrent à eux en aller en leurs terres et pays, ils ne se départiront de celle opinion et ne donneront point d'obéissance au mandement du roi, donné par le conseil et avis des dits seigneurs, ni de ceux de leur parti; et tout cela le dit de Bourgogne, nobles et bonnes villes signifieront et veuillent signifier à toutes bonnes personnes de ce royaume ; et ce même

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