LIVRE PREMIER
leur mande le doc de Bourgogne, de par le roi et le duc d'Aquitaine; et de sa partie il requiert qu'à celle fin ils le touillent aider à ceux adjoindre ayec lui; et en ce Taisant, eux et chacun d'eux acquitteront leur loyauté , et en seront recommandés toute leur vie. Et le dit duc teur promit d'eux aider et conforter de tout son pouvoir, et de ce leur bailla ses lettres ; et après se partit de Compiégne et retourna & Arras.
Si envoya ses Bourguignons, qui étoient environ sept cents lances , vivre au pays de Cambresiset en Thierache, aucontempt du roi Louis, qu'il n'aimoil point, et aussi de messire Robert de Bar, qui pas ne l'avoit voulu servir en ce voyage , et si étoit son homme lige.
Auquel lieu d'Arras il manda à venir devers loi, le deuxième jour de mars, les trois états da pays d'Artois , et par spécial les nobles , avec lesquels il eut grand parlement sur ses affaires ; et leur fit montrer par le seigneur de d'Olhaing les trois lettres que lui avoit écrites le duc d'Aquitaine. Après qu'elles furent lues, afOrma sur la foi, présents tous les seigneurs là étant, et autres, qu'elles étoient écrites et signées de la propre main du dessus dit duc d'Aquitaine. Et après que tout ceux-là étants loi eurent promis de le servir à rencontre de tous ses adversaires, excepté le roi et ses enfants, et aussi qu'il eut ordonné par conseil à écrire lettres à plusieurs bonnes villes, desquelles la teneur s'ensuit, lesquelles furent envoyées à Amiens , il se départit et s'en alla en son pays de Flandre pour faire pareillement.
> Très chers et bons amis, pource que toujours voulons et désirons , vous et autres , et tous autres bons et loyaux sujets de monseigneur le roi, et les bienveillants aussi de mon très redouté seigneur le duc d'Aquitaine, dauphin de Vienne, être avertis de tout ce qui peut toucher à son bon état et honneur, et celai de son royaume, et du bien public d'icelui, afin d'aider à pourvoir à iceux justement et loyaument, ainsi qu'il appartient, vous signifions qu'à la très singulière requête de mon dit seigneur d'Aquitaine, duement à nous hite par trois paires de lettres closes, écrites et sij^nées de sa propre main, contenant en
effet que, sur tout le plaisir et service que Jamais nous lui désirions à faire , nous venissions devers lui le mieux et le plus grandement accompagné que nous pourrions, nous, obtempérant à son bon plaisir et volonté, comme faire le devions , sachant aussi le grand danger et servage en quoi il étoit , et encore par aucuns est détenu au chfttel du Louvre, contre droit et raison , à son très grand et amer déplaisir, nous mîmes en armes à puissance, non pas par ambition ou concupiscence d'avoir aucune nouvelle domination en ce royaume, ni pour rompre on enfreindre aucunement la paix jurée et promise par nous, laquelle nous voulons sur toutes choses garder et entretenir, mais seulement pour obéir, ainsi que nous sommes tenus ,' au bon plaisir et volonté de monseigneur le roi et de mon dit seigneur d'Aquitaine, en intention de les mettre de tout notre pouvoir hors du danger devant dit, sans faire guerre , dépouiller, ni dérober, ni faire ou porter quelque dommage; mais sommes venus en courtoisement et amiablement vivant, en payant nos dépens, jusque dans la ville de Saint-Denis en France. Duquel lieu , le plus tôt que nous y fûmes entrés, nous envoyâmes par notre héraut, le roi d'armes d'Artois, certaines lettres closes adressant à monseigneur le roi, à madame la reine et à mon dit sieur d'Aquitaine, et aussi à la bonne ville de Paris, par lesquelles nous les notifiions, et savoir faisions notre venue, et que aucunement nous ne venions pour faire guerre ni la dite paix enfreindre, mais venions au mandement de moç dit seigneur d'Aquitaine, et pour obéir à son bon plaisir, comme dit est, en requérant d'avoir actes de parler et d'être ouï devers monseigneur le roi et monseigneur d'Aquitaine pour toi^tjours faire notre devoir, et aussi faire ses bons vouloir et plaisir, et de tout notre pouvoir accomplir, comme raison est et que nous sommes tenus.
■ Mais , cela nonobstant , la représentation de nos dites lettres, rigoureusement et sans cause raisonnable par le comte d'Armagnac et autres ses adhérents fut empêchée, en grand contempt et vitupère de nous et des nôtres, en disant par le dit comte à notre dit héraut que s'il ne se partoit bientôt et sans demeure , et que s'il, ou autre de nos gens, revenoit plus ,
CHROiMQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET.