LIVRE PREMIER
après en diterses prisons ; el à un autre joiir assez près ensuivant, revinrent les dites gens de bas état, par l'enhort du dit duc de Bourgogne, par telle manière que dit est, c'est à savoir atout grand' assemblée de gens d'armes , à étendard déployé , & notre hôtel de Sainl-Pol, auquel, par force et violence, contre notre gré et volonté, et aussi de notre dite compagne et premier fils, ils prirent de fait notre cher et aimé frère Louis, duc de Bavière, et certains autres officiers de notre dit premier fils, et aussi certaines dames et damoiselles étant en la compagnie et service de notre dite compagne la reine, lesquelles ils prirent en sa chambre, elle présente ; lesquels tous ensemble ils emmenèrent et mirent en diverses prisons, èsquelles ib les ont très longuement tenus en très grand péril de leurs personnes. Et avecque ce les gens de bas état, par le consentement, port, faveur et entreprise du dit de Bourgogne, firent plusieurs autres excès, crimes et délits, si comme, de nuit et de jour, prendre sans autorité de Justice plusieurs officiers de nous, et autres habitants de notre dite ville de Paris, et eux mis en prison, tantôt après plusieurs d'iceux occirent et tuèrent, et les autres Jetèrent en la rivière et les noyèrent, et les autres firent mettre en chartre et composer & grand' somme de deniers, sans ce que pour les dits excès on les osflt reprendre ni corriger, tout par le port et faveur du dit due de Bourgogne, qui par ses moyens nous a tenu, et notre compagne la reine, et aussi notre dit flb Loub, en grand* servitude et danger, et telle que nous n'avions franchise ni liberté de quelque chose faire à notre plaisance, mais nous avoit baillé depuis les dites prises toos officiers et serviteurs & sa poesté, et mèmement de gens de petit état, Jusqu'à ce qu'il plût à Tïotre-Seigneur que par le bon moyen, provision et diligence de notre très cher et bien amé cousin le roi de Sicile, de notre fils et n&veu d'Orléans, et de nos très chers et amès cousins le duc de Bouriwn, le comte d'Âiençon, le comte d'Eu et plusieurs autres de notre sang et lignage, et de plusieurs prélats, barons, chevaliers, écuyers et plusieurs de notre cour de parlement, et plusieurs de notre fille l'université et bons bourgeois et marchands de notre ville de Paris, nous, notre dite compagne et
fils fûmes remis en notre franchise et liberté, en tel état que nous par raison devions être, et que la dite paix par nous faite au dit lieu d'Auxerre, et confirmée, est de nouvel Jurée, tant par le dit de Bourgogne comme par autres de notre sang et lignage, jà soit ce que le dit de Bourgogne devant la chevauchée que notre dit neveu et fils fit par le moyen de la ville de Paris, le vendredi quatrième jour du mois d'août dernièrement passé, se fût efforcé de tout son pouvoir de rompre et empêcher la dite paix, en faisant publier et dire en plusieurs hôtels et en moult de places communes de notre dite ville de Paris que accorder et consentir à la dite paix étoit toute destruction des bonnes gens de notre dite ville de Paris, qui étoit une très mauvaise, fausse et damnable induction, comme il est assez notoire. Et depuis la dite paix, ainsi renouvelée et réformée, comme dit est, le dit de Bourgogne ayant grand' déplaisance d'icelle, et de ce aussi que l'une des parties des dites gens de bas état, troubleurs et violeurs de paix, s'étoient absentés et rendus fagitib de notre ville de Paris, feignit qu'il s'en vouloit aller en Bourgogne, jà soit ce qu'il n'y allftt point, mais s'en alla en Flandre et en ses pays ailleurs, et en ses terres et seigneuries, où il recueillit et récepta les dits criminels et violeurs de paix, aussi faux traîtres homicides, lesquels, de son commandement et ordonnance, occirent et tuèrent notre dit ttite de bonne mémoire, comme dit est. Et j& soit ce que depuis le département du dit de Bourgogne nous eussions envoyé devers lui nos messagers solennels, par lesquels, entre les autres choses, nous lui fîmes requérir et commander de par nous que les dits malfaiteurs, lesquels il retenoit devers lui, desquels les plusieurs ont été convaincus de crime de lèse-majesté devers nous, et pour celte cause bannis perpétuellement de notre royaume, et les autres sont appelés au droit de nous, qu'il les nous voulstt envoyer pour faire Justice selon leurs démérites, et aussi qu'il nous voulstt rendre ou faire rendre ou restituer plusieurs de nos chftteaux, lesquels il détenoit ou faisoit détenir pour lui et son profit, contre notre gré et volonté, c'est à savoir les châteaux du Crotoy, de Caen et de Cherbourg : néanmoins de toutes ces choses a été inobédient, et qui pis est, sous
CHRONIQUES D'ENGtERRÂND DE MONSTOELET. [Mlfl
ombre d'aucunes fausses et décelables couleurs par lui exquises, fit le plus grand mandement qu'il put de gens d'armes, tant de ses pays de Bourgogne et de Savoie comme de Flandre, d'Artois et d'ailleurs, afin de venir et approcher vers notre dite ville de Paris. Etpour avoir passage, port et faveur, écrivit et envoya lettres closes î plusieurs de nos bonnes villes, en requérant à «lies confort, sous couleur de ce qu'il disoit qu'il vouloit venir à Paris par le mandement de notre dit premier fils, pour nous mettre hors de servage et de prison, en quoi il disait que nous étions déte> nus ; laquelle cboseétoit une fausse et notoire mensonge, car nous ne fûmes oncques en plus grand' liberté et franchise que nous sommes & présent, et que nous avons été depuis son dé» parlement de nous; et ainsi il n'est point vrai que sur ce il ait eu mandement de nous. Mais est vrai que par nos lettres^patentes, nous et notre dit fils lui avons mandé et défendu, sur tout quoi qu'il se ponvoit méfaire envers nous, qu'il ne fût si osé de venir devers nous atout compagnies ni assemblées de gens d'armes, dont il ne lui a chalu ni a tenu cure ; mais qui pis est, a détenu et détient un des huissiers de notre dite cour de parlement, lequel nous avions envoyé devers lui garni de nos lettrespatentes à lui faire les défenses, lesquelles il lui a faites bien et solennellement. Et en persévérant de mal en pis et continuant en son mauvais et damnable propos, et vilipendant et contemnant les dits mandements et défenses de nous, qui sommes son souverain seigneur, et en soi rendant rebelle et inobédient à nous, de fait icelui de Bourgogne se mit en chemin contre nos dits mandements et défenses, en ap-' prochant notre dite ville de Paris atout le plus grand effort et puissance de gens d'armes et de trait qu'il a pu procurer par manière de guerre et hostilité, en troublant et rompant de fait, en tant qu'en lui est, la dite paix par lui tant solennellement jurée, comme dit est, et en lui constituant et rendant ingrat et indigne des biens et grâces par nous & lui faites au temps passé, et tient et amène en sa compagnie les faux traîtres, homicides, violeurs de paix, criminels et convaincus de crime de lése-maJesté, et bannis de notre royaume pour se efforcer d'émouvoir notre peuple à faire grand' sédi-
tion en notre bonne ville de Paris et aillean; et de fait s'est bouté en notre ville de Gompiégne contre certaines nos lettres de défense par nous faites aux habitants de la dite vilto qu'ils ne le sonifk'issent point entrer à puissance ni à compagnie de gens d'armes, et desquelles lettres il étoit averti et certifié, dont il n'a tenu compte, mais icelle ville a fait tenir et occuper pour soi aider contre nos défenses; et pareillement a fait prendre notre ville de Soissons par aucuns de ses gens, nonobstant que les habitants de la dite ville eussent de par nous lettres de défense, comme dit est,ee dont les gens du dit duc de Bourgogne ont été acertenés et avertis, et tellement s'est approché le dit de Bourgogne, qu'il s'est bouté en notre ville de Saint-Denis en France, et iœlle détient et occupe contre notre plaisir et volonté, en faisant d'icelle bastille et frontière contre notre ville de Paris, et en démontrant par effet sa mauvaise et damnable volonté, vint atout M puissance de gens d'armes par manière d'hostilité, atout sa dite puissance, à étendard déployé devant notre dite ville de Paris, et li le tint en bataille ordonnée par long temps, et envoya ses coureurs Jusqu'aux portes d'iceUe ville, cuidant faire en icelle sédition et émouvoir le peuple, en cuidant en icelle entrer par force et violence contre notre volonté, en fusant fait d'ennemi et en commettant crime de lése-m^]esté envers nous, dont plusieurs toter plaintes nous sont venues et viennent de Jour en jour, incessamment.
» Savoir faisons que nous, les choses dessus dites considérées, et autres plusieurs à ce nous mouvant, et même eue considération aux manières qu'il a toujours tenues devers nous depuis la mort de notre dit frère jusqu'A présent, lequel en tous ses ffeits a toujours procédé par voie de fait et par puissance et force d'armes, et ne voulut oncques obéir & nous ni A nos commandements, sinon en ce qui lui a plu i pour quoi ilest et doit être tenu pour ingrat et indigue, et privé de tous les biens et grâces que nous lui avons autrefois foites, eteoe sur ce très grand' et mfûre dém>éralion de conseil aveoqiie plusieurs de notre conseil, et avecque pinsieurs de notre sang et lignage, et antres nos sujets et prud'hommes, tant de notre grand- -conseil comme de la cour de notre pariement.