CHAPITRE GXXm
Cominenl let chitnM de Parte lurent Méet et les Parteleiu tenus en grand' lubjeclion, et des mandements rojaui qui derechef [tarent publiés.
Après que le duc de Bourgogne se Ait retrait de France en ses pays, comme dit est dessus, Tanneguy du Chfttel, qui naguère avoit été fait prévôt de Paris , avecque lui Remonet de La Guerre, furent commis de par les ducs de Berri et d'Orléans & faire ôter et détacher toutes les chaînes des rues et carrefours d'icelle ville de Paris, et les faire apporter à la bastille Saint-Antoine et au chàtel du Louvre { et aussi prirent et ôtérent toutes les armures de tous les bourgeois et manants, et les firent porter es forteresses dessus dites, chevauchant parmi Paris en armes tous les jours à grand' compagnie ; et avoient chars et charrettes qui menoient les dites chaînes et armures es lieux dessus dits. Et n'y avoient en ce temps si hardi bourgeois qui osét porter bftton défensable. Et «vecque ce foisoient les dits gens d'armes le guet de nuit et de jour aux portes et murailles aux dépens des dits bourgeois et manants, sans qu'ils eussent de ce faire quelque audience, ni qu'on se fiflt de rien en eux. Pour quoi les dessus dits bourgeois furent moult troublés et ennuyés en cœur, quand ils virent qu'on tenoit telles manières contre eux, et en y avoit plusieurs qui se repentoient de quoi ils s'étoient mis en la sujétion es adversaires du duc de Bourgogne, mais semblant n'en osoient faire.
A rencontre duquel duc dirent derechef envoyés par tout le royaume divers mandements
CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET
conlcnant, ou en substance, comment le dit duc de Bourgogne avoit été devant Paris , comme vous avez oui dessus , et comment par ses lettres et autrement il vouloit séduire le peuple contre le roi.
Duquel mandement la teneur s'ensuit , est à savoir de celui qu'il adressa au bailli d'Amiens:
« Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, an bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut et dilection.
» Comme autrefois, pource qu'il est venu à notre connoissance que Jean, notre cousin de Bourgogne , notre ennemi , rebelle et inobédient , avoit écrit et envoyé par plusieurs fois lettres closes et patentes, tant en notre bonne ville de Paris comme en plusieurs autres bonnes villes de notre royaume, & séduire et décevoir notre peuple, et pour conclure sa mauvaise et damnable entreprise que naguère il a faite pour venir à puissance de gens d'armes en notre ville de Paris , nous , par nos lettres lui eussions expressément mandé et commandé et défendu qu'il ne fût aucun , de quelque état qu'il fût , qui reçût quelques lettres closes et patentes du dit de Bourgogne ; et que si elles étoient reçues, que ouverture ni réponse aucune en quelque manière n'en fût faite nullement , mais nous fussent envoyées ou à notre cbancelier et conseil à en ordonner comme de raison. El il soit ainsi que le dit de Bourgogne , en continuant en son damnable propos , naguère ait envoyé certaines lettres-patentes scellées de son grand scel de secret en notre ville de Paris , et îcelles fit afficher de nuit et secrètement aux poteaux de plusieurs églises et en autres lieux de la dite ville et aussi en plusieurs autres villes de notre royaume , ainsi que nous avons entendu : par lesquelles est certifié, entre les autres choses , qu'il étoit venu devers Paris pour nous et notre très cher et très amé Ois duc d'Aquitaine mettre hors de danger et servage, en quoi le dit de Bourgogne disoil nous être détenus par aucuns étant devers nous , et que son intention étoit de Jamais se départir des dites entreprises et procurations Jusqu'adonc que iceux aient remis nous et notre dit fils en notre pleine domination et franche volonté. Lesquelles choses devant dites ainsi et autres par le dit duc de Bourgogne écrites sont notoirement fausses et contre toute
vérité, iesqueltes choses grâces à Dieu rendons : car nous ni notre dit fils n'avons été ni sommes en aucun danger ni^ervage ; ni notre hoBoeur, ni notre justice, ni l'état de notre dominatioD, n'ont été ni sont de présent blessés ni amoindris; mais iceux toujours, depuis que le dit de Bourgogne se partit de I^is, avons gouverné et gotivernons paisiblement çt franchement , sans contradiction et sans empêchement, ce que faire n'avons pu depuis l'horrible et détestable homicide perpétré et commis par le dit de Bourgogne en la personne de bonne mémoire notre très cher et très amé seul frère germain , duc d'Orléans , auquel Dieu pardonne! £t avons dominé depuis le parlement du dit duc de Bourgogne , et dominons notre royaume ainsi que nous platt et de droit nous appartient; et avons été obéis conlinuellem«it en toutes choses humblement et diligenunent par tous ceux de notre sang et lignage , si comme ils étoient tenus et ainsi que bon parents , vassaux et loyaux sujets dévoient faire i leur roi et seigneur souverain , excepté toutefois le dit de Bourgogne, qui, contre notre volonté et exfMvsse défense, a assemblé grand' quantité de gens d'armes et de trait, et par manière d'adversaire est venu devant notre ville de Paris, ayant en sa compagnie plusieurs faux et déloyaux homicides et autres pleins de crime contre la majesté royale, et avecque ce autres bannis pour cette cause de notre royaume. Par le moyen desquels et d'aucuns , le dil duc de Bourgogne, de sa mauvaise et obstinée volonté , cuida aussi entrer en notre dite ville de Paris pour prendre et usurper tout ce qu'il écrit, au contraire de ces lettres : c'est à savoir le régime de nous et de notre dit premier fils, et du royaume et d'icelle ville ai^roprier les finances, ainsi que depuis le très horriMe homicide il a longuement fait, h la très grand' déplaisance et dommage de nous et de notre royaume, dont le dit de Bourgogne et les siens ont eu et reçu soixante cent mille francs et plus : pour lesquelles choses et autres plus à plein en certaines nos lettres de ce faites et déclarées nous avons dit celui être rdwile et à nous être inobédient, briseur et violeur de paix, et par ainsi ennemi de nous et de notre dil royaume. » Et pource qu'aucuns de nos vassaux et sujets, qui par aventure ont et peuvent avoir
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