‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 217 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

igaoraaee de la vérité des choses dessus dites, poiinoienl aucttaement foi ajouter en ce que le dit de Bourgogne par ses lettres a écrit et divulgué on pourroit écrire mensongeablement et contre vérité, et que plusieurs d'iœux DOS vassaux et sujets pourroient par telles œensoDges grandement être fraudés et déçus, et aussi que ce pourroit redMder et tourner en très grand pp^dice et donunage de nous et de notre domination et royaume, et de nos bons et loyaux vassaux et sujets, nous, veuillant des choses drasus dites à un chacun la vérité 6tre sue et connue , et (Avier à telles mauvaises et damnaUes mensonges , et aussi aux maux et inconvénients qui seroieni en v<Me d'exécuter, signifions et notifions que des choses dessus dites écrites par le dit de Bourgogne, semées et divulguées par aucuns de ses parents, adjoints et complices, n'en est rien ni a été, et ne sont que fausses choses et mauvaises mensonges, trouvées pour séduire noire dit peuple et parvenir & sa très mauvaise et devant dite damnable fin. Auquel de Bourgogne notre intention, i l'aide de Dieu et de toute notre puissance, est d'obvier et résister, et le mettre et les siens adhérents , aidants et confortants en telle sujétion et obéissance que par raison doivent être mis snjets et inobidients i leur souverain seigneur. Et de ce est notre volonté ni aucunement ne départirons. Si vous mandons et commandons, sur tout quant que vous pouvez méfiiire , que nos lettres vous fassiez solenndiement publier par tous les lieux en votre dit bailliage <-squels il appartient à faire proclamations et publications, et es villes et ressorts du dit bailliage, tellement que nul ne puisse ignorer ni prétendre ignorance, en faisant commandement de par nous à tous nos vassaux , sujets de votre dit bailliage , et que nous leur faisons aussi commandement sur la foi, loyauté et obédience qu'ils nous doivent, et, sur peine d'être réputés rebelles devers nous et de forfaire corps et biens, que désormais en avant il ne reçoivent de par le dit duc de Bourgogne ni de ses dits adhérents et alliés aucunes lettres. Et si aucunes étoient reçues , nous leur commandons qu'ils n'en fessent ouverture, publication , ni lecture, ni réponses quelconques ; niais toutes closes ou ouvertes , sans en outre

procéder, les nous apportent , ou à notre amé et féal chancelier, à en ordonner si comme nous semblera bon d'être à faire ; et avec ce nous leur défendons et expressément enjoignons , sur les peines dessus dites, qu'à icelui de Bourgogne ni à ses dits aidants , adhérents ou confortants , par quelque manière ne donnent aide et conseil ni faveur, afin qu'ils se démontrent toujours être vrais obédients et snjets , si comme ils doivent être ; ou autrement ferons punir les délinquants , si comme rebelles et inobédieats envers nous , et tellement que sera exemple à tous les autres.

» Donné à Paris, le dix-septième jour de février l'an de grâce mil quatre cent et treize , et de notre règne le trente-troisième.

» Ainsi signées par le roi , à la relation do son grand-conseil. E. Macregard. »

Et derechef fut envoyé encore un autre mandement royal contre le duc de Bourgogne, par tout le royaume, es lieux accoutumés, dont la teneur s'ensuit :

« Charles , par la grâce de Dieu , roi do France, au bailli d'Amiens* ou à son lieutenant , salut

» Gomme il soit notoire entre nos sujets, et que nuls ne puissent prétendre à ignorance que Jean, notre cousin de Bourgogne, naguère soit venu en notre ville de Paris avec très grand' multitude et congrégation de gens d'armes et de trait , ce qui est contre notre volonté et plaisir, et outre nos mandements, inhibitions et défenses de par nous solennellement, tant par nos messagers comme par nos lettres, à lui par plusieurs fois faites , et que de fait il ait pris notre ville de Saint-lienis, et d.'icelle ait fait bastille contre notre ville de Paris; et de fait est venu & étendard déployé en bataille devant icelle ; et a couru et fait courir jusqu'aux portes d'icelle ville de Paris ; et encore détient et fait occuper par force aucunes de nos villes, comme Compiègne et Soissons ; et se tient en notre royaume avec grand' quantité et grand' multitude de gons d'armes, qui est en notre grand préjudice et déplaisir, et en très grand' oppression et charge de nous et de notre royaume, et sujets et de quelconque chose; et qu'icelui duc de Bourgogne ail dit ou écrit son avènement être raisonnable , nous voyons clairement que sommes ^ecr-

CHRONIQUES D'ENGCERRAND DE MONSTRELÉT. [1414]

tains qae tontes les causes , couleurs et raisons qu'icelui a écrites et dites de son dit avènement sont interceptîonset faux mandements, et contre toute vérité , et que son propos et intention est seulement pour voir s'il pourroit entrer par violence ou force , ou par aucunes mauvaises manières et aguettements malicieuK en notre dite ville de Paris, pour faire son plaisir de nous , de notre très cbëre et amée compagne la reine, et de notre très cher et très amé fils le duc d'Aquitaine, et d'autres de notre sang et lignage, et d'icelie notre ville ; et conséquemment avoir du tout notre royaume, puissance et autorité; et par manière de tyrannie usurper le régime de notre domination, si comme notoirement autrefois il a été pris et gouverné , à la très grande et irréparable destruction, oppression et dommage de nous, des dessus dits de notre lignée, de notre dite ville de Paris et de tout notre royaume et sujets, pour lesquelles causes nous l'avons fait naguère dénoncer rebelle et inobédient à nous , et notre dit adversaire et ennemi , avec tous ses complices , serviteurs , aidants et faveur portant; de laquelle dite ville de Saint-Denis il est de présent issu, et ne savons quel cbemin il veut tenir. Et par aucunes autres lettres vous avons mandé et enjoint que vous fissiez crier de par nous en votre dit bailliage que nul ne fût si hardi, sur peine de perdre corps et biens, d'aller le servir et accompagner en la dite armée par lui mise sus et assemblée ; et que tous ceux de votre dit bailliage et des ressorts qui contre nos dites défenses sont venus et viennent en sa compagnie , vous prissiez et fissiez prendre et saisir, et mettre en notre main leurs terres , héritages , possessions et biens quelconques , étant es mettes de votre dit bailliage , et par ioelle notre main fissiez iceux cueillir et lever; néanmoins de ce faire vous avez été refusant , différant et retardant , en tenant peu de compte de notre dit mandement et ordonnance, si comme nous avons entendu; pour laquelle chose , s'il est ainsi , il nous déplatt , et non sans cause.

» Si vous mandons et derechef enjoignons dètroitement , sous peine d'être privé de votre office, et sur tout ce que vers nous vous pouvez méprendre , que , incontinent ces lettres

vues , vous fassiez , de par nous , crier et pft< blier , à son de trompe , par tous les Baux ae> coutumes à faire prodaimatioas au dit bailliage , que nul , de qudque état qu'il soit, ne voise servir le dit de Bourgogne, sa dite armée et congrégation par lui faite. Et que tous ceux qui y sont aUés tantôt et sans délai retoarmat en leurs maisons, sur peine de perdre et confisquer par devers nous corps et biens. Et pouroe que plusieurs du dit bailliage notoirement sont en la compagnie du ^t de Bomgagne, et aussi plusieurs sont au dit bailliage de ses adhérents , confortants et favordries , qui, contre notre plaisir, volonté et ordonnsnoe , murmurent et ont murmuré , et s'efforcent de séduire notre peuple et sqjels y et donnent eonseil , soûlas et aide en tant qu'ils peuvoit an dit de Bourgogne , et en la favAur d'ieeloi , si comme nous avons entendu , nous vous mandons et enjoignons, sur les peines devant dites, que tous les biens d'ioeux , meubles , hérilagei et possessions, en quelconques lieux qu'ils soient es mettes de votre dit bailliage , et généralement de tous ceux qui contre nos dites lettres font ou iront en sa eompagnie , et lui bailleront ou donneront conseil, souks et aide, et autrement sont favorables à sa dite mauvaise et damnable intention , vous les preniei incontinent ou faites prendre et mettre eo notre main réellement, et que vous vous aidiez de nos autres mandements sur oe baillés.

» Et néanmoins , si vous ponrez pnndre aucuns des dits délinquants ou iaoMdients, prenez4es ou faites prendre , en quelconques lieux qu'ils pourront être trouvés, hois Usai saints ; et iceux punissez des peines devant dites ou autrement, sdon leurs démérites, ainsi que de raison sera. Et si ieenx vous •• pouvez prendre, les faites appeler à nos droits par proclamation publique et sur peine ds bannissement et confiscation de leurs biens. Et avec ce , commandez, de par nous, par so> lennelle publication, ainsi qu'il est aecontaotè, à nos vassaux et autres qui ont accoutumé de porter armes, qu'incontinent ils viennent par devers nous, à la plus grand' force et eompsgnie qu'il pourront , pour nous servir et té' sister à la mauvaise volonté et intention du dit de Bourgogne et de ses complices , et i eux mettre et rameher en notre sujétion et obéis-

UVRE PREMIER

tance, ainsi qu'ib dofTentètra ; et ioeux punir et corriger de leurt méfaits et offenses , selon raiion. Et tout selon la forme de nos antres certaines lettres sur oe à tous naguère adres» tées. Et faites tant es choses devant dites étés dépendances d'iceUes que nous n'ayons cause de procéder contre tous par défaut de non avoir dl>éià nous.

» Donné à Paris , le vingtième Jow de fl^ Trier l'an de grâce mil quatre cent treize, et de notre règne le trente-troisième. Ainsi signé par le roi , à la relation de son graad-eonseil, tenu par la reine et monseigneur le due d'Aquitaine. J. DU Chàtel. ••

Et puis après fut publié h Amiens, parla commissiott du bailli et par la commission d'icelle ville, de ce même an le derraio Jour ée fëTrier, et un peu après.

Et après furent envoyées lettres -patentes , de par le roi, aux nobles d'Artois, et d'autre part , du baiBiage d'Amiens et de "Toumai , et ainsi de Yermandois , qui par -devant étoient alliés devers le dit due de Bourgogne devant Paris, et en sa expédition l'avotent accompagné; et aux autres, qui n'avoient pdnt été avec hn , forent envoyées lettres closes, sc^ lèes du petit rond soel. Les premières défendoient, de par le roi, sur les peines dessus dites, que désormais en avant les dessus dits noUes avec le dit de Bourgogne ne se tinssent ni aceompagnassent, ni que à lui ni aux siens ne portassent ni donnassent conseil ni aide, mais se préparassent en armes et ebevaux à servir le roi contre le dit de Bourgogne et contre ses aidants.

Les secondes lettres faisoient mention que les dessus dits nMm se préparassent en armes et en chevaux à la plus grand' puissance qu'ils poarroient, et que tdt vinssent & Paris •tt dit roi , ou en quelque lien qu'il fût , et que, par l'aide d'ieeux, du tout en tout avoit intention d'impugner et d'humilier le dit duc de Bourgogne , ses favorables et compagnons.

Et en après, les deux manières de lettres dessus dites furent envoyées à Amiens par le chancelier, et furent baillées au bailli d'Amiens ; et le dit bailli les envoya , selon ce qo'on lui mandoit, aux gardes des prévôtés et bailliages , afin qu'une chacune garde des dits prévôtés et bailliages icelle batllAt à ceux qui

demeureroient en leurs prévôtés et baiUiages, et les dites gardes reçussent gardes s'ils pouvoient , et que icelles envoyassent à Paris ; et aussi qu'iceux écrivissent comment ils les avoient baillées. Et s'ils ne pouvoient avoir lettres de récépissé , que aussi le récrivissent à Paris, afin que iodles lettres on sût qu'elles fussent reçues par ceux à qui le roi les envoyoil, et qu'ils ne pussent ignorer qu'ils ne les eussent reçues.

Auquel temps l'évéque de Paris , ft la re^ quête de ceux de l'université, envoya devers le duc de Bourgogne, pour savoir s'il vouloit avouer maître Jean Petit des articles que autrefois avoit proposés , à sa requête, contre le duc d'Orléans défunt. Lequel de Bourgogne répondit aux messagers que le dît maître Jean ne vouloit avouer ni porter sinon en son bon droit. Après laquelle réponse, iceux retournés h Paris devers le dit évêque et l'inquisiteur de la foi, Ait ordonné que les articles dessus dits seroient eondamnés à être ars publiquement, présent le clergé et tous autres qui voir le voudroient , et ainsi le Ait fait. Et adonc fut renomoiée qu'on iroit quérir les os du dit maître Jean Petit , qui étoit enterré et trépassé en la ville de Hesdin ; mais enfin rien n'en fut fait. Et vouloit^n les ardoir en la ville de Paris, au lieu où tes dits articles avoient été ars.

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