CHAPITRE CCV
ConiBMiit IM ParMena tnèfenl derechef tei prlionnien; du siège de Mont-le-Bérr, el de la prite de SeliMiu par le Migneur de Botqueaux et se* complices.
Durant les tribulations dessus dites, se rassemblèrent les communes gens de Paris en très grand nombre, comme ils avoient fait autrefois ; et soudainement allèrent à toutes les prisons de Paris, lesquelles ils rompirent ; et tuèrent bien trois cents prisonniers, dont les aucuns y ayoient ètè remis depuis la grand' tuerie. Entre lesquels y furent morts messire Jacques de Montmor et messire Louis' de Corail, ctaambellan du roi, avec moult d'autres notables gentilshommes et gens d'église.
En laquelle fureur très exécrable, les dessus dits allèrent A la basse-cour de la bastille Saint- Antoine, et demandèrent qu'on leur lirrftt huit prisonniers qui étoient léans, ou sinon ils assaudroient la place. Et de feit, commencèrent & démaçonner la porte. Pour quoi le duc de Bourgogne, qui étoit logé assez prés de la dite bastille, très courroucé au cœur de Toir faire ft iceux telles dérisions, pour pis eschever, commanda que les huit prisonniers dessus dits leur fussent livrés, par si qu'aucuns de leurs capitaines promirent de les mener es prisons deCbàtelet, et les laisseroient punir Selon leurs démérites par la Justice du roi. Atout lesquels, quand ils leur furent livrés, pour entretenir une partie de leur promesse, s'en allèrent assez près du dit Gh&telet ; et là très cruellement les occirent et dénuërent. Après, par grands compagnies, allèrent de rue en rue parmi Paris, en plusieurs maisons de ceux qui avoient tenu la partie du comte d'Armagnac, lesqueb ils pilloient et oceisoient très crueBement et inhumainement, sans aveir pitié ni merci d'eux. Et comme autrefois avoient fait, s'ils encontroient ancon homme ou femme qu'ils haïssent, quelque parti qu'il tint, tantôt étoit mis à mort oruellement; desqu^les communes étoit un des principaux capitaines Cappelocbe, bourrel de la ville de Paris.
Pour lesquelles dérisions, le dit duc de Bourgogne manda plusieurs notables boui^eois de la ville de Paris, auxquels il remontra le grand àfsttiA que fàisoient iodles communes, dont les dits bourgeois très humblement s'excusè-
rent envers le dit duc, disant que de ce étoient très dolents, et que ceux qui faisoient les dites émeutes étoient gens de petit état, contendant à piller les riches et notables bourgeois, requérant au dit duc de Bourgogne qu'il y voulstt pourvoir, et ils seroient à son aide.
Et lors fut dit h icelles communes et défendu de par le roi , sur peine de perdre la vie , par la bouche du duc de Bourgogne, que dorénavant se déportassent de plus piller et occire , et qu'ils se préparassent pour aller mettre le siège devant Mont-le>Héry et Marcoussy, où étoient les ennemis du roi; lesquelles communes répondirent que ce feroient-ils volontiers , et qu'on leur baillAt capitaine pour les conduire.
Et dedans brefs jours ensuivant , pour eschever les émeutes dessus dites, furent envoyés bien six mille combattants des dites communes de Paris à Mon(-Ie-Hëry ; avec lesquels y alla, pour les conduire^ le seigneur de Cohen et autres chevaliers , c'est à savoir messire Gaultier de Huppes et messire Gaultier Raillart j atout certain nombre de gens d'armes et foison de canons et instruments de guerre , compétents à mettre siège. Lesquels chevaliers les menèrent et conduisirent au dit lieu de Mont-le- Héry, et commencèrent très fort h assaillir et combattre les dits Dauphinois qui étoient dedans la forteresse. Mais après le parlement d'iceux, le duc de Bourgogne fit prendre dedans Paris plusieurs de leurs complices et des principaux émouveurs du commun , auxquels il fit couper les tètes et pendre au gibet, et les aucuns noyer en Seine ; et même le dessus dit Cappeluche, bourrel de Paris, leur capitaine, eut la tête coupée es halles. Pour quoi ceux du dit siège de Mont-le-Héry, à qui ces paroles furent oonlèes, tantôt retournèrent au dit lieu de Paris , en intention de r'èmouvoir le peuple ; mais on leur ferma les portes au visage. Si s'en retournèrent à leur siège ; auquel lieu dedans breft jours furent redemandés, pource qu'entre les parties y avoit ambassadeurs qui étoient ensemble en plus grand' douceur.
Et entre-temps, le seigneur de Chftteao-Yilain vint au dit lieu de Paris devers le duo de Bourgogne ; et avoit un fils avec lui qui chevauohoit an peu devant ; et en entrant & la porte Saint- Antoine commença A crier hau-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
tcment : « Vive Armagnac ! » mais incontinent fut par les gardes de la dite porte mis à mort, dont le seigneur de Château -Vilain fut très courroucé ; mais il ne le put avoir autre.
En après , les Dauphinois , c'est à savoir le seigneur de Bosqueaux atout trois cents combattants avec lui prirent d'emblée, au point du jour, la cité de Soissons sur le seigneur de Loi^eval, qui en étoit capitaine de par le roi et le duc de Bourgogne, lequel de Longueval se sauva & grand' peine tout à pied pardessus la muraille , et avec lui Robert de Saveuse et plusieurs autres ; laquelle cité fut en la plus grande partie dévêtue de tous biens.