CHAPITRE CCLXIX
OoMmcnt Im DauphlBoii ('«ftemblértnl pour l«Ter le iMge d'Araincs dessiu dit; et allèrent lef Bourguignon! et Angloti pour lei rencontrer et conbiltre.
Au oommencemenl de cet «d ; s'assemblèrent Ters Compiègoe plusieurs Dauphinois en intention d'aller secourir ceux d'Araines ; de laquelle assemblée étoient capitaines de par le dauphin , c'est à saToir le seigneur de Gamacbe, le seigneur de M07, Pothon de Sainte- Treille et aucuns autres, avecque environ de buil cents à mille combattants, lesquels ils menèrent tous ensemble à Pierrepont, qui est au vidame d'Amiens. Et nonobstant qu'icelle ville fût fortiflée de haies et de fossés pleins d'eau, toutefois entrèrent -ils dedans et s'y logèrent tous ensemble ; et après livrèrent un assaut i la Torlerèsse du dit lieu. Mais elle Ait bien défendue par ceut qui l'avoient en garde. Et mitre4emps qu'ils étoient logés en la dite ville de Pierrepont, furent les nouvelles portées de leur assemblée à messire Jean de Luxembourg, qui étoil à son siège devant Araines ; lequel premièrement prit conseil avecque plusieurs mille oombatlants pour aller au devant des dits Dauphinois. Desquels de la partie du dit de Luxembourg furent les principaux t messire Mue de Launoy , maître des arbalétriers de France; messire Raoul Boulillier, anglois; le Borgne de Fosseux , chevalier ; le seigneur de Sftvcuse avecque autres experts hommes d'armes , lesquels allèrent gésir à Goucy ; et le lendemain très malin chevauchèrent à Moreul. Auquel lieu ouïrent certaines nouvelles que les Dauphinois, leurs ennemis, étoient encore en la ville de Pierrepont ; pour quoi, chevauchant en moult belle ordonnance, se hâtèrent pour les trouver; mais les dessus dits Dauphinois , qui jft étoient avertis de la venue de leurs ennemis, montèrent à cheval ; et tous ensemble , après qu'ils eurent bouté les feux en leurs logis, s'allèrent mettre en bataille dessus la ville vers Mont-Didier. Et adonc les Bourguignons et Anglois au plus tôt qu'ils purent passèrent la ville pour suivre leurs ennemis, nonobstant la chaleur du feu, qui moult les empêcha ; et comme les autres se mirent en bataille contre les Dauphinois. Et furent en cette même place faits plusieurs nouveaux chevaliers
de la partie de Bourgogne , c'est li savoir Le Bè« gue de Launoy, Antoine deRubempré, Jacquet de Brimeu, Robert Fretel, Gille de Harcourt» Matthieu de Landas, Philippe du Bos, Jean dé Beauvoir, Waleran de Frèses , Tramet de La Tramerie et plusieurs autres. Et entre-lempB y eut entre les deux parties plusieurs esoar^ mouches et hommes d'armes d'un oôlé d'au* tre portés à terre, et les aucuns terribl»meot navrés et occis. Toutefois j durant les choses dessus dites , les Bourguignons et Anglois étant & pied, se départirent les Dauphi" nois tous à cheval en belle ordonnance , me(<tant derrière eux de leurs meilleurs gens par manière d'arrière -garde, et prirent leur che^ min vers Compiègné.
Et adonc les dits Bourguignons et Anglois» voyantleurpartement, envoyèrent après euxie seigneur de Saveuse atout certain nombre de gens d'armes pour les poursuivir et faire arrêter ; et les autres capitaines, tous en bataille, lea Suivoient vigoureusement. Nonobstant ce, s'en allèrent les dits Dauphinois atteints de peur, et eschevërenl la bataille Sans grand' perte, sinon de sept A huit de leurs gens ou environ, qui de première venue furent mis à mort. Entre lesquels en fut un vaillant homme d'armes nommé firunet de Gamache, et retournèrent à Com^ piègne. Et de la partie de Bourgogne y fut mort un vieil haulsert nommé Le Breton d'AiUy, qui en très long temps par avant ne s'éloit entremis de guerre, et avec lui aucunsautres en petitnombre. Après lesquelles besognes retournèrent les dessusdils Bourguignons et Anglois loger à Mareuil etautres villages,et de Ui au siège d'Araines devers messire Jean de Luxembourg; et bref ensuivant, les assiégés des dites forteresses d'Araines , qui J& étoient avertis de leur secours , non ayant espérance de plus en avoir, commencèrent à parlementer pour traiter ; et en la fin de chacune partie fut accordé par condition qu'ils rendroient les deux forteresses en la main de messire Jean de Luxembourg, et s'en partiroient saufs leurs corps et leurs biens, garnis de bons sauf^-conduits pour aller à Compiègné , au Grotoy, Gamache, Saint -Valéry et autres lieux de leur obéissance, depuis Seine jusqu'au Grotoy : et étoient environ cent hommes d'armes et cent archers, desquels étoient les principaux messire Goquart de Cambronne et un
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET. [14M
nommé Jean Sarpe , qui , ce coDclu , rendirent les deux forteresses, très bien garnies de vivres et habillemenls de guerre, au dit de Luxembourg; lequel fit tantôt abattre l'un des dits châteaux , c'est à savoir celui de la dame d'Araines, et l'autre il pourvut de nouvelle garnison de ses gens et en fit capitaine messire Jacques de Lieven. Et après que les dessus dits Dauphinois furent de là partis, le ditde Luxembourg atout son ost retourna en son cbfttel de Beau-Revoir, puis donna congé à ses capitaines «t à autres qui avoient été avec lui ; et assez tôt après messire Jacques de Harcourt et ses gens allèrent courre jusqu'à Auxy sur la rivière d'Authie et en plusieurs autres lieux et villes, desquelles ils ramenèrent au Crotoy plusieurs prisonniers et autres proies.