‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 460 sur 761 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

Comment le dac de Bedlbrl fll aniéger Montirgls, et comment le siège rut levé par let Frtnfoii, et autres nuliércs.

En cet an, le duc de Bedfort, qui se nommoit régent de France de par le roi Henri , fit assiéger la ville et forteresse de Montargis par les comtes de Warwiclc et Suffort , avec lesquels étoit le seigneur de la Pôle , frère du dit comte de Suffort, messire Henri Bissét et autres capitaines , qui pouvoient avoir avec eux trois mille conÂatlants ; lesquels, venus au dit lieu de Montargis, l'environnèrent. La dite ville fut en assez beau lieu , pource qu'il lui convenoit faire trois sièges , lesquels assez dangereusement pouvoient bailler secours l'un à l'autre ; néanmoins ils se logèrent tout entour et fortifièrent leur dit logis en aucuns lieux. Et étoit le dit comte de Warwick logé en une abbaye de nonnains à un des côtés de la ville. El bref après leur Venue, firent aucuns ponts et passages sur la rivière, pour par iceux secourir les uns aux autres , si besoin leur étoit : et ce fait, commencèrent vigoureusement à approcher icelie ville de Montar-

gis et la forteresse, et très fort combattre et adommager de plusieurs engins. Mais nonobstant ce , les assiégés se défendirent très puissamment ; et continuèrent les assiégeants en cette besogne l'espace de deux mois ou environ. Lequel temps durant, les nouvelles furent portées au' roi Charles de France; et lui firent savoir les dits assiégés que s'il ne leur en voyoit secours assez bref, il les conviendroit rendre es mains de leurs adversaires.

Ces nouvelles venues à la connoissance du roi Charles, comme dit est, le dit roi assembla son conseil, auquel fut conclu et délibéré d'y envoyer secours , ou au moins eux rafraîchir de vivres et de gens ; lequel fut mis sus. Et fut faite pour cette cause aucune assemblée , qui point ne porta d'effet et se dérompit; mais depuis fut ordonné de par le roi Charles de faire une autre assemblée à Orléans pour cette même cause , de laquelle fut baillée charge, de par le roi , au comte de Dunois , bftiard d'Orléans. Avec lequel se mirent messire Guillaume d'Albreth, seigneur d'Orval, le seigneur de Graville , de Yillars et de Gaucourt , Etienne Vignoles, qu'on dit La Hire , messire Gilles de Saint-Simon , Gaultier de Broussart et plusieurs autres capitaines , qui pouvoient bien avoir seize cents combattants, droits gens d^ guerre et d'élite, lesquels se mirent à chemin atout grand foison de vivres, en intention de ravitailler icelie ville de Montargis et de non lever le siège. Et quand ils furent venus à une demi-lieue près , le plus secrètement qu'ils purent, ils prirent conseil ensemble et conclurent de férir sur aucuns des logis des Anglois par deux côtés ; et avoient avec eux gens de la garnison du dit lieu de Montargis, qui les menoienl , entre lesquels étoit un nommé le petit Breton. Si fut La Hire ordonné A conduire l'une des compagnies ; et comme ils avoient conclu le firent. Si férirent vaillamment et de grand' volenté fur les logis des Anglois, qui de ce ne sedonnoient garde, criant «Montjoye! Saint-Denis! » et commencèrent ajouter les feux Aprement en'maint logis, et à tuer , prendre et mettre à meschef plusieurs Anglois. El tellement et si vaillamment s'y portèrent que le logis du seigneur de la Pôle fut en assez briève espace du tout tourné à déconfiture ; mais le dit seigneur de la Pôle

CHRONIQUES D'ENGUERRÀND DE MONSTRELET

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»e sauva en un petit batel , enviroo lui huitième. El adoDC avoicDt ceux de la \ille teou les eaux si grandes et grosses que les ponts que les dits Anglois avoieot faits étoient cou- \erls d'eaux, par quoi , quand ils se cuidoient sauver, ils ohéoienl & côté des ponts et se noyoieot.

Et en tant que ce se faisoit, le bâtard d'Orléans se comballoit vigoureusement de l'autre côté sur les logis de messire Henri Bessel; et là étoit descendu à pied. Et y avoit fort k faire, quand les autres, qui avoient rué Jus et déconfit le premier logis, lui allèrent puissamment bailler secours. Et avoit été blessé le seigneur de Gravilie. Et lors les dits Anglois , apercevant que la force n'éloit point à eux, se commencèrent à retraire, pour aller au logis du comte de Warwick. El passoient par un pont à si grand' bftle et en si grand' presse que du grand faix le pont rompit sous eux; et là furent morts et déconfits laidement et en très grand nombre ; car, avec ce , ceux de la ville de Monlargis saillirent fiëremenl en l'aide de leurs gens^ et sans épargner en occirent et prirent plusieurs.

Et entre-temps, le comte de Warwick assembla ses gens le plus h&tivement qu'il put. Mais, quand il sut la grand' perte et dommageable destruction de son ost, dont il avoit Jà perdu de mille à quinze cents hommes , qui furent que morts que pris, se mit en bataille, en soi retournant sur une petite montagne es vignes, au-dessous de son ost. Et lors les François, qui furent fort travaillés de cette besogne , entrèrent dedans Monlargis ; et entretemps, la nuit vint; et se départirent et mirent à chemin les dits Anglois , atout le remananl de leurs gens , desquels la plus grand' partie étoient de pied, eux retrayant au château Landon , en Nemours , et es autres lieux de leur obéissance. Et les dessus dits François demeurèrent à Monlargis , faisant bonne et Joyeuse chère de ce qu'ainsi , par l'aide de Dieu , avoient achevé ce pour quoi ils étoient là venus. El après s'en retournèrent devers le roi Charles de France, qui les reçut très amiablement.

En cet an, le duc Jean de Brabant, qui éloit malade de moult griëve maladie , trépassa en son ch&iel de Genappe, en disant moult dévo-

tement : Miterere mei. Deui, $tç. Et fut enterré en la chapelle de son dit cb&tel de Genappe, emprès son père. Après le trépu duquel , releva toutes ses seigneureries Philippe , comte de Ligny et de Saint^Pol , son frère. El, par ainsi, la duchesse Jacqueline demeura abseulée de ses deux maris » car, comme dit est dessus, le duc de Gloceslre «voit pris autre femme , et le dit duc de Brabanl étoit trépassé, comme dit est. Et, durant la vie du dit duc de Brabant, y eut un nonamé Jean Chevalier qui voulut mettre à ioelui duc un carquant au cou, à la requête, comme on disoit , de la comtesse douagière de Hainaul : lequel chevalier , pour cette cause » fut pris à Bruxelles et décapité.

En ce même temps, la forteresse d'Eacandeuvre, emprès Cambrai, fut mise en la main de monseigneur Jean de Luxembourg, par le consentement du duc de Bourgogne i et fbl k cause, pource que messire Louis, frère Uttard de la duchesse Jacqueline de Bavière , à qui étoit icelle forteresse , fil guerre et trîbalalioft au pays d'environ), comme celui qui tenoit le parti de la dite duchesse Jacqueline , sa sœur; et ainsi perdit-il son héritage. En ces jours , eut une terrible grand' rencontre , auprès da mont Saint-Michel, entre les Angkris , qoi tonoient le mont de Hellen, d'une part, et les François et les Bretons, d'autre part ; mais, en conclusion , les dits Anglois y furent morU et déconfits. Si obtinrent victoire les Françoisi et par conséqvtenl gagnèrent la dessos dite forteresse.

GHAPITBEXUI.

Comment la forlereste de U Malle-HaiM», ^i éb^t S KrCque de Cambrai, Ait prise par messire Jean Blonde^ cta«trei matitea.

Au commencement de cet an, fut prise la forteresse de la Mall&-Maison, séante k de«x lieues près du Chàtel en Cambresis, laquelle éloit à Jean de Lens, seigneur de Liekaerqoe et èvèque de Cambrai, à cause de son évècfaé. Ella prit messire Jean Blondel, tenant le parti du roi Charles, accompagné de ses gens, qn étoient en petit nombre. Dedans icelle étâil comme capitaine par le dit èvèque un bel écuyer, nommé Watier de Bâillon, leq^ (ta|

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