LIVRE SEœND
(out jus ; et uo genlilbomme qui étoit derrière lui fut d'ieclui coup tué tout mort. Pour laquelle blessure du dit comte tous ses gens gë- ^ralement eurent au cœur grand' tristesse, car d'eux il ëtoil moult cremu et aimé , et le teooient pour le plus subtil et expert et heureux en armes de tous les autres princes et capitaines du royaume d'Angleterre : toutefois, ainsi blessé, il véquit l'espace de huit jours. Et après ce qu'il eut mandé tous ses capitaines et iceux admonestés, de par le roi d'Angleterre, qu'ils continuassent à mettre en l'obéissance icelie ville d'Orléans, sans quelque dissimulation , il se fit porter à Meung, et là mourut au bout de huit jours- de sa dite blessure. Au lieu duquel demeura général-capitaine des Anglois assiégeants le comte de Suffbrt, et au-dessous de lui le soigneur de Scalles et de Talbot, messire Lancelot de l'isle, Clacédas et aucuns autres ; lesquels , nonobstant la perte qu'ils avoient faite au-dessus dit comte de Salgd)ery , qui , comme dit est, étoit leur cbef et souverain connétable, répandirent en eux vigueur ; et d'un commun accord, en toute diligence , se disposèrent par toutes voies et manières à eux possibles de continuer leur siège et ce qu'ils avoient commené ; et de fait firent en plusieurs lieux bastilles et fortifications, dedans lesquelles ils se logèrent, afin que de leurs ennemis ne pussent être surpris ni envahis. Le roi Charles de France, sachant que les Anglois, ses anciens ennemis et adversaires, vouloient subjuguer et mettre en leur obéissance la noble cité d'Orléans, s'étoil conclu avecque ceux de son conseil, par avant la ve-^ nue d'iceux, que de tout son pouvoir il défendroit icelie ville, croyant que si elle étoit mise entre le mains de ses ennemis, ce seroitla destruction totale de ses marches et pays, et de lui aussi. Et pour tant il envoya grand' partie de ses meilleurs et plus féables capitaines, c'est à savoir Boussac et le seigneur d'£u, et avec eux le b&tard d'Orléans, chevalier, le seigneur de Gaucourt et de Graville, le seigneur de yUan, Pothon de Sainte-Treille, La Hire, messire "Théolde de Walergne, messire Louis de Waucourt et plusieurs autres très vaillants tiorames renommés en armes et de grande aulorilé, avecgue lesquels étoient journellement de 4ouze i quatorze cents combattants, gens
d'élite bien éprouvés en armes. Si advenoit souvent qu'il en avoit l'une fois plus et l'autre moins, car le siège ne fut oncques fermé : par quoi iceux assiégés se pouvoient rafratchir de gens et de vivres, et aller en leurs besognes quand bon leursembloit, et ils avoient volonté de ce faire.
Durant lequel siège furent faites plusieurs escarmouches et saillies d'iceux assiégés sur les assiégeants, desquelles raconter, chacun à par lui, qui y fil perte ou gain, scroicnt trop longues et ennuyables à écrire ; mais pour les rapports qui m'en ont été faits d'aucuns no> tables des deux parties, n'ai point su les dits assiégés en toutes icelles saillies fissent à leurs ennemis grand dommage, sinon que par les canons et autres engins jetant de leur ville, desquels engins, à une d'icelles escarmouches, il fut occis un très vaillant chevalier anglois et renommé en armes, nommé messire Lancelot de risle.