LIVRE PREMIER
mis contre la dite ville, ou qu'ils ne leur donoasseot aucun signe ou entendement de la manière de prendre la dite ville. Or advint que la dite ville fut assaillie en plusieurs lieux : les étrangers et pèlerins qui étoient en la dite ville regardèrent qu'à un des lieux les ennemis les assailloient trop fort, et étoient ceux de la ville trop foiblesea icelui endroit ; prestement les dits étrangers s'armèrent et montèrent sur les murs pour secourir ceux de la ville, qui étoient les plus foiblesj si repoussèrent les dits ennemis et sauvèrent ladite ville,
lie philosophe demande : puisque les dits pèlerins sont montés sur les murs, il lui sembloit qu'ils avoient fait contre la loi, et dévoient être punis. Je réponds que non, car Jaçoit ce qu'ils aient fait contre le sens littéral ou textuel de la dite loi, pour laquelle ils ont sauvé la dté, icelle loi fut faite afin de garder la dite ville , car s'ils n'y eussent pas monté, la dite ville n'eût pas été gardée, mais eût été prise. Au propos des lois dessus dites qui disent que nul ne doit prendre autorité de justice fors le roi, et ne faire port d'armes sans licence du prince, je dis que ces lois furent faites pour garder l'honneur du roi, de sa personne et de la chose publique. Mis ce cas donc, je prouverai qu'un tyran de grand' pui»< sance et subtilité , qui DMchine de toute sa puissance la mort du roi, continuellement, par barats et maléfices , pour lui toUir sa seigneurie; et sera mon dit seigneur tant indisposé par lui en entendement et en force corporelle qu'il ne sauroit ou pourroit y mettre remède et en faire justice , et en outre qu'icelui continue de jour en jour en sa mauvaiseté ; je r&garde les lois dessus dites , qui me défendent port d'armes sans licence de mon dit roi gènénéralement , et qui me défendent que je ne penne l'autorité d'occire aucun : que dois-je faire pour garder le sens littéral d'icelles lois? Doi»-je laisser mondit roi en si grand péril de naort? Nenni; ains dois défendre mon dit roi et occire le tyran. En ce faisant , jaçoit ce que je fasse contre le sens littéral des dites lois , je ne ferai point contre la fin pourquoi elles furent ordonnées et faites, mais accomplirai le commandement final d'icelles lois ; c'est à savoir pour l'honneur , bien et conservation du prince, laquelle chose garde-
rai mieux, ainsi faisant, qu« de laisser vivre
icelui tyran, au grand danger et péril de mon dit roi. £t pour ce je ne dois pas être puni, mais guerdonné i car je fais oeuvre méritoire et ne tends qu'à bonne fin -, c'est à savoir & la fin pourquoi icelles lois furent faites. Et pour ce dit monseigneur saint Paul : Littera oeeir; dit, charitw auiem vivi/icat; c'est-à-dire que tenir le sens littéral en. la Sainte-Écriture, est occire son ame : mais tenir le sens de vraie charité, c'est è savoir tendre à la fin pourquoi la loi divine fui faite, c'est chose qui bien montre spirituelle édification.
Item, les lois j^vine, naturelle et humaine me donnent autopté de le faire , et en ce faisant je suis ministre delà loi divine. Ainsi appert que les dites objections ne font rien contre ce qui dit est.
Je viens aux trois exemples de la Sainte-Écriture pour parfaire l'approbation de ma dite tierce vérité. La première vérité est de Moïse, qui, sans commandement ni autorité quelconques , occit l'Egyptien, qui tyrannisoit les fils d'Israël ; et pour lors icelui Moïse n'avoit autorité de juge , laquelle lui fut donnée sur le peuple d'Israël prés quarante ans après qu'il eût perpétré ce fait. De ce toutefois est loiié icelui Moïse, ut patet auetoritate Encodi. 2 : quia tanquam minister hgit hoc facit, Ita im~ proprie in hoc (amenda ego ero minitter legis.
I« deuxième exemple est de Pbinées, qui, sans commandement quelconque, occit le duc Zambry, comme il est ci-devant raconté, lequel Fhinées ne fut pas puni , mais en fut loué et rémunéré très grandement en trois choses, enamour, honneur et richesses. En amour, car Dieu lui montra greigneur signe d'amour que devant. En honneur, quia repuUOum ett ei adjuititiam. etc. En richesse, quia per hoc aequitivit actum taeerdotii tempitemum, non tetttum pro te , ted pro tota tribu tua. Le tiers exemple est de saint Michel l'archange, qui, sang commandement de Dieu ni d'autre, mais tant seulement d'amour naturelle, occit le tyran et dél<^al à Dieu son roi et souverain seigneur, pour ce que le dit Lucifer maohinoit & usurper une partie de l'honneur et seigneurie de Dieu. ledui saint Michel en fut hautement rémunéré es trois choses dessus dites, c'est à savoir en amour, honneur et richesses.
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
En amour, car Dieu l'aima plus que devant, et le confirma en son amour et grâce. En honneur, quia feeit eum militiœ eaksH* prineipem in œternum ; c'est-à-dire qu'il le fit prince de la chevalerie des anges à Jamais. En richesses, car il lui donna richesses en sa gloire , tant comme il en voulut avoir, etc. Tantum quantum erat capax. De quibut hquitur. 0 altitudo divitiarum tapientiœ et tcientiœ Dei quam ineomprehensUnlia tunt judieia ^ut, et investigorbilet viœ ejuê. {Ad Ro. XI.) Ainsi appert ma tierce vérité prouvée par douze raisons.
La quarte vérité au cas dessus dit : Il est plus méritoire, honorable et licite qu'icelui tyran soit occis par un des parents du roi que par un étranger, qui ne seroit point du sang du roi, et par un duc que par uncomt», et par un baron que par un simple chevalier, et par un simple chevalier que par un simple homme. Je prouve cette proposition ; car celui qui est parent du roi a à désirer et garder l'honneur du roi, le dérendre à son pouvoir et venger de toutes injures, et y est obligé plus qu'un étranger, un duc plus qu'un comte, un comte plus qu'un baron, etc. Et fait plus à punir , et est grtigneur vilenie et diflhme, s'il est négligent d^ ce faire ; et par opposition, s'il en fait bien son devoir, et bonne loyauté et diligence , ce lui est greigneur honneur et mérite. Item, in hoc magie relueent amor et obedientia occîeoris, vel oceidere pracipientit ad prineipem et Dominwn, qvia ett magis honorabile »i fueritprœpotent dux «wt», vel eomet. Item, in hoc magie relueet potentia régis, quod ett honorabile et quanto oecisùT vel dicta occiiioni» prceceptor, non vUior et potentior, tanto magii, etc.
La quinte vérité : Au cas d'alliances, serments et promesses et de confédération faites de chevalier à autre, en quelque manière que ce soit ou peut être , s'il advient qu'icelles garder et tenir tourne au préjudice de son prince et de ses enfants et de la chose publique , n'est tenu nul de les garder : ains les tenir et garder en tel cas, seroit fait contre les lois morale, naturelle et divine : Je prouv« cette vérité , arguendo tic: Bonam œquitamen {dictamen rectœ ratiotm) et tegem divinam boni principet in pertona pwbUca tervare , et utilitatem reipublicadtbent praferre et pratapponere inomnibut talibu* promittûm^mt, juramentit et eonfctdt"
rationibus : t'imno, «a;etj>t«nl«ir impiieite, teeundum dietamen reetœ rationit. bonam œquitatem et diaritatit ordinem : quia aiiat ettet lieitum no» obedire prineipi, immo rebeUare contra principet, quod est expresse contra tacram leripturam , quœ sic dicit : Obedite prineipibut vettrit lieet etiam diteoiit. Et alibi : Subjeeti ettote régi prœcellenti, tive ducibut tanquam ab eo mistis ad vindietam matefaetorum , laudem vero bonorum(,l Pe. 2), ut tup, aUegatum est. Ex iUo arguitnr tic : QuanAteumque œeurrunt duœ obligationet ad invicem contrariœ, major temenda ett, minor dittcivenda; quantum aditoc. Sed in eatu nottro coneurrunt duœobligationes. Et eum obligatio ad prineipem tit major, et alia minor. Migatio ad prineipem tenenda ett, et talia non in tali eatu. Item arguendo eamdem quettUmem, quandoeumque aliquit facit quod ett meliut, quamvii juravit te id non faeturum, non est perjurium, sedperjurio contrarium, ut exprette ponit Magitter sententiarum, ultima dittinctione tertii : ted in eatu nottro, meliut ett tyrannum oceidere. quamvit juraverit te non ocdturum, quam permittere eum vivere, ut probatum ett superius : ergo oceidere tyrannum. inprœfato eatu. quamvis juravit u non oeeiturum, non perjurium faeit. sedperjurio eontrarium. Et eontequenter Itidorut . in iy>ro de Summo Bono. tic dieit : Id non ett observandum sacramentum et juramentum. quo malum incaute promittitur. Sed in eatu nostro maie et incaute promitteretur, seilieet tenendo promissiones. jurata . vel confœderationes contra prineipem, uxorem prineipis, libéras, vel reipublica utilitatem.
La sixième vérité au cas dessusdit est que, s'il advient que les dites alliances ou confédérations tournent au préjudice de l'un des promettants ou concédants, de son épouse ou de ses enfants, il n'est en rien tenu de les garder. Patet hœe veritat per rationes taetatpriut. Et .eum hocprobatur sic, quia observare in illo eatu eonfoederationes ettet contra legem eharitatit. qua quit magit dbligatur sibi ipsi, uxoripropriœ vel liberis, quam posset obligari euieurnque alteri virtute talis promistionit ; et eum omnia prœcepta et contimilia erdinentur ad charitatem. ut patet per Apottolum, tic dicentem : Finit prœeeptiett eharitas. quia in omnibut catibus et promistionibut'inttlligitur hor ,