LIVRE PREMIER
n in fidem tervatxrU; juaeta iUud: Frangent* fdem fide* frangatur eidem. lUm ttA inteUigitur, ti Domino plaeuerit; ted eertutn ett quod no» jHaartt Deo, cum foret contra legem charitatit. ideo eondusio vera.
La septième vérité au cas dessus dit est qu'il est licite à un chacun sujet honorable et mèriiable occire le tyran trahistre dessus nommé et ddoyal à son roi et souverain seigneur, par aguet, cantelles et espionents. Et si est licite de dissimuler et taire sa volonté d'ainsi faire , je le prouve premièrement par l'autorité du philos(^he' moral , appelé Boccace , dessus allégué, au second livre De eatibut tirorum îMustrium , qui dit ainsi , en parlant du tyran : • Le booorerai-je comne prince? lui garde- « raî-je foi comme à seigneur? Nenni. II est
> ennemi, et contre lui puis prendre armes et » mettre espies. C'est fait de courageux , c'est
> très sainte chose et du tout nécessaire; car «ilMeu n'est fait plus agréable sacrifice que
> da sang du tyran. » Item, je le prouve par Tezemple de Sainte-Écriture du roi Jehu. Oeeident taeerdotet et eultoret Bacd. ut habetur fMorto Beg. . vbi tic dicitur : Achab pamm eobnt Baal, ego autem eolam eum ampliu*. Et fanMùm poet : Porro Jeku faeiebat insidiou Mt êitperderet euUoret Baal. etc. Et landatur de koe. Item de AthaUa regina vidente fiUum mum mortumm, awrrexit et interfecit omne itmen regium «t regnaret, et Joiadat snmmus meerdoe iniidiose feeit eam occidi. Et de hoc Undatwr, ut tuperiut taetum est ad kmgum. Item, Judiik oeeidit Hoiofemem fer intidiai. Et «tiam de hoe laudatur paterfamilitu quod ad zvcama eradieationem non wAwt expeetare iMifNW nustit, ne tritieum timul eum zizanOt eradicaretur, etc. Quod inteUigitur in ocdtione tyraeumrum per intidiae ; eed et bonam cauteiem débet expeetare. et loci et temporie oporftimtatêm et expUre. ne boni occidantur cum tynmis.
Cest la plus propre mort de quoi tyrans doivent mourir, que les occire vilainement par boone cauteUe , agnetet es(Mements ; mais pour ce, Je fois une question : Pourquoi ? C'est qu'on est tenu en {rfusieurs cas de garder foi et convenanoe à son ennemi capital , et non pas au tyran. La cause de la réponse mettent communément les docteurs; et pource qu'elle est com-
mune et qu'elle seroit longue à rac(»iter, je m'en passerai à tant.
La huitième vérité est que tous SQjets et vassaux qui, appensément, machinent contre la santé de leur roi et souverain seigneur, de le faire mourir en langueur, par convoitise d'avoir sa couronne et seigneurie , font consacrer, ou à plus proprement parler, font exécrer épées, dagues, badelaires ou couteaux, verges d'or ou anneaux, et dédier au nom des diables par nécromancie, faisant invocations de caractères, sorcelleries, charmes , superstitions et maléfices, pour après les bouter et ficher parmi le corps d'un homme mort et dépendu du gibet , et après mettre en la bouche du dit mort et laisser par l'espace de plusieurs jours en grande abomination et horreur pour parfaire les dits maléfices, et avec ce porter sur soi un drappel lié ou cousu du poil du lieu vil et déshonnéte, et plein de la poudre d'aucuns des os d'icelui mort dépendu : celui ou ceux . qui le font ne commettent point seulement crime de lèse-nuijestë humaine au premier degré, mais sont trahistres et déloyaux à Dieu leur créateur et à leur roi : et comme.idolàtres et corrompeurs, faussaires de la foi catholique , sont dignes de double mort, c'est à savoir première et seconde : mémement quand les dites sorcelleries, superstitions et maléfices sortissent leur effet en la personne du roi par le moyen et maie foi des dits machinants.
Quia dicit Dominus Bonaventura. libi 2 t DiaboUie nunquam tatitfacit voluntati taliwn. nisi antequam infidelitat idolatria immisceatur, ticut enim ad divina miracvia plurimum faeit fidetj, etc. Et ideo experientia de effectu prœdic' tarum êuperstitionum ucuta inpertonam prcefati régis, praibat dare ibi fuisse idolatriam et fidem perversam. Item : Diabolus nihil faceret ad voluntatem talium in tali casu, nisi exhiberetur et dominium, quod multum affectât ; née te exhibet ad taies invoeationet iptis invoeatOibus e%tm, nisi iptum adorent, et taerifieia et obiatùmes offerant autpacta cum ipsis damonibus faeiant. Item, Doetor Sanetus, in teeundtt tecunda 11, artieulo secundo, dicit: Quod taUs invocationes nunquam sortiuntur effeetum, niti fuerit fcUsa con^tio fidei, idoiatria et paetio eum dœmonibu». Ejuedem opinionis videtur essa Me^nder de HaUis, Richardus de Meika-YHla
CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET
et Attetuit in êumma, et eommuniter omnee doctoret qui de hoc materia heuti nmt et. tient et faharii monetcB et peeuniarum régis, etc.
Ainsi Je Tois que les docteurs en théologie disent tous d'un commun accord que tels sortilèges, charmes et maléfices ne sortissent point leur eflét, si ce n'est par œuvre de diable et par son faux moyen. Et les charmes et autres superstitions que font les dits inyocateurs n'ont point de tertu de nuire ou aider à quelque personne que ce soit ; mais ce sont les diables qui ont puissance de nuire , tant comme Dieu leur en permet; lesquels ne feroient rien & la l'equète des dits invocateurs , s'ils ne leur faisoient trois choses : c'est à savoir exhiber honneur divin , lequel ne doit point être exhibé fors à Dieu ; par action et convenance ; par manière d'hommage , promesse et obligation , et soi montrer à eux faussaires et corrompeurs de la foi catholique. Lesquelles choses'Jointes ensemble sont erreurs de foi et idolâtrie , et par tant commettent le crime de lèse-majesté.
Primum eorollarium. S'il advient que pour les cas dessusdits, iceux invocateurs de diables^ idolâtres et traîtres au roi, soient mis en prison, et que pendant le procès contre eux ou avant icelui juger, aucun leur facteur ou participant en leur crime les délivre ou fasse délivrer de sa puissance , il doit être puni comme les dessus dits idolâtres, comme trahistre du roi son souverain seigneur et crimineux de lès&majesté au premier et qaart degré.
Secundum eoroUarium. Tout sujet qui donne et promet à autrui grand' somme d'argent pour empoisonner son roi et souverain seigneur, le marché fait, et les poisons ordonne, posé que les poisons ne sortissent point leur effet , pour aucun empêchement survenant par] la grâce de Dieu ou autrement, tous les deux machinants commettent crime de lèse -majesté en premier degré, sont faux, traîtres et déloyaux à leur roi et souverain seigneur, et sont dignes de double mort, première et seconde.
Tertium eoroUarium. Tout sqjet qui , sous dissimulation et feinlise de Jeux et ébateinents, ou pensément et de malice , a procuré faire 'vêtements pour vêtir son roi, et qui plus est le faire vêtir avec plusieurs autres et y bouter le feu à escient , pour le cuider ardoir, et lui toDir et soustraire sa très-noble seigneu'
rie, il commet crime de lèse-majesté au premier degré , et est tyran traître et déloyal h son roi , et pour ce est digne de double mort, c'est à savoir de première et seconde ; et mèmement quand par le feu sont ars et morts plusieurs nobles hommes vilainement â grands douleurs.
Quartvm eorollarium eut : Tout styet et vassal du roi qui fait alliances avec aucuns qui sont ennemis mortels du roi et du royaume, ne se peut excuser de trahison , par spécial quand il mande aux gens d'armes de la partie d'iceux ennemis qu'ils obtiennent les forteresses do dit royaume, et qu'il se tiennent bien en icelles forteresses, sans eux rendre : car quand viendra au fort il s'emploiera et leur ftera faire secours et bon remède : avec ce empêchera les voyages et armées qui se feront contre les dits ennemis, en les réconfortant toujours par voies subtiles et secrètes ; il est traître â son roi et souverain seigneur, et â la chose publique du'royaume , et commet crime de lèse-majesté aux premier et quart degrés , et est digne de double mort : c'est à savoir de première et seconde.
Quintum eoroUarium est: Que tout sujet et vassal qui, par fraude, barat et faux donner à entendre , met dissension entre le roi et la reine, en faisant entendre à la dite reme que le roi la hayoit tant qu'il étoit délibéré de la faire mourir, elle et ses enfants, et qu'il n'y avoit point de remède si elle ne s'enfuyoit hors da royaume atout ses enfants , en lui conseillant et requérant qu'ainsi le fit, lui oflirant la mener hors du royaume en aucimes de ses villes ou forteresses, et en ajoutant une cautelleou subtilité, c'est à savoir qu'il est nécessaire que la dite reine le tienne secret, afin qu'elle ne soit empêchée ou arrêtée & ce faire : pour laquelle chose faire il voulut qu'eUe feignit aller en plusieurs pèlerinages de l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'elle seroit en lieu sûr, tendant par cela la mettre en ses prisons , et ses deux enfants , et puis faire semblablement au roi, pour parvenir parce moyen à la couronne et seigneurie du royaume ; tout tel sujet et vassal commet un crime de lèse-majesté , au second , tiers et quart degré. Cette vérité s'ensuit des précédentes, et si appert tout clair â tout homme de bon entendement, et tant, que si je la voulois prouver^ esttt adjmare ecelum faeibut.
Li4on
UVRE PREMIER
Setetttm eoroUarium est: Que tofUt sii^et et tassai qui , par conYMiise d'avoir la couronne et sdgneurie du royaume , se trait devers le pape, en imposant ftussement et contre vérité à 80Q roi et souv^ain seigneur crimes et vices redondants à sa noble lignée et génération , et par ce concluant que le roi n'eMl pas digne de tenir la couronne d'un royaume , ni ses enfants de l'avoir après lui, comme par succession , requérant au dit pape , par très grand' instance , qu'il veuille faire déclaration sur le fait de la privation d'icelui roi et des dits en- Cints, et déclarer icelui royaume devoir appartenir à celui requérant et à sa lignée , et lui donner absdutioo, et à tous les vassaux du dit royaume qui adh^er à lui voudroient , et dispensation du swment de féauté et d'obligation par Imquels sont tenus et obligés tous surjets et vassaux à leur{roi et souverain seigneur, tous tels vassaux et sujets, sont traîtres, tyrans et déloyaux au dit roi et au royaume, et commettent crime de lése-me^Jesté au premier et au so* eood degrés.
Septimwn eoroOariutn est : Que s'il advient (pilcelui déloyal et tyran, animo deliberuto, onpÊdie l'union de l'église et les concluÉions du roi et des clercs du dit royaume, délibérés et conclus pour le bien et utilité de sainte ë^ise, en empêche l'exécution , par force et puissance, induement et contre raison, tendant que le pape soit plus enclin h lui octroyer sa fausse, mauvaise et inique requête, icelui tyran est déloyal à Dieu , à sainte église et k son roi et souverain seigneur, et doit être réputé sebismatique ; et si est pertinax hérétique : et si est digne de vilaine mort , tant que h terre s'en doit ouvrir sous lui et l'engloutir en corps et en ame, comme elle fit les trois Ktûsmatiqnes Datlnn, C!oré etÂbiron, desquels nous lisons en la Bible : Pirupta est Urra »«b pedîbus eorum. et aperiens os swum ànonmt eos ewn tabernaeviU suis . deseendenmtque mm in infemwn.aperto kumo. Num.
IB. {Psaltn.) Aperta est terra et deglvtivit Da- Atm. etc.
Oetmmn corottariitm est : Que tout vassal et SQÎet doit être comme criminel de lëse-ma- Jestè, qui, par convoitise de venir à la couloane éL seigneurie du royaume , machine à fûre Boarir, par privés empoisonnements et
viandes envenimées ou autrement, icelui roî et ses enfants ; il, et tout tel vassal et sqjet, doit être puni comme criminel de lése-majesté en tiers degré.
Notmm et ultimatum eorMarium est : Que tout svfjet et vassal qui tient gens d'armes sur le pays, qui ne font autre chose que manger et exiler le peuple , piller, rober, prendre, tuer gens , et efforcer femmes , et avec ce mettre capitaines es châteaux , forteresses , ponts et passages du dit royaume, et, avec ce, fait mettre sus tailles et emprunts innumérables , feignant que c'est pour mener la guerre contre les ennemis du royaume : et après, quand les dites tailles sont levées et mises au trésor du roi, les emble, prend et ravit par force et puissance, et en donnant des dites pécunes, fait al^ liance aux ennemis, adversaires et malveillants des dits roi et royaume , en se rendant fort et puissant pour obtenir sa damnable et mauvaise intention, c'est-ft-dire d'obtenir la couronne et seigneurerie du dit royaume: il, et tout tel sU' Jet qui ainsi fait, doit être puni comme tyran , faux et déloyal aux dits roi et royaume , et comme criminel de lêse-majesté aux premier et quart degrés , et est digne de double mort , première et seconde. Et a insi fais fin de la pre* miéro partie de la dite Justification.
SequUnr minor.
La leeoode partte d« U dite JuiUBetUon ou propwiiioa «'ensuit.
Or viens-je à déclarer et affirmer ma dite minor, en laquelle J'ai à montrer que lieu Louis, naguère duo d'Orléans, f\it tant end^rasé. et épris de convoitise et honneurs vains et richesses mondtânes , c'est h savoir d'obtenu pour soi et sa génération , et de tollir et sou»* traire à sm la très haute et très noble seigneu* rie de la couronne de France au roi notre sire,' qu'il madiina et étudia par convoitise , barat , sortilèges et mal engins à détruire la personne du roi notre sire, de ses enfants et génératitm ; entant qu'il Ait si épriv^le convoitise, tyrannia et tentation de l'ennemt d'enfer, que, comme tyran à son roi et souverain seigneur, il commit crime de lése-maJesté Ay'me et humaine , ett toutes les manières et dégrés déclarés en ma dite majeure} c'est à savoir de majesté divine^
CHRONIQUES D'ENGIJERRAND DE MONSTRELET
elmatjesté humaine en premier, second, tiers et quart degré. £t quant est de crime de 16semajesté divine, il appartient au souverain juge de là sas : pourquoi je n'en pense point & faire spécial article ; mais les articles de lèse-majeslé humaine , je penserai à en toucher par manière d'incident. Ainsi donc me faut déclarer par articles comment il a commis crime de lèse-majesté humaine en chacun des quatre degrés dessus nommés.
Pour laquelle chose je pense à diviser ma dite mineure en quatre articles. Au premier article, je pense à déclarer comment en plusieurs et diverses manières il a commis crime de lèse-majesté humaine au premier degré, le second au second degré , le tiers au tiers , le quart au quart degré. Quant au premier article, qui sera du premier degré, lequel est quand l'injure ou ofTense est directement faite contre la personne du roi, si est à savoir que telle injure peut être faite en deux manières : la première manière en machinant la mort et destruction de son prince et souverain seigneur; la seconde est quand on fait confédérations avec l'ennemi mortel de son dit prince et seigneur. La première manière se peut diviser en plusieurs manières ; mais , quant à présent, je ne la diviserai qu'en trois manières. La première manière est en machinant de son dit prince la mort par sortilèges, maléfices et superstitions. La deuxième manière par poisons, venins et intoxication. La troisième manière est pour occire ou faire occire par armes et eau, feu et autres violentes injectiois. Qu'il ait été criminel en la première espèce , je le prouve. Car pour faire mourirla personne du roi notre sire en langueur et par manière si subtile , que n'y fût nulle apparence , il fit par force d'argent et diligence tant qu'il flna de quatre personnes, dont l'une étoit moine apostat, l'autre chevalier, l'autre écuyer, et l'autre valet, auxquels il bailla sa propre épée, un badèlaire et un annel pour dédier et consacrer, ou, pourplus proprement parler, exécrer au nom des diables d'enfer. Et pource que tels manières de maléfice ne se peuvent bonnement faire, si ce n'est en lieux solitaires et qui sont loin de toutes gens, ils portèrent les dites choses en la tour de Monijay, vers Lagny-sur- Mame, et là se logèrent et firent résidence par
l'espace de plusieurs jours ; et le dit moine apostat , comme dessus , qui étoit mattre d'icelle œuvre diabolique , fit plusieurs invocations de diables par plusieurs fois et journées, dont je vous dirai deux ensemble qu'il fit entre Pâques et Ascension , à un dimanche , très bien malin devant soleil levant , en une montagne près de la tour de Montjay. Premièrement fit on cerne , plusieurs caractères et autres choses superstitieuses requises à faire en telles évocations de diables, emprës un buisson ; et en faisant les dites invocations se dépouilla toud nud en pur sa chemise , et se mit à genoux, et flscha les dites épée et badèlaire par les pointes en terre es extrémités du dit cerne ; et ledit annel mit parmi îcelui cerne, et là dit plusieurs oraisons , en invoquant les diables. El tantôt vinrent à lui deux diables en forme de deux hommes vêtus ainsi que de brun vert, ce sembloit, dont l'un avoit nomHermas, et l'autre Astramein; et lors leur fit honneur et très grand' révérence; et si grand' comme on pourroit faire à Dieu notre Sauveur. Et ce fait, se tira derrière icelui buisson ; et icelui diable, qui étoit venu pour le dit annel, le prit et l'emporta, et s'évanouit; et icelui qui étoit venu pour les dites épée et badèlaire demeura au dit cerne, prit le dit badèlaire et le mania en faisant plusieurs dboses , puis le coucha au dit cerne, et semblablement fit de la dite épée , et puis après s'évanouit comme avoit fait l'autre. Et tantôt après icelui moine vint au dit cerne, et trouva iceux badèlaire et épée couchés de plat, et les prit, et trouva que la dite épée avoit la tête rompue , en signe que c'ëtoit fait , et trouva la dite pointe en la poudre où icelui diable l'avoit mise et mucée. Et après attendit par l'espace de demi -heure l'autre diable qui avoit emporté l'annel , lequel retourna et lui bailla le dit annel, qui étoit apparent rouge ainsi qu'écarlate , comme il sembloit pour l'heure, et lui dit : « C'est fait ; mais il ne faut » fors que tu les mettes en la bouche d'un honn- » me mort, ainsi et en la manière que tu sais.» Et lors s'évanouit. Le dit moine refit la pointe de l'épée i, et outre, pour parfaire les dits ma-
' Tout te détail qoi suit des conjorations et maléfices do duc d'Orléans avoit été omis Jusqu'ici dans toutes les éditions. Le manuscrit 8347 <" est le seul en effet qui le donne. Craignant que ce ne fût une interp«-
UVRE PREMIER
UAoes, ioeus moine, ècuyer et varlet, s'en vinrent par noit au ^bet de Montfaucon lez Paris ; là prirent l'on des morts nouTeliement pendus, leqrol il dépendirent et mirent sur un chevalpour le porter en ladite tourdeM(MilJay; mais pour ce qu'ils virent qu'ite n'avoient pas assez de la nuit pour le porter en la dite tour de Mon^ay, et que le jour approchait fort, ils s'ra retoomërent & Paris en l'hôtel du dit chevalier, et mirent le dit corps en une étable , et puis loi mirent le dit annel en la bouche, et les épëe et badelaire lui fichèrent au corps parmi le fondement Jusqu'à la poitrine; et là d&oiearérent en grand' abomination et horreur, par plusieurs jours , comme les diables leur avoient dit et ordonné. Et puis après iceux èpée, badelaire et annel ainsi dédiés et consacrés, ou à parier proprement, exécrés, furent reodos et restitués au dessus dit duc d'Orléans, pour en faire et parfaire les maléfices en la personne du roi notre seigneur, pour parvenir à sa mauvaise et damnable intention ; et avec ce kn baillèrent de la poudre d'aucuns des os et des poils du Ken déshonnële d'icelui mort dépendu, pour porter sur soi; lesquels aucuns 06 enveloppés en un drap icelui duc d'Orléans
tation, je te comparai arec les manngcriU de la jasUfication de Jean Petit qol se trouvent à la bibliothèque do roi, et Je le trouvai conforme à tous, à quelques phrase* prés. Je restitue le texte d'après le manuscrit du roi 10319 **, autrefois Colbert 6312, qui est précédé d'une enluminure qui représente un loup cherchant A eowper nue couronne surmontée de fleurs de lis, tandis ^■n lion l'effraie et te fait fuir. Au bas de l'enlnmi- ■nre on Ut ces quatre vers :
Far Ibree le leu rompt et tyre A te* dents et gris la couronne, El la lioo par très granl ire De sa paie granl coup lui donne.
n est teil tuT parchemin en lettres b&lardes allongica 4n eonuacncenient du XV* siècle.
De* trois antres manuscrits que j'ai sous les jeux, rm, lOW **, cepié sur papier, étoit de la bibliothèque ta préaident de Thon, et est conforme au manuscrit IMI»**.
L'antre, 9681, qui contient plasieart antres pièces ialéreamnlea relativei an mine fait, est aussi sur papier.
Le qutrièBe, 19S3, vient de la bibliothèque Coislin, cl est intitoli : Procès-verbal de la proposition de Jean I^eUI. A la snite se trouve la réponse faite au nom da doc dtMéans. Il est le moiiu complet de tons, et a été pvMiépar Ch. Uopin, au commençaient da 5* tome 4m eavraiea de Seoon.
porta par plusieurs journées entre sa chair et sa chemise , attachés à une aiguillette dedans la manche de sa chemise; et l'eût encore plus porté , si ne fût un (feevalier de grand honneur, parent du roi et le sien , qui étoit serviteur principal d'icelui duc d'Orléans, qui les hii ôta par force, et les porta au roi en la présence de plusieurs , dont aucims sont cy présents ; et pource que le dit chevalier avoit porté les dits os au roi et révélé aucunes des choses dessus dites du duc d'Oriéans,icelui duc conçut si grand' haine contre lui, qu'il le persécuta et détruisit en honneur et chevance , nondi)8tant qu'il fût son parent et parent du roi, comme dit est.
Item, le dit criminel duc d'Orléans fit faire un autre sortilège par le dit moine, d'une verge de bois appelé cornouiUer, du sang d'un rouge Cochet et d'une potdette blanche ; lequel sortilège parfait, la dite verge devoit avoir si grand' vertu, par art et paction diabolique, que celui qui la porteroit feroit sa volonté de toutes les femmes qu'il en toucheroit , comme disoit le dit moine ; et disoit qu'il l'avoit éprouvé, en une semblable verge et sortilège ainsi fait, en la personne d'une femme qu'il désiroit moult et aimoit, et n'en pouvoit venir à chef. Et fut baillée icelle verge au dit criminel duc d'Orléans, ensorcelée comme dit est, en la sainte semaine. Et pourquoi en la sainte semaine plus qu'en autre temps? Ce fut pour faire contumèUe plus injurieuse et injure plus contumélieuse à Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ, qui en icelui temps souffrit mort et passion pour tout humain lignage ; et avecque ce, pour faire greignenr plaisir, honneur et révérence à Satan, l'ennemi d'enfer, par le moyen duquel toutes les manières de sortilèges, charmes et maléfices sortissent leur effet. Et que les dits sortilèges, charmes et maléfices aient sorti leur effet en la personne du roi nostre sire, je le montre par trois moyens. Le premier est deux grièves maladies que le roi eut tantôt après : la première maladie fut à Beauvais, qui fut] tant angoiseuse qu'il en perdit les ongles et les dieveux, pour la greigneure partie. La seconde fut au Mans, greigneiuro sans comparaison, et tant qu'il n'ètoit créature humaine, si l'eût vu, qu'il n'en eût an cœur grand' pitié et grand' douleur; et
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
fat si oppressé de maladie par un grand espace de temps, qu'il ne parioit ne à homme ne i femme, ains aiq[>arolt mieux mort que >if.
Le second moyen est les parcries qu'il se prit & dire tantôt après qu'il put parler, c'est à savoir t « Pour Dieu, ôtez-moi cette épie qui » me transperce le cœur , ce m'a fait beau » frère d'Orléans. » Et icelles mêmes pardes ou semblables a plusieurs fois répliquées en santé et en maladie , en «joutant celle parole t «nfautqueje le tue. » Ainsi comme si il vouloit dire t « Si je ne le tue, il me fera mourir » sans nul remède. »
Hélas! messeigneurs, or considérons ci un peu qui pouvoit mouToir icelui duc d'Orléans à faire cette extrême et damnaUe mantaiseté et cruauté en la personne de son frère, qui oncques ne lui aToit fait fors que amour et plaisir. H est tout clair que autre cbose ne lui faisoit faire, fors la très grand' convoitise et ambition dont il étoit épris et embrasé pour avoir et parvenir à la couronne et très haute seigneurie de France.
Le tiers moyen est une parole que dit une fois le duc de Milan, père de la duchesse d'Orléans 1 , à un messager qui lui portoit lettre de par le roi, auquel il demanda en quel point étoit le roi; et le messager répondit : « U est en très » bon point, la merci Dieu. — Il est le diable, » ce dit le duc de Milan ; et par très grand' admiration, adjoignit ces paroles: « Gomment se » peut-il Gnire qu'il soit en bon point ! » C'est évident signe qu'il avoit été consentant, ou, é plus proprement parier, auteur avec son beaufils, le criminel duc d'Orléans, de mettre le roi et faire mettre en tel point ; et pour dire à quel fin, il est assez notoire qu'il désiroit fort grand' seigneurie, tant pour soi comme pour sa lignée, comme il appert spécialement en U personne de son oncle, messire Barnabo, lequel il prit maliciensement, déoeptivement et par manière de trahison, sous onï>re de sabte vie, et après, pour posséder et avoir sa seigneurie, le fit mourir mauvaisement. Ausu apparut-il, parce qu'il convoita merveilleusement que sa fille fût reine de France; et pour
• « Le doc de MilMi et ValenUne, «a fille, avolent déji tVt reprétentét par le< partisani du due de Bourgogne «omme irèt espêrts «n Kmdleriet.
y cuider parvenir fit tant qu'il traita le mariage d'elle et du dit feu duc d'Orléans, pour lors duc deTouraine, et seul firère du roi, cod* sidérant que le roi n'avoit encrare nuls enfants, et qu'il n'y avoit qu'une bouche adore, et ainsi n'y falloit qu'une bouconnée bim assise pour venir à son entente. Et qu'il apparut qu'il ^t cette volonté, la commune renommée est que quand sa fille se partit de lui pour venir en France, il lui dit : « Adieu, belle fille, »jene vous veux jamais voir tant que vous » soyez reine de France. > Et pour parvenir à ce, les'dessusdits dues d'Orléans et de Milan, par diverses voies, ont depuis machiné en la mort du roi et de sa génération, desquelles choses fut moyen un faux hypocrite, nommé Philippe de Mézières * , chevalier, qui étoit le propre ministre de faire trahisons ; car il fut chancelierdu roi deChypre, lequel il trahit faus-
' Philippe de Mézières naquit en Picardie en 1312. n passa en 1343, »gé de trente ans environ, en Chypre, près de Hogaes de Lnsignan IV, roi de Chypre et de Jérusalem, afin de l'exciter i une croisade pour la eoi»' quête de Jérusalem. Hugues étant mort en 1362 dans un >oyage entrepris pour entraîner avec lui les princes ^de l'Occident, Pierre I", son frère et son successeur, nomma Philippe de Mézières son chancelier. Philippe engagea Pierre l" à s'emparer de la ville de Satalie, qui étoit l'ancienne AtUlie, bfttie dans la Pamphylie, sur le bord de la mer, vis-i-vis la pointe occidentale de l'Ile de Chypre. Il se rendit ensuite avec lai en France, et de li en Italie, en 1364. Ils en parurent i la tète de l'expédition de la croisade en 136&, le 13 septembre. Après la rupture de la croisade, Philippe de Mézières fut envoyé de nouveau en Italie par Pierre II, en février 1371, pour aller complimenter Grégoire XI, successeur d'Urbain; et après différentes négociations, U finit par se fixer à la cour de France. Charles V aimoit i profiler de ses conseils, qui, d'après les ouvrages assez nombreux qu'il nous a laissés, paroissent avoir été ceux d'un homme éclairé et indépendant. Il étoit blessé des dépenses excessives de la cour, et surtout du grand nombre d'offlcien dont elle étoit remplie, et c'est sans doute cet amour pour réoonomie qui lui attira l'anlmadversion du duc de Bourgogne et de Jean Petit, qui étoit en même temps avocat, conseiller, maître des requêtes du duc de Bourgogne, et oordelier. Outre cette raison d'animadversion, Pliiiippe ne perdoit aucune occasion de combattre le goftt de la cour pour l'astrologie et de démontrer tonte la futilité de cette prétendue science. On sent bien que Jean Petit, qui ec«yo!t an sorciers et a décrit si minuUeuaensDt Iw charmes et malèflces, ne devoit guère lui pardonner cet eicès de philosophie. Quant au reproche d'hvpocrisit Mt à Philippe de Hésiires, Je renvoie i n vte, par l'abbé Le Bmif, Mémoires de l'Académie des ImcriptloDS et bellei-Irtties, tom. 18 et 17.
LIVIŒ PREMIER.
teouDt etmauvaisementjetpuisB'en 'vint demeurer avec le dessus dit messire Bamabo ; et loi demeurant avec lui, aida le dit duc de Milan à trahir, détruire et taire mourir le dit messire Bamabo, son seigneur et mattre, et à ce fut serviteur et ami très spécial d'icelui duc de Milan, et advisérent entre eux deux aucunes instructions qu'il apporta au duc d'Orléans; et pour faire la tboae plus couvertenient et plus subtilement, ioelui Philippe de Méàéres s'en vint à Paris, et se rendit aux Célratins par hypocrisie; et ainù comme le dit duc de Milan feignoit sainte vie, pour plus aisément décevoir le dit messire Bariuibo, ains fit icelui de Méziéres feindre sainte vie à icelui due d'Orléans, pour faire décevoir et détruire le roi ; et alloit tous les Jours icdui duc d'Orléans aux Célestins, et là oyoit chacun jour doq ou six messes par très grand' dévotion, ce sembloit, mais ce n'étoit que fausse hypocrisie et simulation ; car, sous ond>rede ce, ils faisoient &i un oratoire leurs collations, coqjurations et délibérations de la manière de parvenir i leur fausse, mauvaise et damnée intention ; et nom^tant que icelui duc d'Orléans se montrftt ainsi dévot par jour, néanmoins il menoit très dissolue vie de nuit; car il est vrai que presque toutes les nuits il s'énivroil, joaoit aux dés et gisoit avec femmes disMdues, et flnablement la dissolution qu'il avoiimenée par nuit et secrètement, il l'amplia tellement, et tant la continua de Jour et de nuit, qu'elle ftat toute notoire et pu- Uiqae.
Or aT<ms-nou8 deux choees > la première, que feu le criminel duc d'Orléans fut auteur des dessus dites invocations de diables, super- ■titioas, duurmes, exécrations, sortilèges et naiéflces ; la seconde, que Im dites invocations, iniitatioiis, sortilèges et maléfices dessus dits Urtirent leur eflet en la personne du roi notre tire : deaqodles choses s'ensuit expresaémait que le dit feu duc d'Orléans fut criminel du crime de lèse-majesté divine et humaine; divine, pour ce que les dits sortilèges, charmes, mnlèflees, sont idol&trie et fausse comqttion de la iû ealbolique, comme il appert par ce que J'ai déclaré en une des vèriléâ de ma dite majeure, qui parle de cette matière. Itom. de lèse-majesté humaine au premier degré et en
la première espèce, poorce' qu'ai faisant les, dits sortilèges , charmes et maléfices , il machin noit directement la mort et destruction de son roi et souverain seigneur, par les dits sortilë~ ges, charmes et maléfices.
Après , je vueil montrer que' le dit crimind duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté en la seconde espèce de la première manière du dit premier degré. Car, lui voyant que par les dits maléfices n'avoit pas encore <d>tenu sa damnable intention, c'est à savoir la mort du roi , il se convertit à le faire empoisfnmer par choses venimeuses ; pourquoi faire il voulut foire marché avec plusieurs. Desqueb y en eut deux auxquels il promit à l'un 4,000 fr. et à l'autre 50,000, dont les 25,000 seroient baillés présentement. Mais, conmie bons et loyaux, les reftisèrenl} et les autres ne les refusèrent pas.
Le marché fait et les pensons ordonnés , ils ne sortirent pas tout leur eOét, empêchés par la grâce de Dieu et d'aucuns bienveillants du roi qui aperçurent les choses. Et pour montrer plus évidemment qu'il fut auteur des desr sus dits sortilèges, charmes, maléfices et aussi des empoisonnements dont j'ai maintenant parlé, il est yrai que plusieurs des dits malfaiteurs et empoisonneurs et des plus principaux après le dit criminel duc d'Orléans furent mis en prison , en plusieurs lieux et en divers temps ; et contre eux procès formés , et des aucunes ordonnances faites par le roi, et de quelle mort ils devroient mourir. Jl, par U force, délivra les uns et les envoya en leur pays, et des autres empêcha l'exécution de justice , afin que sa déloyauté ne fût décoU'* vwte.
lum , il est vrai que environ été, à dix-huit ou dix-neuf ans, que le roi et icelui duc d'Orléans, accompagnés de Uen peu de gens, allèrent au oh&tel de Néauffle, soupèrent avec la reine Kanche et couchèrent au dit chfttel; et le lendemain leur donna k dtner la dite reine. Le dit criminel duc, par cautelle et malice, feignit soi aller ébattre au bois jusqu'à ce que le idat de rôt pour servir le roi fût dressé pour y accomplir sa damnable intention ; lors s'en vint, et passant par devers le dressoir où le dit plat étoit, salua les queux» disant : « Dieu garde a les^ compagnons ; » et dessus le dit plat jeta
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
certaine poudre blanche. Et après que le dit plat fut servi devant le roi, ladite reine, bien informée et moult courroucée , fit ôter le dit plat et porter devant l'aumdnier de ladite reine, qui étoit à table, auquel fut dit qu'il n'en mangeât point. Lequel, parce qu'il toucha la dite viande en la mettant en la corbeille de l'auibône sang en manger, et puis niangea du pain sans laver ses mains, dont il avoit touché la dite tiande, chut pâmé, et le convint emporter aux bras comme mort. Et lui churent barbe, cheveux et ongles ; les nerfs retrairent ; chut en langueur; et finalement en mourut. Et fut la dite viande enfouie en terre, afin que personnes ni bêtes n'en mangeassent; et après vêpres ôuies, au dit Jour, la dite reine en issant des vêpres, en la présence do roi , dit au dit feu duc d'Orléans qui venoit du bois de soi ébattre, après qu'il eut salué le roi et la dite reine : « Êtes-vous 1&, bon valet? faites-vous bien le » marmiteux? » Puis regarda le roi en lui disant : « Que vous en semble, beau flis? Ha, » ha! qu'il est bien taillé de laisser les pois » ardoir! » Et en outre dit au dit criminel duc d'Orléans : « Par saint Jean, vous ne ferez j& bien, n
Ainsi appert que ledit criminel duc d'Orléans commit plusieurs crimes de lèse-majesté en la seconde espèce du dit premier degré.
Après, Je viensà déclarer comment le dit crimine! duc d'Orléans a commis crime de lèsemojesté en la tierce et dernière espèce de la première majeure du dit premier degré. Car il est vrai que par sa subtilité, flraude et malice, pour ce qu'il n'étoit pas venu du tout à son entente par les choses dessus dites , il se pourpensa & faire faire certains jeux ou ébattements de personnages en manière d'hommes sauvages dont le roi seroit l'on. Lesquels étoient vêtus parmi le corps de vêtements de toile couverts et semés de fin lin, chanvre et étouppes, étoffés de soufre, poix et autres choses de léger inflammables , aisées & enflamber et malaisées & éteindre, et venir danser en tel état par manière de jeux et ébattements. Et combien que le dit duc d'Orléans eût accoutumé en tous ébattements et autres choses être vêtu dé semblable habit du roi et soi ébattre avec lui, il se garda bien de s'en vêtir, nonobstant qu'il y eût un habit fait pour lui. Mais quoi! il trouva une |
feinte excusation , disant que son habit lui étoit trop étroit et que point ne s'en vêtiroit, mais porteroit la torche devant les autres ; et qui pis est, vouloit, coihme qu'il fut, que le roi et tous ceux qui étoient ainsi habillés dissent accouplés ensemble , afin que le roi ne lui échappât qu'il ne fut ars ; car o'étoit sa principale intention. Mais, par la grâce de Dieu, un ancien prud'homme et sage serviteur et familier do roi dit au roi : « Sire, gardez que vous faites ; » car si vous êtes accouplé et lié avec les au- » très, et d'aventure le feu se prenne en l'un » de vous par celle torche ou autrement , vous » serez tous ensemble ars sans point de re- » méde. » Et quand icelui duc d'Orléans ouit cette parole, il bouta la torche tout allumée contre le visage d'icelni , en loi disant : « Hé ! X ribaot, de quoi vous mêlez-vous? » Et ainsi le roi ne souffrit point qu'ils fussent accouplés, pour la parole du prud'homme, qui .le saova d'être ars. Mais Dieu sait quelles persécutions icelui duc d'Orléans a depuis fait faire au dit familier; et le bfttardde Foix, qui en fut vêtu et ars, disoit bien au devant que tous ceux qoi en seroient vêtus se mettroienten grand péril de mort ; et pour ce cuida trouver remède pour soi : c'est à savoir qu'il ordonna que deux de ses varlets fussent à l'hois atoot deox draps de lits, mooillés en eao, afin que si le feu se prenoit en l'un d'eux, qu'ils le couvrissent de ces draps, mais les varlets^dessus dits ne furent pas si près de secourir et aider à leur seigneur et maître, comme il avoit ordonné. Si le convint mourir à grand' doideur de corps, le comte de Joignî, messire Aimart de Poitiers, et plusieurs autres, dont ce fut grand' pitié; pource que icelui doc d'Orléans, qui s'étoit fait varlet de porter la torche, bouta le feu au vêlement de l'on d'eux, cuidant ardoir le roi notre sire; mais par la grâce de Dieu , et à l'aide de très exceUentes et très nobles dames, mesdames de Berri et de Bourgogne, et des antres dames et damoiselles qui là étoient, il en éebappa*.
Après je veoil déclarer que ledit criminel duc d'Orléans a commis crime de lès^'mstjestè en la seconde manière du dit premier degré, c'est
' Voyez le détail de cette mascarade dans Froiuart, I. IV, cbap. 33, tome 3, page 178 4 d'édiliM du Panikim.
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UVRE PREMIER
à sayoir qu'il a fait alliance aux ennemis da roi et du royaume. Et pour vous déclarer pour qui et comment , la vérité est telle qu'après ce que k roi notre sire et le. roi Richard d'Angleterre furent ensemble en amitié confirmés par le traité de mariage du dit roi Richard et de l'aînée ille de France, le roi Richard voulut, comment que ce fût , parler au roi notre sire pour le grand bien de sa santé, et se assemblèrent ensemble ; et lors lui dit que les infirmités de son corps et grands maladies qu'il avoit lui ètoient venues par le moyen et pourchas des dits ducs d'Orléans et de Milan , et que pour Dieu il s'en voulût prendre garde; et pour cette cause prit le roi si grand' indignation contre le dit duc de Milan, et non sans cause, que son héraut, qui portoit ses armes, ne s'osoit plus vmr devant le roi. Et sitôt que les dioses dessus dites vinrent à la connoissance du dit duc d'CMéans, il conçut haine mortelle eontre ledit roi Richard, et s'enquit qui étoit le greigneur adversaire qu'il eût en tout le monde, et trouva que c'étoit Henry de Lancastre; et fit tant qu'il eut alliances avec lui, l'une pour détruire le roi Richard, et l'autre pour renforcer et prendre puissance à parvenir i sa damnable intention. Et furent d'accord les dessus dits del abourer et machiner de toute leur puissance , par toutes les voies et manières possibles à eux , la mort et destruction des deux rois, pour obtenir les deux couronnes de France et d'Angleterre : celle de France pour Louis d'Oriéans , et celle d'Angleiem pour Henry de Lancastre. Henry en est venu à aaa entente, mais Louis non. Dieu merci ! Et qu'il soit vrai des dites alliances , ieelai duc d'Oriéans a toqjours favorisé , aidé et conforté le dit Henry Lancastre et les autres An^ois de la bande du dit Henry de tout son pouvoir ; et expressément manda à iceux Angjois ennemis du roi et du royaume, qui ètoient au cbâiel de Bordes, qu'ils se tinssent bien , et qatls ne rendissent pas leur chfttel aux Fran- VM , et qu'il empêcheroit le siège , ou qu'il leur flneroit <te bon secours ou remède, toutes fèis qu'il en seroit nécessité , et outre empédia plusieurs voyages entrepris contre le dit Henry ; et ainsi fut tyran et déloyal à son prince et souverain seigneur, et à la chose publique de ce royaume , et commit crime de lèse- ma-
jesté en la deuxième manière du dit premiw degré. A la confirmation de ce fait me medt une chose que Je vous dirai.
H est vrai que au temps qu'on détenoit le roi Richard, que ledit Henry tendoit à faire mour* rir , aucuns plusieurs des seigneurs d'Angle^ terre lui disoient qu'il y auroit trop grand péril pour la doute des François ; auxquels il répondit que de ce ne convenoit faire aucune doute , car il avoit un puissant ami en France auquel il éloit allié ; c'est & savoir le duc d'0^ léans, frère au roi de France , lequel ne souffriroit point, pour quelque chose qu'on attentat contre le dit roi Richard, qu'aucun assaut en f\it fait par les François à rencontre des Anglois ; et pour les faire plus certains, fit lira les lettres des dites alliances. Ainsi appert que ledit criminel duc d'Orléans a commis. crime de lèse-majesté en plusieurs manières et espèces du premier degré. Ainsi finit le premier article de ma dite minor, m«obstant qu'il y ait plusieurs autres crimes très horribles en plusieurs manières et diverses espèces de crime de lèse-majesté en ce premier degré commis et perpétrés par icelui criminel duc d'Orléans, lesquels mon dit seigneur de Bourgogne a réservé à dire en temps et lieu, toutes fois que métier en sera.
Après je viens au second article de ma dite minor, auquel je veuil montrer comme le dit criminel duc d'Orléans a commis crime de Ièso> majesté, non pas seulement au premier degré, mais au seotmd; lequel degré est de faire offense à rencontre du roi en la personne de sa femme et épouse : car il est vrai que quatre ans ou environ à un certain jour que le roi étoit encheu en sa maladie, le duc d'Orléans , lequel ne cessoit de machiner par quelle manière il pût venir à sa damnable et mauvaise intention , pensant que s'il pouvoit tenir la reine et ses enfants hors du royaume, il viendroit de léger à son intention, dit et fit savoir & la reine , faussement et contre vérité , que lo roi étoit merveilleusement mu et indigné & rencontre d'elle. Et pour ce il la conseilloit, ai chèrement comme il l'aimoit, qu'elle et ses enfants se missent hors de la voie du roi et en tel lieu^qu'ils fussent hors de sa puissance , tendant & la mener elle et ses dits enfants en la duché de Luxembourg , afin , quand il le»' «M
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET. 114072
tenus, 4'en taAtb ft sa tolonté ; et promettoU i la dite reine qu'il la tiendroit en là dite duché bien et sûrement et ses dits enfants aussi, en 'disant outre que si , après la santé du roi, il Toyoit et aperceyoit que le roi ne fàt plus ma contre elle » et qu'elle pût sûrement retourner par deyers le roi , A quoi il promettoit A son pouvoir de l'induire , il l'iroit quérir , eQe et les enfants, et la ramèneroit au roi < et au cas que le roi demeurerolt en son propos et imagination contre elle, il la tiendroit au pays de Luxembourg , selon son état , quiconque le Toulstt Toir, fût le roi ou autre.
Et afin de colorer sa mauvaiseté et intention, ftiisoit entendant A la dite reine qu'il conye» noit qu0 la âiose fût faite couvertement et subtilement, et tellement qu'au chemin elle et ses dits enfants ne pussent avoir empêchement aucun. Et pour ce faire et exécuter, avoit avisé que la reine feindroit qu'elle et ses dits enfants allassent A Saint-Fiacre en pèlerinage, et d'iUec A Notre-Dame de Liesse. Et puis delA il les eooduiroit Jusqu'au dit pays de Luxembourg, et lA lui biulleroit ou feroit bailler rétat d'elle et de ses enfants , honorable^ ment comme appartient , en attendant que la iroioAté du roi fût muée enven elle et ses dits enfants. Et de ce faire pressa fort la dite reine, et par plusieurs fois , en lui récitant en effet les paroles telles comme J'ai touché , tendant A fin d'avoir la reine et ses dits enfAnts pour en faire sa volonté; dont ils furent en grand péril, et eussent été encore plus, si n'eussent été Aucuns bienveillants du roi, de la dite reine et de ses dits enfknts, auxquels la dite reine se conseilla ; lesquels lui dirent que c'étoit fliusse déception et très grand péril. Pour lesquelles «dioses la dite reine bien avisée mua son propos t et apercevant la fausse et damnée intention du dit criminel tett due d'Orléans , si se détermina A demeurer par-deçA et non aller audit voyage. Ainsi appert le deuxième article de ma dite minor, auquel J'avois A déclarer et iremontrer que le dit criminel due d'Orléans a «ommis crime de lèse-majesté au second detté.
Après, Je viens A déclarer le tiers article de ma dite minor; c'est A savoir que ledit crimi'nel due d'Orléans a commis crime de lésem«Jeslé en tiers degré. Et combien que ce
appert asset par l'article devant déclaré, toutefois Je montre qu'il a commis crime de lèsemajesté en deux autres manières de ce tien degré. La première est par venins, poisons el intoxications. La seconde par fallaoes et déceptions.
Quant A la première manière, il est vrai que le dit criminel duo d'Orléans machina de foire manger A monseigneur le dauphin , dernier trépassé , une pomme empoisonnée et venimeuse, laquelle fut baillée A un enfAnt; et lai fût chargé qu'il la portAl et baillAt au ôîx mon- SMgneur le dauphin , et non A autre comme qu'il fût. Si advint qu'en la portant il passoit parmi les Jardins de Saint-Pol, et lA rencontra la nourrice de l'un des fils du duc d'Orléans , laquelle tenoit icelui fils entre ses bras. Et pour ce que la dite pomme sembloit A la dite nourrice belle et bonne, elle dit A l'enfant qui la portait qu'il lui baillAt pour doaner A son Bis ; lequel lui répondit que non faroit-il , et qu'il ne la bailleroit fors qu'A mons«igneur le dauphin. Et pour ce qu'il ne lui voulut pas bailler de bon gré , elle lui ôta par force et la bailla A manger A son fils , dont il cheot en maladie et mourut assez tût après.
Si fais ci une question. Cet innocent est mort de la pomme empoisonnée t en doit être puni l'enfant qui la portoit ou la nourrice qui lui baiHa? Je réponds que nenni , car fun ni l'autre n'y eut coulpe t mais la oouljpe et trahison en doit être attribuée A ceux qui l'empoisonnèrent et firent porter.
La deuxième manière est par (hllaee et déception , c'est A savoir par donner fliux A entendre. iBt combien que cette manière appert assez par les cas dessus dits et déclarés delà reine et de ses enfants, qu'il voulut mener en la ville de Luxembourg, toutefois la veuil-Je. encore plus déclarer par un autre cas ; c'est A savoir que ledit criminel duo d'Orléans, persévérant toujours en sa mauvaise et damnable intention , a été et envoyé par plusieurs toia par devers le pape, tendant A fin de priver et débouter le roi et sa postérité du royaume et de la dignité royale. Et pour parvenir A sa damnable intention , controuva faussement , malicieusement et contre vérité plusieurs cas et crimes contre la personne du roi et redondants A sa noble génération et h'gnée , lesquels
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