CHAPITRE CXCVI
' Commenl, «pris la paix d'Amt, le doc de Bourgogne eonclot de faire et mener guerre aux Angloii.
Durant le temps que les besognes dessus dites se commencèrent fort à enfeloner et animer entre les deux parties d'Angleterre et de Bourgogne, comme dit est, fut avisé par le dit duc et aucuns pour tant de ses féables conseillers qu'il seroit bon de trouver manière secrète qu'icelles deux parties ne fissent point de guerre l'un contre l'autre, et que leurs gens , pays, amis et alliés demeurassent paisibles comme neutres. Et afin de à ce pourvoir, fut mandé devers le duc dessus dit messire Jean de Luxembourg , comte de Ligny , qui point encore n'avoil fait de serment au roi Charles de France ; lequel, à la requête d'icelui duc, se chargea d'en écrire à l'archevêque de Rouen , son frère , lequel étoit un des priocipaux conseillers du roi Henri d'Angleterre, et son chancelier sur la marche de France. Et adonc fut icelle besogne mise en conseil , et , qui plus est, icelui archevêque envoya en Angleterre devers le roi Henri et les siens. Si fut avisé , pour mieux faire que laisser , qu'il seroit bon qu'icelles deux parties demeurassent en bonne union l'une avec l'autre , quant au fait de la guerre. Et pour tant , la réponse ouYe, fut écrit au dit messire Jean de Luxembourg par son frère : que sa requête seroit mise & effet, et que bonne sûreté se bailleroit de la partie des Apglois de non faire quelque entreprise sur le dessus dit duc de Bourgogne,
ses pays et sujets , moyennant qu'il feroit pareillement & la partie du dit roi Henri d'An gleterre. Et alors bref ensuivant que lo dit comte de Ligny eut reçu par écrit icélle réponse, il l'envoya devers icelui duc de Bourgogne, en faisant savoir à lui par iceux s'il seroit content de procéder outre ; lequel Ql faire réponse par la bouche de l'évêque de Tournai que non , car naguère et de nouvel les dessus dits Anglois avoient fait contre lui et ses sujets de trop grands dérisions , en diffamant en plusieurs lieux sa personne et son honneur ; avoient aussi rué jus de quatre à cinq cents combattants de ses gens sur les marches de Flandre ; et aussi d'autre part , comme dit est ailleurs, avoient voulu prendre d'emblée la ville d'Ardre. Et cette chose avoient connu et confessé quatre de leur parti, qui pour celle cause en icelle ville d'Ardre avoient eu les h&tereaux coupés, et si avoient fait plusieurs autres entreprises, lesquelles ils ne purent bonnement passer sous dissimulation.
Après laquelle réponse en celte manière faite par le dit èvêquc de Tournai aux gens du dit messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, requirent au dit duc de Bourgogne qu'il lui plût sur ce écrire ses lettres à leur seigneur et mattre, lequel leur accorda et signa de sa main. Depuis lesquelles lettres envoyées par la manière devant dite, le dit duc de Bourgogne Ait fort et par plusieurs fois instruit etenhorté par aucuns de son conseil à lui préparer et faire ses apprêts à mener guerre contre les dits Anglois, pour garder son honneur ; et tant que assez bref ensuivant il fit écrire et envoya ses lettres au royaume d'Angleterre devers le roi Henri , en lui signifiant et récitant les entreprises qui avoient été faites de sa partie , depuis la paix d'Arras, à rencontre de lui , de ses gens et sujets, lesquelles semUoient être & lui et aux siens, tant étranges , grièves et préjudiciables, que, pour son honneur et lui mettre en devoir , ne dévoient plus être tues ni dissimulées ; disant en outre que s'il en étoit fait aucune chose de sa part, nul n'en devroil avoir merveilles ni donner charge à lui ni aux siens ; car assez et trop lui en étoit donnée occasion et cause raisonnable , dont moult lai déplaisoit.
UVRE SECOND
. Adonc les dessus dites lettres du duc de Bourgogne reçues et lues par le dessus dit roi d'Angleterre et son conseil, ils furent tous acertenës d'attendre et avoir la guerre au dessus dit duc de Bourgogne. Et sur ce, furent garnies et fournies toutes les forteresses du Boulenois, du Crotoy et autres lieux à l'environ, à rencontre de ses pays, prÊtes pour attendre toutes aven- ' turcs qui pourroient advenir. Et pareillement flt le dessus dit duc de Bourgogne garnir les siennes. Et adonc le roi d'Angleterre envoya ses lettres es marches de France et en aucunes bonnes villes, afin qu'on sût la vérité de la querelle que le duc de Bourgogne prenoit contre lui ; lesquelles en substance contenoient excusations des charges qu'icelui duc et les siens vouloienl donner sur lui et sur ses gens des entreprises dessus dites.
Entre lesquelles remontrances récitoit les lettres qu'il avoit écrites en Hollande, non point pour induire les habitants à nul mal ; et aussi des alliances qu'il avoit voulu et vouloit faire avccque l'empereur d'Allemagne, et étoit en sa franchise de ce faire, et du mandement secret qu'il faisoil en Angleterre pour grever le dit duc, comment il avoit écrit ; et non étoit si secret que par toute Angleterre étoit commune voix ; et ne le vouloit point celer, pource qu'il pourroit faire assembler gens pour employer où bon lui sembleroit ; disant outre, par icelles, que les dites charges qu'on lui avoit voulu bailler étoient sans cause , comme il poùvoit pleinement apparoir par les œuvres qu'avoient faites contre lui et ses sujets le dessus dit duc de Bourgogne et ceux de sa partie -, laquelle charge , au plaisir de Bieu , relourneroit dont elle étoit venue.