CHAPITRE CCVI
Comment messire Florimonl de Brim«u, ténéchal de Ponttaieu, conquit II ville du CrolOf.
Durant le temps que le duc de Bourgogne étoit au voyage de Calais , messire Florimont de Brimeu, sénéchal de Ponthieu, Richard de Richaumes , capitaine de Rue , Robert du Qucsnoy, capitaine de Saint-Valery , et autres des frontières vers Crotoy, s'assemblèrent un certain jour atout le nombre de quatre cents combattants ou environ, et allèrent de nuit eux mettre en embûche sur les grèves , vers la ville et forteresse du Crotoy ; et envoyèrent le dessus dit Robert du Quesnoy, atout trente combattants ou environ, au matin, passer par un balelet devant la dite ville et forteresse pour faire saillir les Anglois de lèans après eux ; ce qu'ils firent. Et quand ils aperçurent que les dits Anglois les pouvoient bien voir,
ils firent semblant que le dit batel fût féru en terre et qu'ils ne pussent passer de là ni eux de là partir. Et mèmement, dix ou douze de leurs gens sortirent en l'eau, qui faisoiênt semblant de vouloir bouter icelui batel, par force, du lieu où il étoit assis. Si faisoiênt moult fort les embesognés; et lors Henri, Jean, Richard et Thomas, voyant de leurs murailles l'èbattement d'iceux galants et la manière qu'ils tenoient, désirant de les aller aider et secourir , non pas au plaisir d'iceux travaillants, mais pour vouloir conquerre proie, saillirent hors sans délai , et coururent vers icelui batel pour le prendre ; mais ils furent tantôt forclos par ceux de la dite embûche, lesquels les assaillirent fièrement , et en occirent sur la place mieux de soixante-quatre^ et si en y eut de pris de trente à quarante. Et par ainsi demeura icelle ville et forteresse du Crotoy fort dégarnie de gens ; et en y eut plusieurs navrés de la partie du dit sénéchal.
Lequel sénéchal et ceux qui étoient avec lui , sachant par les dits prisoniiiers que dedans la ville et forteresse du dit Crotoy avoit demeuré peu de gens de défense ,. rassemblèrent derechef plusieurs hommes de guerre sur la marche à l'environ, et les mena loger devant la dite ville, et au bout de quatre ou cinq jours ensuivant, les fil assaillir. Laquelle fut prise d'assaut à petit dommage de ses gens; et ceux qui étoient dedans la ville se retrabirenf dedans le cbàtel, devant lequel se logèrent les dessus dits; et firent dresser aucuns engins contre icelui, qui petit ou néant le dommagèrent, car il étoit excellement fort. Et après qu'icelui sénéchal eut là été certaine espace de temps , voyant qu'il étoit mal possible d'icelle forteresse conquerre, se délogea et Ot abattre et démolir la fortification de la dite ville. Si se retrahit avec les siens es fieux dont ils étoient venus , et emportèrent les biens qu'ils avoient conquis en la dite ville.
En après , iceux Anglois du Crotoy avoient deux bateaux nommés gabarres, par le moyen desquels ils travailloient souvent ceux d'Abbeville, et par spécial les pécheurs. Si envoyèrent les dessus dits d'Abbeville de nuit aucuns de leurs gens atou^ un batel assez près du Crotoy ; et en y eut aucuns qui', en nageant, allèrent attacher agrappes de fer par .dedaos
l'eau aux bafteaux dessus dits : auxquelles agrappes y avoit bien longues cordelles ; par lesquelles cordelles iceux navires furent tirés dehors et amenés au dit lieu d'Âbbeville, dont les Anglois furent malement troublés.