‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 685 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

tir l'un de l'autre , ains vouloient demeurer ensemble en fraternel amonr et Youlment aller loger entre les villes de Bruges et de l'Ecluse, et savoir si ceux de Bruges sep artiroient du Franc, selon la sentence du prince; et si se soumettoient de leurs méfaits et outrages en l'ordonnance du prince et des autres trois membres d'icelui pays de Flandre, sauves leurs vies et leurs privilèges, si ceux de Bruges le vouloient ainsi faire, ou qu'ils suppliassent au prince qu'il lui plût sur ce eux avoir en grâce, et en outre déterminer du débat d'entré ces deux villes de Bruges et de l'Écluse, afin que les marchands pussent paisiblement fréquenter le pays. Que si ceux de Bruges le refusoient, on feroil tant qu'on les mettroit en obéissance en la volonté du prince. Or avoient ceux de Bruges envoyé de chacun métier de leurs députés, lesquels traitèrent tant à Merenquerque en l'ost qu'après plusieurs paroles furent d'accord. Si étoient iccux députés en nombre de quarantedeux personnes, lesquels, après le dit accord, ensemble présentèrent et accordèrent à bailler lettre selon une minute faite par eux , le douzièmejour de novembre, dont la teneur s'ensuit:

« Nous , bourguemestres ; échevins , conseil, chevetins de la bourgeoisie, doyens, Jurés des maîtres et tonte communauté de la ville de Bruges , faisons savoir à tous ceux qui ces présentes lettres verront que nous , à l'honneur de notre très redouté seigneur et prince le duc de Bourgogne, comte de Flandre, etc. , à la prière des trois membres de la bonne ville de Gand et de tontes les franches villes do la chfttellenie de Gand , avons consenti et consentons par ces présentes, pour nous et nos successeurs, à tenir ferme et stable tel dit et sentence donnée et ordonnée de notre dit seigneur et son conseil, en sa dite bonne ville de Gand, le onzième jour de février l'an mil quatre cent trente-six, de ceux du Franc, comme le quart membre du pays, comme par avant eût été, sans fraude et selon le contenu d'icelle sentence.

» En témoin de vérité, avons ces lettres scellées du scel des promesses de la dite ville. »

Lequel accord ainsi par les députés de Bruges rapporté en la ville après grand conseil , ceux de la loi firent demande aux habitants de Bruges, assemblés devant l'hôtel des éche-

vins, s'ils vouloient accorder ce dit traité; lesquels là étants jusqu'au nombre de vingt mille ou plus, après un peu de silence, répondirent comme tous : Oui.

Lors s'avança un nommé Goppin de Mesinacre, pieça banni de Gand pour ses démérites, qui dit : « Tout va mal : comment! Êtes-vous » si couards que vous craignez les Gantois? » Certes, vous êtes dignes d'avoir à souffrir à » cause de votre folie et inconslanc«. » Et après ce, le doyen des fèvres , un couturier et plusieurs autres commencèrent fort à murmurer et à contrarier le dit accord ; et spécialement contredisoient moult d'en faire lettres-, et tant firent que tout le dit accord et traité ftit anéanti par le tumulte d'iceux. Par quoi , depuis, par le jugement de la loi de Bruges, eurent les hfltereaux coupés le dit Goppin . le doyen des fèvres , le couturier et un autre ; et en furent bannis de leurs complices jusqu'à dix-sept d'iceux.

Toutefois icelle unité et paix entre ceux de Bruges et ceux de Gand M toute dépecée, quoique les dits députés et ceux de Bruges en eussent baillé dix-sept otages à ceux de Gand; lesquels ceux de Gand délivrèrent depuis , et les renvoyèrent, sous ombre qu'iceux députés leur disoient qu'ils avoient fait leur devoir et leur pouvoir à faire entériner le dit traité et accord. Avecque lequel traité avoit aussi été ordonné et accordé que ceux du Franc pourroienl prendre la franchise de bourgeoisie à Gand ou à Bruges, où mieux plairoit à chacun. Et sur ce , dévoient les dits Gantois et ceux dTpres envoyer devers le duc de Bourgogne leurs ambassadeurs, prier qu'il lui plût 6ter les soudoyers étrangers de l'Ecluse, et les piliers de la rivière de la Liéve , afin que les marchandises pussent venir au pays, ou sinon qu'eux-mêmes le pussent ôter.

Après ce, s'en alla l'ost de Gand loger à Ardembourg. Et pource que ceux de Bruges après, contredisant ce dit accord, ne vouloient partir du Franc , tal publié à Gand et en la châtellenie le mandement du prince fait en l'été dernier passé : qu'on ne menât ni soulTrtt mener aucuns vivres à Bruges. Item, que leurs biens et dettes ttissent pris et délivrés en justice. Et après fut publié que si ceux de Bruges vouloient faire aucunes courses ou envahies

CHRONIQUES D'ENGCJERRAND DE MONSTRELET

sur ceux de la cb&telleaie , qu'on sonnftt les cloches aux églises, et les buccins, pour soi assembler et résister à reoconlre d'eux.

Après ce, eut le bfttereau coupé Clarus Boye , natir d'Axelle ; et aussi furent décollés Guillaume de Boquelaire, patinier, natif du pays de Was, et un homme de Gourtrai, pource qu'ils avoienl été Ji Gourtrai par l'instigation des févres et couturiers de Gand, et avoienl dit illec que ceux de Gapd désiroient moult que ceux de Bruges vinssent aux champs en armes avecque eux , pour le bien du commun pays de Flandre et l'unioD d'icelui , et pour corriger ceux de l'Écluse.

Le seixiémcjour de novembre, ceux del'ost eurent conseil qu'ils envoieroient certains députés à Gand et es villes de la cbfttellenie, pour savoir qu'on feroit et en quelle manière on procéderoit. £n outre, que s'ils étoientde l'opinion qu'on allât sur ceux de Bruges, qu'on leur envoyât encore autant de gens qu'ils étoient. Mais ceux de Gand eurent autre avis, pource que les vivres étoient chers et que l'hiver étoit prés , avecque ce aussi qu'il leur ennuyoit bailler l'argent des souldées; par quoi on retourna et délaissa-t-^n l'armée ; car aussi la greigneur partie étoient adoDC contraire contre {celle, et quéroient occasion de le dépêcher. Et adonc l'ost des Gantois se départit d'Ardembourg , retournant jusqu'à Hecqueloc; et illec , une de la chfttellenie portant une partie d'une souche de bois et clôture d'un champ pour faire feu et échauffer viandes, pource qu'aucuns de Gand lui vouloient 6ler par force , te défendit et cria i la chàtellenie, et les Gantois crièrent : GandI si que tous s'émurent à cette cause , les Gantois d'une part , et lacb&tellenie d'autre part; et y eût eu grand' bataille, si n'eût été un nommé Pierre Simon, échevin de Gand, qui par belles paroles départit l'estourmie par grand' vaillance. Et y fut vilainement blessé des coups qu'il reçut de se bouter entre eux; mais il ne pouvoit être fort navré, pour ses bonnes armures. Et en y eut plusieurs navrés, dont les aucuns en moururent depuis, et par spécial des Gantois, dont il en mourut en la place un navieur de Gand, vigoureux homme. Et depuis furent bannis de Gand deux hommes qui avoient féru sur le premier échevin dessus dit. Et la vigile

Saint^Andrieu retournèrent chacun en son lien les dits Gantois , qui s'étoient mis en armes à petite délibération, et repairèrent en leur ville î peu de consolation. Et ceux de leur chàtellenie, qui y étoient allés bien enuis, retournèrent bien volontiers chacun en son hdtel. Peu de temps après ensuivant, fut déposé de sa capitainerie le dit Basse Ouven ; et les dessus dits six , pource qu'ils promirent de ester à droit et à loi prisonniers, furent délivrés , de ce qu'on leur imposeroil ou demanderoit dedans trois jours après qu'ils en seraient semons.

En décembre, le mois ensuivant, furent publiées lettres du prince par ville et chàleûenies de Gand, contenant qu'on n'obéit plus au capitaine Basse Ouven ; car le dit prince l'avoit démis. La vigile de No&l, fut ordonné par ceux de Gand , en pleine collalion , que messire Roland de Hutequcrque , messire Golard de Commines , Jean de La Damme , Gilles de la Voustine, Girard de Mal-Digen , Jean de Papegen, Pierre Gougebus, Pierre Bris, Josse de Beys, Martin de Sinimes et Jean de Crique, lesquels avoient été bannis de Gand, qu'ils pourroient revenir en la dite ville de Gand et au pays de Flandre. Eu oiUre, un nommé Coppin Coppon, qui, passé cinq ans, s'étoit absenté de la dite ville, et avolt dérobé plusieurs personnes en la comté de Flandre , tant que plusieurs, allant par le chemin, se doutoient moult fort de lui, si fut pour lors retourné i Gaod, cuidant que tout ce fût oublié; mais il fut pris et condamné; par quoi il eut le hàlerel coupé, avec deux autres qui avoient dérobé deux hommes emprés la ville de Tenremonde.

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