LIVRE SECOND
sacrilège flenlenc« de suspension et administralion d(9 papalité ; nonobstant lesquels enforccments iniques et sacrilèges, par votre diligence, cure et soUiciludc avecque le conseil , et par moult de labeurs et de divers disputations , enfin la divine miséricorde a concédé que le schisme des devants dits Grecs et orienl&Ie église, lequel, à la grande destruction du peuple de chrétienté avoit duré près de cinq cents ans, si fut ôté du milieu de l'église, et que la très désirée union de l'orientale église et occidentale, laquelle on croyoit à grand' peine pouvoir faire, par souveraine concorde s'ensuivit. £t eux , qui de voir tant de saintes œuvres et sacré concile se dévoient très hautement émerveiller, et par souveraines louanges et exaltations, comme toute la religion chrétienne avoit fail, dévoient vénérer et rendre grâce au Très- Haut de tant merveilleux dons , sont faits plus cruels et plus câlinés, en voulant à la très mauvaise cruauté minisirer ensemblement à la chose publique et ruine chrétienne; et sont faits persécuteurs de leur propre honneur par présomption pestiféré, s'étanl efforcés tant qu'ils ont pu de trancher l'unité de la sainte romaine et universelle église , et l'incommutible créé de Notre-Seigneur, et le ventre d'icelle piteuse et sainte mère église , par leurs massacres en morceaux et serpcnlineux déchirés de ceux. Le duc, le prince et l'ouvrier de toute celle néfande œuvre a été premièrement le premier engendré ce 1res déloyal satan Amedeus , jadis duc de Savoie , lequel jà piéça a r€s choses préméditées en son courage , et a été acertené de plusieurs fausses pronosticaiions et sorceries par plusieurs exécrables et maudits hommes et femnoes, lesquelles ont délaissé leur Sauveur derrière et se sont convertis après Satan , séduits par illusion de diables; lesquels en commun langage sont nonunées sorcières , frangules , straganes ou vaudoises, desquelles on dit en avoir grand foison en son pays. Et par telles gens, jà passé aucuns ans, a été séduit tellement, qu'afln qu'il pûlêtre élevé pour chef monstrueux et difforme on l'église de Dieu , il prit habit d'hermite aux avisions d'un très faux hypocrite, afin que sous la peau de brebis ou agnel il couvrit sa cruauté lupinc; ft ce qu'en la fin en procès de temps, lui, qui étoit confident A ceux de BAle,
en fraude, par dons, par promesses et par menaces , une grand' partie de ceux de Bftle, laquelle étoit sujette à son commandement ou tyrannie, idole de Belzébuth, d'iceux nouveaux diables, ses princes, ils le constituassent à rencontre de votre sainteté, laquelle est très vrai vicaire de Dieu et successeur de saint Pierre indubitablement, et profanassent et pollussent l'église de Dieu. Et a induit ce très miséreux Amedeus, homme d'exécrable et ignominieuse convoitise, et lequel toujours s'anathématise, celte division ; laquelle, selon l'apostoie, est servitude des diables, autrement appelée blasphénoeuse synagogue d'hommes perdus , et de toute chrétienté la honteuse et confusiblc sentine puante ; à laquelle a député pour électeurs, proclamaleurs , certains hommes ou diables sous figures et espèces dliommes musses , qui en la fin en idoles , comme jadis la statue de Nabuchodonosor au templo et en l'église de Dieu , s'élevassent ; et aussi lui-même élevé par ses furieux vices descendant à l'exemple de Lucifer, qui dit : « Je » mettrai mon siège en aquilon et serai sem- » blable au Trés-IIaul. » Au jour de la devant dite élection, mais plus vraie profanation, faite de lui , laquelle lui propre , à grands frais et anxiété de courage, avoit pourchassée par très grand' et détestable avidité et désir, il embrassa , et n'a point eu d'horreur de vèlir les vêlements papaux et les signes , de soi tenir, porter et exercer pour le souverain et romain évèque , et de plusieurs , comme tel, se faire honorer et révérer. Et outre plus, il n'a point eu de honte ni cremcur d'envoyer en plusieurs et diverses parties du monde ses lettres plombées et bullécs en la forme des évéques romains , èsquelles il se nomme et appelle Félix ; comme il soit ainsi que de tous les hommes du monde il soit le plus malheureux ; et par lesquelles il s'efforce de mettre et épandre les divers venins de ses pestilences. 0 très saint père et très saint sacré conseil, que quiers-je premièrement ci, on que demandé-je, ou par quelle force de voix ou par quelle gravité de pesanteur de paroles, par quelle douleur de courage, par quel gémissement de courage ou par queHe abondance de larmes puis-je pleurer tant horrible forfaiture? » Quelle occasion sera-ce, qui pourra déplo-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
rer, exprimer par nulle efllaencieuse largesse ou abondance de larmes dignement ce terrible et énorme péché et crime ? Certainement cette chose ne se peut véritablement exprimer ni raconter, pour l'indicible grandeur de sa crudélité ; car la grandeur de si grande offense si vaine la force de la langue. Mais très saint et très révérend père, comme Je connois maintenant, est le temps de remède plus que de querelle et de plainte -, car voici notre mère sainte église, laquelle en la personne de la sainteté, qui, en son vrai et sûr époux, par bonne et vraie paix se réjouissoil par ci-devant, maintenant est contrainte de crier en grands soupirs et sangloutissements, et deffermer toutes les fontaines des larmes à loi, qui es son vrai époux, à vous mes très révérends pères, qui êtes maintenant en partie de sollicitude, et à ce sacré et œcuménique évoqué, en disant : » Ayez merci de moi singulièrement, vous qui » êtes mes amis, car mes entrailles sont toutes » remplies d'amertume, et les lions détruisent » la vigne de Dieu Sabaolh ; cl la robe de Jésus- » Christ, inconsutile et entière, qui est l'église, » les très mauvais déchirent. , » Maintenant donc se loue Dieu, et tous ses ennemis soient dissipés et détruits. Et toi, très saint père, comme il soit ainsi que toutes les choses dessus dites soient manifestes, publiques et si notoires que par nulle couverture elles ne se peuvent céler, défendre, ni excuser, en la vertu du très hautain, avecque ce sacré concile lève-toi, et l'émus et juge la cause de ton épouse, et aie la mémoire de l'opprobre de tes enfants. O très puissant, ceins ton épée et la mets sur la cuisse ; entends, prospère et règne ; et dis avec le Psalmiste : « Je persécuterai mes » ennemis, et ne m'en retournwai Jusqu'à ce » que Je les consume et dérompe, à ce que plus » ne s'élèvent, ni chéenl, ni tr^Michent sous » mes pieds. » Ni il n'appartient point si déraisonnable offense , ni si abominable passer sous dissimulation, afin que par aventure, présomption de malice impunie ne trouve un successeur; mais par le contraire, la transgression et deffaute punie, soit aux autres exemplaires d'eux retraire d'offenser. Et à l'exemple de MoTse, l'ami et serviteur de Dieu, doit être dit par vraie sainteté & tout le peuple chrétien > « Déparlez tretous des tabernacles
» et villes des mauvais. » Et aussi, à l'exemple du benoit saint, ton prédécesseur, lequel, selon le conseil général de l'église à Éf^èse, ôta et renvoya Dioscorus et ses fauteurs, et ensuivant en la Calcédoine il condamna.
» Aussi, à l'exemple des souverains évèqoes tes prédécesseurs, lesquels ont toujours exterminé et expulsé de l'église de Dieu, de la communilé des loyaux ebréliens el du Sacré corps de Dieu, et affligés et punis d'autres condignes et justes peines, selon que justice le requiert, tous ceux qui se sont élevèi contre l'église de Dieu par hérésies, divisions et schismes, venge donc celte nouvelle rage, qui est en l'injure de toi et de l'église de Renne, ton épouse, el aussi en l'esclandre de tout le peuple chrétien ; venge, délie, à l'aide et appndM* lion de ce saint, sacré et oecuménique concile; excommunie, ôle et sépare perpétuellement des portes de l'église, par l'autorité de Dieu toutpuissant, de saint Pierre et de saint Paul et de la Trinité, tous les mauvais devant dits monstres el difformes acteurs de telle offense, avee leur hérésiarque père de hérésie, le très pes' tilencieux Amédée, et nouvel antéchrisl eo l'église de Dieu, avec aussi tous les senritows adhérents el ensuivants, et singulièrement ces pervers électeurs, ou plus vraiment profanateurs. Soient donc délestés lui el tous les devants dits, comme antéchrisl, destructeur et invadeur de toute la chrétienté, ni jamab à lui ni aux devants dits sur cette matière ne soit donnée nulle audience. Soient eux et leurs successeurs privés de tous degrés el dignités ecclésiastiques et mondaines, sans nulle révocation ; et que tous soient de popétuelle analhémalisation et excoœmunicaUon condamnés. El qu'au jugement ils soient avecque les mauvais, et qu'ils sentent la fureur des benoits saints apostoles saint Pierre et saint Paul, desquels ils présument l'église confondre. Soit leur habitation faite déserte, et ne soient nuls qui habitent en leurs tabernacles ; leurs enfants soient orphelins et leurs femmes veuves. Tout le monde se combatte contre eux, el tous les éléments leur soient contraires ; et qu'en telle manière ils soient détestés, exterminés et abominés de tous , à ce qu'eax pourrissent en perpétuelle nécessité et misère ; Justement la mort leur soit soûlas, et vie l^ir