‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 727 sur 761 · CHAPITRE CCLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLV

Comment les gens du comte de SaintrPol ditroott^rent aueum dei aervtteurt du roi de France, qui ramenoieni IM babillemeoto de guerre, tant de la cHé de Tournai oemmt d'allleure, et l'amende que le dit comte de Saint-Pol en lit.

Entre4empsque le roi de France étoit atout son armée au pays de Champagne, comme vous avez ouï dessus, il avoit ordonné aucuns de ses plus féaux serviteurs, pour aller en sa ville de Tournai et es marches de Flandre, pour acheter certain nombre d'artillerie et 9Xf très habillements de guerre, pour mener en sa viUe de Paris, afin de lui aider quand il en auroit besoin. Lesquels, c'est A savoir ceux qui Y étoient commis, en firent tré« bonne 4i«

CHRONIQUES D'ENGDERRAND DE MONSTRELET

ligence; et tant qae des besognes dessus dites ebargëreni plusieurs chars et chariots, et les conduisirent sûrement parmi les pays du duc de Bourgogne, depuis la cité de Tournai, sans trouver aucun qu'il leur baillât ou fit empêchement, Jusqu'à tant qu'ils vinrent en une ville nommée Ribemont, où ils furent rencontrés des gens du comte de Saint-Pol, qui étoient en garnison en icelle ville. Entre lesquels étoienl Jean , seigneur de Thorenle , Guyot de fiéthune , Olhe de NeufviUe et plusieurs autres , tant hommes d'armes comme archers; lesquels détroussèrent du tout les dites gens et serviteurs du roi, et prirent et emmenèrent les dits harnois et artilleries, atout les chariots et habillements, et les boutèrent en la dite ville de Ribemont , auquel lieu ils en butinèrent et dissipèrent grand' partie. Toutefois ce ne fut point du su et consentement, ni ordonnance du dit comte de Saint-Pol, ains en fut très courroucé et déplaisant. Laquelle détrousse venue & la connoissance du roi, en fut très indigné et mal content, et jura qu'il serait amendé et qu'il ferolt guerre à icelui comte de Saint-Pol, s'il n'en faisoit du tout restitution et délivrance, et s'il ne lui faisoit hommage et féaulé des terres et seigneuries qu'il tenoit de lui en son royaume.

£l lors, lui étant en la ville de Bar-sur-Aube, conmie dit est dessus^ venoient de jour en Jour gens de guerre devers lui pour le servir ; et quand il eut illec séjourné une espace, il s'en vint par Chàlons et Rheims en la cité de Laon ; et partout où il venoit étoit reçu par les bonnes villes à lui obéissantes très honorablement, ainsi et par la manière qu'il est accoutumé de faire à son roi et souverain seigneur. Duquel lieu de Laon et de la marche à l'environ se départirent grand' partie de ses capitaines atout leurs gens d'^irmes, c'est à savQir La Mire, Antoine de Chabannes, Joachim Rohaull et aucuns autres, pour venir et approcher les villes et forteresses que lenoient les gens du dit comte de Saint-Pol, et pour eux faire guerre. Lequel comte de Saint-Pol, qui étoit assez averti d'icelle venue, les avoil fait garnir de ses gens du mieux qu'il avoit pu ; et se tenoit de sa personne à Guise en Thiérasche, pour aider et subvenir à ceux qui en auroient besoin et nécessité. Mais il advint que

ceux de la dite garnison et les dessus nommés qui se tenoient & Ribemont de par le dit comte de Saint-Pol, comme dit est, quand ils ouïrent et surent que le roi et sa puissance les approchoient de si prés, eurent si grand doute et si grand' peur, qu'avant que les François vinssent se départirent soudainement et en grand déroi, sans attendre l'un l'autre; et abandonnèrent la ville et château du dit Ribemont, en les laissant au gouvernement du commun peuple. Lesquels demeurèrent moult désolés pour la départie des dessus dits, et se retrahirenl vers leur maître et seigneur, le dit comte de Saint-Pol , au dit lieu de Guise et en autres villes et forteresses appartenant au dit comte, qui d'eux fut très mal content, et par spécial de ceux qui en avoient eu le gouvernement et auxquels il en avoit baillé la charge. £1 ce même jour ou le lendemain, vinrent devant la dile ville de Ribemont les François, auxquels, au nom du roi Charles, fut baillée pleine obéissance ; et les mit-on dedans la dite ville, dedans laquelle ils trouvèrent des biens très largement, et en partie en prirent à leur plaisir. Et entre les autres, y entra comme chef le dit Joachim Rohault. Et brefs jours ensuivant, la plus grand' partie de l'armée du roi se tirèrent devant la ville de Marie, et l'environnèrent, et l'assiëgèrenl à grand' puissance.

Dedans laquelle ville étoit de par le comte de Saint-Pol un gentilhomme assez expert et diligent en fait de guerre , nommé George de Croix , qui avoil avecque lui environ soixante combattants avecque ceux de la viUe. Si fut suffisamment sommé de par le roi de rendre la ville ; mais il fit réponse, toutes les fois qu'il en fut requis, que sans le su et consentement de son seigneur et maître le comte de Saint-Pol, point ne la rendroil. Pour lequel refus, les dessusdits assiégeants mandèrent en grand' diligence les gros engins et artilleries du roi; et de fait les firent asseoir et atfilkter en très grand' nombre devant les portes et murailles de la dessus dite ville.

Si commencèrent à jeter et adommager la dite muraille en aucuns lieux ; et étoit leur intention et volonté de l'assaillir bref ensuivant. Mais entre-temps que les besognes dessus dites se faisoienl, le dit comte de Saint-Pol, considérant qu'au long aller ce lui étoit chose im-

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