‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 78 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dire de Jérémie au chapitre XX : CoHfundantmr vekementer qui non inteUexerunt opprobrirnm ttmfiUmum, quoi mmqwtm deUbitur.

Cetft-4-dire i Ceux seront confondus grandement qoi n'ont point entendu l'opprobre perdurable, qui Jamais ne sera ôté ni pardtniné. Et c'est tant qu'à ma première raison de ma seconde partie. La seconde raison est fon> dée en ce que l'occision cruelle de monseigneur d'Orléans ne fut pas exécutée par voie de justice. Et posé que partie adverse eût eu •ulorité de ce faire, néanmoins étoi(-il tenu de (raiter la dite mwt par voie dejusticeetpar informations précédentes, par bons témoins non reproebaliles approuvés sufDsamment. Icelle vme nullement il ne tint > car premièrement il fit occire monseigneur d'Orléans, et après il enqoit les voies par lesquelles il pût être excosé. ODien ! quel procès et quel juge ! 0 justice I Um ce que lu dois, défends ta propre à rencontre d'icelui qui s'efforce de toi ' à néant. En vérité, tous les droits eaaeienmt à connottre pr^nièrement les causes, et après prouver les sentences, et en la fin ieellet mettre è exécution. A ce propos, Jnlius César, comme raconte et récite Salluste en son Gatilinaire, dit que quand les juges auront oominwcë ocàre hommes, sans ce qu'ils soient ooedunnés en jugement, moult maux s'en peuvent ensuivre, ni aucun ne pourroit sûrement vivre; et met l'exemple des Lacédémoniens qui, pour leur victoire encontre ceux d'Athènes, constituèrent trente hommes & gou< vomer la chose publique, lesquels trente hommes firent mourir plusieurs et sans procès précèdent, dutt moult grands maux s'en ensuivirent et advinrent. Semblablement, moult de maox et sans nomlnre nous advioidront si icDesdioset sont souffertes. A ce propos est ce que le dit Salluste écrit de Cathelin et ses favorables, qui comme Us voulsissent ardoir la cité de Rome et occire les sénateurs et consuls de Kome, Tulle, qui adonc étoit consul, jaçoit ce qa'fl sût toutes ces choses, toutefois il ne fit Bolle exéeolion contre ces malfaiteurs, jusqu'à à ce qu'il pût prouver leur vie.

BoDc, messeigneurs, attendu que ce maléfice a été commis et perpétré obstinément contre tout droit et justice, il ne demonrera pas impoBÎ sdoo la parole de Notre-Seigneur par-

lant par Isale au XLVII* diapitre du dit baie : YidiMtur offroibrium tuwm. uUionem eapiam, et non retittet mUn homo. C'est-à-dire : Ton opprobre sera vu , je prendrai vengeance , et homme ne résistera pas à moi. Et c'est tant qu'à la seconde raison. •

La tierce raison est fondée en ce que partie adverse avoit fait alliance avec monseigneur d'Orléans, la plus forte et la plus certaine que pouvoitètre faite, présents plusieurs serviteurs d'une partie et d'autre; dont aussi, par l'espace d'un an devant l'occision de mon dit seigneur d'Orléans, avoient été faites et traitées alliances et certaines promesses entre les dits seigneurs d'Orléans et de Bourgogne, présents aucuns prélats, nobles, clercs et conseiUers d'une partie et d'autre. En après jurèrent sur le canon et l'image du crucifix, en attoucbant les saintes évangiles, et promirent par le salut de leurs âmes et la foi de leurs corps que do> rénavant ils seroient loyaux fk'ères et compagnons d'armes; derechef promirent que si l'un sentoit'aucun mal ou dommage advenir à l'antre, il lui révèleroit ou mand«x>it ; en aivès firent accord qu'ils porteroient Vatin l'un de l'autre, comme ils firent. En après derechef les dites alliances turent confirmées en la derraine fête qui ftot à Gompiègne; et, à plus grand' confirmation des choses dessus dites, monseigneur d'Orléans et partie adverse firent jurer plusieurs chevaliers et serviteurs d'une partie et d'autre que bien et loyaument Us aideroient à maintenir et nourrir les promesses dessus dites pour l'amour des deux parties de»> sus dites, et ferment savdr l'un à l'autre, si aucun mal lui devoit advenir, comme dit est. En outré, monseigneur d'Orléans et partie adverse firent entre eux alliances et eodftdè> rations particulières, en promettant et jurant sur la vraie croix eux garder l'honneur et profit l'un de l'autre, et qu'ils tésisteroient à rencontre de tous veuiUants aucune diose faire contre l'honneur et profit d'un chacun d'eux. Ces choses dessus dites assez appairent par les aUiances sur ce écrites et signées de leurs mains, sceUées de leurs propres sceaux.

O tu partie adverse , que peux-tu dire à ces choses? Où est la foi qui se peut fier en toi, comme tu ne puisses nier ces alliances que tu as dites devant témoins encore vivants? Tu

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET. 114081

as été vu de tons porter l'ordre de monseignear d'Orléans. Quelle chose fil-il après? Gertainementii ne fit rien contre lui ; car, dece temps ensuivant, entre lui et partie adverse ne furent aucunes paroles laidengeuses sur les* quelles on pût fonder aucun mal. Appert donc que mauvaisement et traîtreusement il fit occire icelui qui se confioit en lui. 0 partie adr verse, que peux-tu ci répondre? Si lu dis que tu as.icelui fait occire pour raison des malices qui par ton commandement sont proposées contre lui, dis donc pourquoi tu as fait et promis alliances avec lui, que tu tenois si mauvais, si faux et si traître, comme tu as fait proposer? Tu as connoissance que loyal homme Jamais ne fera alliance avec celui qu'ils saumt être traître. Tu dis que monseigneur d'Orléans étoit traître au roi, donc tu te faisois traître en fait, en promettant les dites alliances. Tu as accusé mon dit seigneur d'Orléans des alliances qu'as dit lui avoir eues avec Henri de Lancastre : que diras-tu donc des alliances et convenances qu'après as eues avec monseigneur d'Orléans? Si iceUes choses par lesquelles tu as accusé monseigneur fussent advenues après les alliances que tu as faites avec lui, tu eusses aucunement eu couleur de rompre et enfreindre les dites alliances, Jaçoit ce que celle couleur ne sufBroit pas ; tu toutefois sais bien que par ton libelle diffamatoire tu n'alléguM rien être fait après les dites alliances. O trahison abominable , qui te pourra excuser I G tu chevalerie qiù as loyauté pour ton fondement, jà Dieu ne souffre que tu aies voulu approuver icelle trahison ! 0 partie adverse, tu as visité monseigneur d'Orléans quand il vivmt ; item, tu as mangé et bu avec lui ; iUm, as pris avec lui ensemble épices en un même plat, en signe d'amitié. Et en la parfin, le mardi dont il fdt ocds le lendemain, te pria amoureusemept que tu dînasses aveclui le dimanche prochain ensuivant, laquelle chose tu lui promis en la présence de monseigneur de Berri, qui est ci présent. Certainement, pourroit dire monseigneur d'Orléans la parole de Jésus-Christ laquelle il dit de Judas le traître: tju» mittit manum mecum in paropiide. hie me tradet. G'es|pè-dire > Celui qui met la main au plat me trahira. O messeigneurs, considérez cette trahison > et y mettez remède ! Gonsidé'

rez derechef que chevalwie soit gardée , foi et loyauté, dont dit Yégéce de la chose de chevalerie : Militet. inqw't. jurata *va omnia cuêtodiant. C'est-à-dire : Que tous les chevaliers gardent leur serment. Et à ce desservir tous les autres sont contraints, et obligés tous les princes. Celui qui rompt et enfreint sa loyauté et serment n'est pas digne d'être appelé chevalier. Et c'est tant qu'à la tierce raison.

I^ quarte raison est fondée en ce que la manière de la mort de monseigneur d'Orléans fut damnable et déloyale; et celui qui souliendroit et voudroit dire le contraire ne seroit pas bon chrétien. Yéons donc que la Justice séculière donne aux malfaiteurs espace de pénitence; et tu, partie adverse, tu icelui fis mourir si soudainement, qu'en loi ne doneura pas qu'il ne trépassât sans pénitence. Pour quoi il semble que tu as mis et exposé toutes tes forces de procurer la damnation de l'arae perdurable avec l'occiâon du corps. Certainement à grand' peine pourras-tu faire satisfaction à Dieu; car, en tant que tu le culdois plus grand pécheur, de tant lui étoit besoin de plus grande pénitence , et longue , comme tu devois supposer. S'ensuit donc , puisque tu l'as privé de temps et d'espace de pénitrace, selon ton pouvoir, que ton péché en est plus grief et plus inexcusable , attendu que mon dit sôgneur n'avoit nulle doute de sa mort, et que lui, comme non remembrable de sa mort, ftit occis soudainement et cruellement, Notre-Seigneor lui octroie par pitié qu'il soit trépassé en l'état de grâce, comme Je crois qu'ainsi fut; car, en petit de temps devant, il, très dévotement, s'étoit confessé. Je dis en outre qu'oeuvre de mauvais chrétien est d'ainsi ocdre homme; et qui voudroit soutenir la manière de celle mort et voudroit dire que ce seroit diose méritoke, je dis qu'il parle mauvaisement , et crois que ee seroit erreur sdon les théologiens.

Oyez, messeigneurs, etconsidérezlamaiûère que tint partie adverse «ptts la mort de monseigneur d'Orléans, et comment lui, vMu de noirs habits, accompagna le corps dejHiis l'église des Guillemins ' Jusqu'aux CèlestiiUi démontrant signes de pleurs et doulwtf •• et •* fll le jeudi ensuivant la mort dessus dite. Considérez, messeigneurs, qudie trahison, e* quelle fausse simulation ! 0 sire Dieu, quel*

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