‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 79 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pleurs et gémissements! 0 terre, comme pusta soutenir ce pécbè! Ouvre ta bouche à transgloutir tous ceux qui semblables choses font. Goiuidérez comment le vendredi ensuivant, en k maison de l'hâtel de monseigneur de Berri, et en la présence du roi de Sicile, et du dit duc de Berri, et aussi de partie adverse, vinrent et approchèrent les gens de monseigneur d'Orléans , suppliants afin qu'ils enquérissent qui éloit faiseur de cet homicide , et qu'ils eussent ma dite dame d'Orléans et ses enfants pour recommandés : adonc, eux trois ensemble parlant, répondirent par la bouche de monseigneur de Berri que celte publication étoit raisonnable , et que ce ils feroient le mieux qu'ils pourraient. 0 partie adverse, tu promis i faire le mieux que tu pourrrois, et tu fis le pis que tu pus I Et ne le sufiit pas la dite occiiion : mais avec ce t'es efforcé de détruire la renommée du dit défunt. Tu as promisde faire et ajouter diligence de savoir qui étoil le malbiteur , comme lu même le fusses et élois.

En outre, considérez, messeigneurs , après ^e la dite supplication fut-octroyée, partie adverse, c'est à savoir le duc de Bourgogne, connut son péché, disant que lui-même étoit celui qm av<Mt fait occire monseigneur d'Orléans ; et , en disant et étant à genoux , requit au roi et à monseigneur de Berri conseil et aide, affirmant qu'il avoit ce fait par l'enhortement du diable. Et certainement il disoit vrai ; car ce tant seulement il fit pour émouvemenl d'envie et de convoitise. O messeigneurs, considérez quelle fut cette confession et comment partie adverse contredit à lui-même : car en la première confession, il dit tant seulement lui avoir m foitpar mouvement du diable, et après il flt dire qu'il avoit bien fait et à bon droit. Au moins, s'il n'a point de honte de son maléfice, doil4l avoir honte de ce qu'il esl contraire à lui.

Considérez derechef comment partie adverse voulut celer son péché, et Dieu sait que a son fait eût été tellement méritoire et valable comme il a (ait proposer , il ne l'eût mie celé , mais de ce s'en fût glorifié. Entendez les voies pourquoi il reconnut son péché , certainement pour la cause qu'il ne le pouvoit plus celer, et ce bien apparut. Et quand il vit son maléfice découvert, il s'enfuit isnellement de la cité de Paris, comme désespéré. Adonc il pouvoit dire,

comme Judas le traître : Peceaù tradent «mguinem justum. C'estpè-dire : J'ai péché trahissant le sang juste.

0 Philippe , duc de Bourgogne , si tu vivois maintenant , tu n'approuverois pas partie adverse, et dirois que ton propre fils à forligné ; car tu étois appelé et nommé Hardi , et fut celui paoureux, douteux, et si fut traître. Tu vraiment lui pourrois dire ce qui est écrit au cinquième chapitre des faits des apôtres : Cur tentavit Sathanas cor tuum mentiri te Spiritui-Sancto? non est mentius hominibut, eedDeo. C'est-à-dire : Pourquoi a Satan tenté ton coeur et menti au Saint-Esprit? tu n'as pas menti aux hommes, mais & Dieu. Laquelle raison est fondée en ce que la vérité du cas est que partie adverse ne fil pas mourir monseigneur d'Orléans à bonne fin ou intention , mais pour les occasions lesquelles il a fait publier , c'est à savoir pour la convoitise de dominer et d'avoir puissance et autorité plus grande que devant , et afin qu'il ait plus largement des pécunes de ce royaume , afin que plus légèrement il pût exhausser ses serviteurs. Et ce appert évidemment es maintiens que lint partie adverse devant et après la mort de monseigneur d'Orléans. Et est vérité qu'un peu après la mort de monseigneur le duc de Bourgogne son père , il s'efforça de toutes ses forces afin qu'il eût en ce royaume semblable autorité , telle pension et pareil état comme avoit eu son dit père en son temps. Et pource qu'on ne lui accorda point, pourc« que son père éloit oncle du roi, et fils de roi, et homme de grand' prudence , lesquelles choses n'ont pas leur lieu en partie adverse, adonc commença à machiner comment il pourroit venir à son intention. Et pour ce, devant la mort de monseigneur d'Orléans, fit il semer par le royaume qu'il avoit grand' affection au bien commun, cuidant que par ce il fût à gouverner tout le royaume. Quand donc il vit que , nonobstant ses fictions, monseigneur d'Orléans avoit toujours l'autorité, laquelle chose la raison enseignoit et requéroit , pource qu'il éloit fils de roi et seul trère du roi, et avec ce étoit il plus sage d'avoir autorité de gouverner que le dit duc de Bourgogne ; pour ce partie adverse, voyant de toutes paris ses intentions être frustrées, de malfait conspira contre qaon

CHRONIQUES D'ENGUERR^ND DE îtfONSTRELET.

dit seigneur d'Orléans comment il le pourroit fiiire occire , cuidant et espérant qa'aprës ce nul n'osâl i lui contredire qu'il n'eût le gou' vernement de tout le royaume. Et c'est la principale cause de la dite conspiration et de la mort de monseigneur d'Orléans, nonobstant les choses qui pour lui sont proposées à excuser son maléfice , lequel étoit venu à connoissance de tous. £t qu'il soit ainsi , est à savoir qu'il fit mourir monseigneur d'Orléans pour les causes dessus dites , il appert évidemment par le maintien qu'il fit après son cruel fait, tantôt qu'il nit retourné à Paris. Premièrement, après la mort de mon dit seigneur d'Orléans, il commença à promouvoir et exhausser ceux qui tenoient de lui , et à faire déposer et ôter plusieurs bons et vaillants officiers du roi , sans cause, tant de ceux qui avoient eu leurs offices par le moyen de monseigneur d'Orléans comme d'autres, et donner leurs dits offices à ceux qui luiplairoient, afin que par iceux il eût plus grand' autorité et puissance. En outre , par sa grand' puissance s'est efforcé de tenir en sujétion tous ceux de l'hôtel et conseil du roi, tous ses officiers , et par spécial ceux qui ont le gouvernement sur les trésors , afin que nul ne lui osât rien refuser. Et encore dis en outre qu'il s'efforça de tout son pouvoir qu'il eût tous les trésors du roi , est à savoir la somme de 200,000 francs ; et de toit il en eut grand' part tant en assignations comme autrement, et avec ce il donna à ces hommes plusieurs pécunes du' trésor du roi, comme bien savent ceux qui ont le gouvernement du roi et d'iceux trésors ; et c'est la fin principale à laquelle il entendoit de venir par la mort et occision de mon dit seigneur d'Orléans, est à savoir concupiscence de donner , et enrichir les siens des propres deniers du roi.

Appert donc que la racine et fondement de son fait est en orgueil et convoitise : mais au plaisir de Dieu ce ne lui profitera pas. Et de fait sera vérifié le dit de Job au septième chapitre : Cum habuerit quod cupierit, pottidere non poterit. C'est-&-dire : Quand il aura eu ce qu'il a convoité, il n'en pourra posséder. Et c'est tout, quant à la cinquième raison. La sixième et finale est fondée en ce qu'il ne suffit pas à partie adverse priver de vie corporelle et spirituelle selon son pouvoir monseigneur d'Orléans, mais

avec ce il voulut icelui et les siens priver de tout honneur et renommée, en proposant libelle diffamatoire plein de mensonges et de faussetés, et en alléguant mauvaises allégations sans probation , et en imposant au dit défont crime de lèse-majesté divine et humaine, de laquelle il éloit innocent , comme il apperra en la tierce partie de cette proposition. Et peut être dit que la justification de cet homicide est plus grand péché que le dit homicide } car c'est persévérance en péché par obstination. Pécher est chose humaine, mois persévérer est chose diabolique. En celle manière justifier cet homicide et défendre son propre péché, il résiste à Dieu en approuvant ce que Dieu hait , et il ne fait pas ce que dit 'le pr<H phèle David : Non déclines cor mewn in verbm maliciœ ad eoecutatione» inpeecatit. C'est-A-dire t Sire, tu ne déclines paS mon cœur en paroles de malices à guérir excusations en péchés.

Achevée partie principale de ces propos, Je viens ft la tierce partie, en laquelle j'ai ft répondre aux accusations en le libelle diffttmatoire qui fut proposé contre monseigneur d'Orléans, et est cette partie divisée en six points, selon six fausses accusations proposées par partie adverse. A la reproche desquelles je prends la parole du prophète , laquelle peut raisonnablement proposer et dire la partie de monseigneur d'Orléans, est à savoir : JwUca me, domine, eecundum jvstitiam meam,et secundum innocentiam meam supef me. C'està-dire : Sire , jug&nnoi selon ma justice et selon mon innocence sur moi. Icelle requête fait le prophète à Dieu, et icelle même fait A toi, sire roi, madame d'Orléans, laquelle rien ne quiert fors jugement et justice. Il te plaise à ouir les réponses de madame d'Orléans, par lesquelles tu pourras voir que monseigneur d'Orléans est injustement accusé de partie adverse, qui proposa contre lui six actions.

La première accusation est que le proposant pour le parti du dit duc de Bourgogne dit, est à savoir, que monseigneur d'Orléans, encore vivant, commit crime de lèse-majesté divine au premier degré, en commettant et faisant sorcelleries et idolâtries, qui sont contre la foi chrétienne et contre l'honneur de Dieu. Et est vrai que quant à celle accusation le dit proposant moult pause arrCia, disant que le

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