‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 80 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

jugement de cette accusation appartient à Dieu, qui est le roi souverain, ainsi comme s'il vou> lût dire que ce n'appartient point a« Juge humain. Et laquelle accusation parla d'un religieux apostat et de plusieurs autres sorciers, auxquels monseigneur d'Orléans donna et ajoata foi et consentement, comme allègue le dit proposant. Af ais pour ce Je réponds qu'à ce qu'icelui allègue en sa proposition, je n'allègue rien, mais le renvoie au Jugement de Dieu. H me suffit premier que monseigneur d'Orléans ait ëtè bon et loyal chrétien, et qu'il ne commit ne fit oncques sorceries ni idolâtries, ni oooques ne se départit de la foi de Jésus- Christ. A ce teit grand' approbation la foi qu'il eat à Dieu dès sa jeunesse ; car nonobstant les Jeux et ébattements, toutefois son secours et retour étolt toi^jours en Dieu, et en se confessant très souvent; car le samedi avant sa mort, très dévotement il étoit confessé, et démontra plusieurs grands signes de contrition, et dit qu'il lairroit Jeux et œuvres de Jeunesse, et que du tout U s'occuperoit au service de Dieu tous les Jours incessamment et continuellement au bien du royaume. £t afiu qu'on ne cttidât que ce soit chose trouvée, encore j'it vent les religieux qui le témoigneroient, et aussi mèmement plusieurs autres auxquels dit plusieurs semblables paroles. Et sur ce sans opinion d'aucun autre, soit oui le duc de Bourbon, son oncle, qui sait les promesses qu'il fit à Dieu et à lui ; car un peu devant son trépas, il hii promit faire tant que Dieu et les hommes seroient contents de lui, et que tous ceux de ce royaume seroient tenus de prier Dieu pour lui : Je ne sais si partie adverse avoit oui les nouvelles de ce très bon propos, et si de ce il se doutoit, car e'étoit contre la fin où il contendoft, c'est à savoir au gouvernement de ce royaume ; et bien sait partie adverse que, si monseigneur dXh'léans se fOit gouverné comme il disposoit, il eût eu petite autorité en ce royaume ; il est donc à présupposer que pour cette cause il procura si hâtivement la mort dicelni. O sire Dieu, tu sais la bonne volonté qu'il a eue h toi quand il fut occis, et en ce J'ai confldence de son salut; car, comme dit l'éeritore : Juttu» li morte frœoceupatut /W«rit, i» rêfrigerio erit. C'est-à-dire : Si le Juste aura élu avancé de la mort, il swa en refiroi-

dement et repos. Toutefois partie adverse fit ce qu'elle put, afin qu'il damnftt l'ame de lui , comme ci-après sera dit. Et après il est notoire à tous que diligemment et dévotement il oyoit messe, en mettant toutes choses arrière, et di" soit tous les Jours ses heures canoniaux sans délaisser. O partie adverse, pourquoi as-ttt proposé que ces choses n'étoient autre chose que hypocrisie et fiction? Qui t'a révélé les secrets des coeurs ? qui te fait Juger des pensées? Tu ensuis les Pharisiens appelant Jésus-Christ déceveur et démoniacle. "Tu sais que les anges ne savent pas les secrets de nos cœurs, et d'iceux tu veux Juger. Or que dit le prophète : Tu solut es êerutant rené» et corda. C'est-&dire : 0 toi , Dieu , tu es es cieux , et nuls autres ne connoissent les intentions et les cœurs, n est tout notoire comment il fonda messes et chapelles religieuses, et fit moult de bien aux églises. Soit vu son dévot testament, et par ce, et autres choses bien considérées, chacun pourra juger icelui avoit été de bonne intention et non idolâtre on sorcier. Et est vrai que le proposant pour partie adverse renvoie le Jugement de ce A Dieu, en tant qu'il touche le crime de lèse -majesté divine, disant que de ce présent cas il ne veut foire spécial article à rencontre de monseigneur d'Orléans.

Maintenant donc Je demande pourquoi le dit proposant a ce fait : la cause si est pource que sa principale intention est très mal fondée et pleine de mensonges; en plusieurs lieux certainement lesjuges humains peuvent punir les sorciers et idolâtres selon leur pouvoir; et est vrai que plusieurs, pour telle cause, ont été condamnés à mort et en chartre, pource que tels gens sont mauvais chrétiens, et par telles continuations s'ensuivent hérésies et erreurs de la foi. Il est écrit au quart livre des Rois, au treizième chapitre , que Josia» extirpa et occit tous les devins et sorciers ; et est écrit ail dixième chapitre de Zacbarie : Divini viderunt mendadtim et tomttiatoret loeuti tunt frwtra. C'est-à-dire: Les devins n'ont vu fors mensonges, et les songeurs ont parlé pour néant. Et pour ce il est écrit au dix-neuvième chapitre du Lévitique : Ne décline* ad magoe, tteque ab harioliê aliquid sciseitemini. Ne décUÎue pas aux enchanteurs , et n'enquérez

aucunes choses aux devins. La cause pourquoi passa si brièvement cette accusation est, car il ne savoit rien de monseigneur d'Orléans, qu'il ne fût bon, vrai chrétien et ferme en la foi sans erreur. O sire roi, madame d'Orléans te supplie que la parole écrite au vingtdeuxième chapitre du livre de Job soit vérifiée : Saivabitur innocent in mundita manuum suarum. C'est-à-dire que l'innocent sera sauvé en la pureté de ses œuvres. Et ce est tant qu'à la première partie de la première accusation. La seconde accusation est de partie adverse, comine dit le proposant d'icelle partie adverse, que monseigneur d'Orléans éloit favorable à schisme, et par conséquent icelui avoit commis crime de lëse-mqjesté au second degré, en démontrant et faisant faveur et aide à Pierre de La Lune, jadis appelé pape Bénëdict. Tant qu'à cette accusation, je dis que monseigneur d'Orléans oncques ne donna faveur à icelui fors à bonne fin, et à conchire la paix et union de l'église plus à l'honneur d'icelle, et spécialement de la partie tenant icelui pour vrai pape : et est tout notoire que plus grand honneur eût été à notre obédience que Pierre de La Lune eût fait sou devoir par voie de cession pour l'union de l'église que par voie de soustraction. Et ce considéré, si monseigneur d'Orléans dit : « Il seroit meilleur un peu attendre, afin que le dit Pierre voulût faire cession de sa volonté, qu'en trop hâtant soi et empirant sa cause.» Et en ce on enpouvoit nul mai entendre. Et est vrai que sur toutes choses il désiroit l'union de l'église, et croyoit fermement que Pierre de La Lune fût appareillé de faire cession toutes les fois que l'autre Romain voudroit et seroit prêt. Et de fait plusieurs sont encore vivants, qui icelui duc ouirent jurer que, s'il savoit que Pierre de La Lune ne voulût faire cession au cas que l'autre pape se consentirait à ce, qu'il lui seroit plus contraire qu'aucun du monde. Et ce plusieurs approuveroient, s'il étoit besoin.

Aussi, considérons quelle chose lui pouvoit profiter la division de l'église. H éloit assez sage pour considérer que tous les maux qui sont viennent de ce , ni il n'étoit pas si ignorant de mettre son espérance en homme si ancien, comme est Pierre de La Lune; derechef il savoit bien que, par l'union de l'église, plu-

sieurs biens, tant spirituels comme temporels, pouvoient à lui et aux siens venir , et aux autres plus sans comparaison que par la division d'icelle. Et afin que je montre évidemment l'affection de monseigneur d'Orléans avoir été sur toutes choses à l'union de l'église, je veuille raconter une chose par lui offerte à l'université de Paris trois semaines devant son trépas ; c'est à savoir comment monseigneur d'Orléans , voyant qu'icelui Romain ne vouloit pas venir à Gènes ni à Savoie , et ne vouloit recevoir pour otages ceux que lui avoit présenté le maréchal Bouciquault, et qu'autre chose n'empèchoit l'union de l'ég^se, comme Pierre de La Lune fut près d'aller es dits lieux , adonc dit les paroles ensuivants :

n 0 recteur , et vous tous , mes bons amis , voyez que bien brièvement par la grâce de Dieu nous aurons l'union de l'église, mais que nous pussions assurer icelui Romain, afin qu'il vienne au territoire de Gènes. J'ai proposé à lui faire offrir un de mes fils pour otage, lequel qu'il voudra élire, et suis prêt de l'envoyer à mes dépens à Venise ou ailleurs. Sur ce faites telles lettres qu'il vous plaira et je les signerai. Dites ce à l'université, en rapportant à moi leur opinion. »

Adonc les seigneurs de l'université le regraciërent de ce tant qu'ils purent , disant que plus ne pouvoit offk-ir, et en ce il démontroit sa bonne affection : et vivent encore ceux qu'il avoit ordonnés à cette besogne à aller personnellement démontrer aux Romains et aux Vénitiens icelle présentation. 0 vous, messeigneurs, pouvoit-il plus faire que mettre pour otage sa chair et son sang ? Et ceux prêts à témoigner ne sont pas feints ou morts < et ne sont pas témoins ignorants ; mais docteurs et maîtres. O partie adverse, ce peux-tu voir et connotlre évidemment , comment ta parole est contraire à vérité ; de ce tu le dois bien taire , comme toi-même as acquis ta faveur vers Pierre de La Lune, tant ou plus qu'aucuns autres : car en celui temps que Pierre de La Lune étoit le plus accusé, tu écrivis et envoyas à lui, afin que lu eusses évècbés et autres bénéfices pour tes serviteurs, auquel tu n'envoyas pas ton varlet ni ton page , mais la garde de ton ame , c'est à savoir ton confesseur, qui parloit plus sûrement.

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