‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 81 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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Disoit on aussi que mon dit seigneur d'Orléans se étoit consenti k la perverse excommu- DÎcation envoyée par Pierre de La Lune pour induire le roi à son obéissance. Maintenant il est tout clair qu'iceUe au|uvaise excommunication ne porte nul effet contre Pierre de La Lune, fors au cas que le roi cesseroit lui obéir, et qu'il eût baillé consentement & la dite excommunication, laquelle, selon ce que dit est, n'avoit nul effet fors en cas de substraction ou de in<d>édience. Et est tout certain que Pierre de La Lune est d'une volonté assez obstinée à ce faire, et que pas ne se conseilloit fors à luimême ; et appert bien que monseigneur d'Orléans ne fut pas favorable & la dite excommunication, car elle ne fut pas menée à effet jusqu'à tant que monseigneur d'Orléans fût mort. Considérez donc, messeigneurs, la deffiiute de partie adverse et l'innocence de monseigneur d'Orléans , lequel peut dire la parole du Prophète : 0$ peeeatori» et os dolosi tuper me apertum est : locuti sunt adversum me litigua dolosa. et sertnonibus odii eircumdederunt me. Cest-à-dire : La bouche du pécheur est pleine de fraude et ouverte sur moi ; et ont parlé contre moi par leurs fausses langues , et par paroles de haine m'ont environné. Et ce sufQt, quant h la seconde accusation.

La tierce accusation de partie adverse est que monseigneur d'Orléans s'efforça par moult de manières à machiner la mort de son prince et seigneur le roi de France, et ce, comme dit le dessus dit proposant, par trois manières. Premièrement, comme il dit, par sorceries, maléfices et superstitions. Secondement, par poisons et venins. Tiercement , par occision , veuillant occire ou faire occire notre seigneur le roi, et ce par feu, par eau ou autres violentes injections; et par ce veut conclure que mon dit seigneur duc d'Orléans a commis crime de lëse-majesté humaine en la personne du roi notre sire.

Tant qu'à la première manière, où il parle des sorceries faites par un moine en une épéë, en un bouclier , en un annel et une verge , et pour ce faire mon dit seigneur d'Orléans fil venir le dit moine, un chevalier, un écuyer et un varlet , auxquels il donna grands pécunes , comme dit partie adverse , c'est fausse chose et contre vérité ; car mon dit seigneur d'Or-

léans oncques ne consentit aux sorceries ou autres arts défendus ; et si ainsi eût été que le dit moine eût commis sorceries, toutefois ce ne fut pas à l'exhortation de monseigneur, ni ce ne put pas être su de légier ; car contre le dit moine et ses complices fut moult grand procès en la présence des conseillers du roi , auxquels on en peut savoir toute la vérité. Derechef fut trouvé par la propre confession du dit moine, disant que monseigneur lui avoit défendu que là il n'ouvrât pas des arts magiques, et que rien il ne ftt qui pût tourner au préjudice du roi. Et comme Bien sait , si de ce eût été aucune vérité , il n'eût pas été celé jusqu'i maintenant. Pour ce appert évidemment la fausseté de celle accusation. Et jaçoit ce que monseigneur d'Orléans eût eu aucune fois paroles avec le dit moine , on considère que mon dit seigneur étoit jeune et environ de l'ftge de dix-huit ans, et que tels jeunes princes sont souvent déçus par tels bourdeurs pour la cause d'avoir pécunes d'iceux.

Quant est de l'os baillé à mou dit seigneur d'Orléans, enveloppé en un petit drappel , lequel il porta long-temps entre sa chair et sa chemise, comme dit partie adverse, jusqu'à tant que par un chevalier lui fut ôté, et pour ce il eut en grand' haine le dit chevalier, et tant qu'il le détruisit de ses biens , et procura son bannissement hors du royaume, certes ces choses ne sont pas véritables , mais celui chevalier fut banni du royaume , pour cause assez notoire, par procès et arrêts de parlement, et oncques de cette laide chose ne fut mention fors par icelui chevalier, qui ce publia; et icelui chevalier , selon le dit de partie adverse, étoit soupçonné de haine , et par conséquent personne inhabile à faire témoignage contre le dit défunt.

Considérez , messeigneurs , comment les dits de partie adverse ne contiennent que faussetés et mensonges , et ceux lisant son libelle pourroient clieoir en erreur , dont sur ce devroient mettre remède les révérends maîtres de la faculté de théologie, le plus tôt que faire se pourra : car, comme ils savent bien , telles choses ne doivent pas être écrites ni divulguées ; mais plus merveilleuse chose est que par la bouche de théologien il a été proféré que les dits maléfices ont sorti leur effet en la personne du roi< Nous sommes maintenant

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

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en telles cotnparaitOM, lesquelles fit safnt Augustin du médecin et de l'astrologien, rendant la cause de deux enfants nés d'un même ventre, que nous disons Jumeaux ; l'un étoit moult maigre et l'autre gras ; l'astrologien avoit recours aux divers ascendants , le médecin A ce que le gras eut premier l'ame au corps , et pource qu'il étoit plus fort , il disait qu'il su^ çoit à peu près toute la nourriture des deux. Auquel est-il plus à croire? certainement au médecin, comme répond saint Augustin. Sem- )>lablement nous pouvons dire que plus grand' foi est A être ajoutée à la faculté de médecine, en cette matière, qu'au dit du mattre en théologie, prononcé sottement. O très doux Dieu, mets remède en ce ; car tu vois les théologiens afiirmer que sorciers ne sortissent de nul effet. Certainement c'est erreur contre 14 sainte écriture , dire que sorciers font fors mensonges , et sortisseqt quelque effet ; dont le sage 3a}omon , auquel telles choses furent imposées, dit au trente-quatrième chapitre de l'Ecclésiastique : Quo4 divinatio trrorit, et arguita tnendaeia et tomnin makfieiorum vamrtas eit. C'est-à-dire que divinement d'erreur et sorcelleries , mensonges , et les songes de maléfices n'est que vanité. Et cette autorité allègue saint Thomas d'Aquin à prouver que telles sorceries pe sortissent nul etfet. 0 toi , université de Paris , plaise à tpi ce corriger , car telles sciences abusives ne sont pas tant seulement défendues, pour ce qu'elles sont contre l'honneur de ' Dieu , mais avec ce elles ne contiennent rien de vérité ou d'effet ; et ce est confirmé par les auteurs qui ont ouvré d'art in^giquei Ovide dit , au livre de Remède d'Amour ?

PalIitar^nioni« si quls mala pabula terra. Et magicas artes posse Javare pulat.

G'est-4-dire, celui est déçu , qui cuide que les mauvaises herbes et les arts magiques puissent aider. Et aussi mattre Jean de Bar , moult expert en ce maudit art, lequel fut ars avec tous ses livres, dit & sa dernière confession que le diable n'apparut oncques à lui , et que ses invocations et sorceries ne sortirent oncques effet, Jaçoit ce qu'à plusieurs il dit le contraire, et si)écialement aux grands seigneurs , pour avoir leur argent. Et pour certain, c'est moult

merveilleuse chose de vouloir donner charge à monseigneur d'Orléans de telles sorceries si vaines et si fausses , comme oncques homme ne les hait tant qu'il faisoit, et persécutait ceux qui usoient des dits. Et sait bien chacun que pion dit seigneur fut la cause principale du procès et exécution faite contre mattre Jeap de Bar, et de deux Augustins, qui, pour leurs démérites, furent exécutés par les hommes du conseil du roi, les gens d'église à ce appelés.

Tant qu'est de ce dont le proposant pour partie adverse a fait mention, disant que monseigneur de Milan, déttant, donna sa fille & monseigneur d'Orléans , sur espoir qu'elle fût reine de France, pource que , quand elle prit congé à lui, il lui dit t « Adieu, fille, jamais Je ne quiers à toi voir, Jusqu'à tant que seras reipe de France. » Ce pour certain est fausse chose que la chose fut ainsi faite , car monseigneur de Milan avait traité aveeque le duc de Gueidres, frère du roi des Romains, qu'il prendroit à femme ma dite dame d'Orléans, sa fille i et encore étoient les messagers faisant leur chemin à parfaire le dit mariage , quand Bertrand Gaath, pour lors gouverneur du comte de Vertus, fut envoyé du roi, des ducs de Berri e( de Bourgogne, dopt Dieu ait l'ame ! à monseigpenr de Milap, à traiter le mariage de sa fille et de mopseigneur d'Orléans; lequel seigneur de Milan, pour l'honneur du roi et des seigneurs de la mesgniedu roi de France, consentit à donner sa fille à monseigneur d'Orléans, et cessa à traiter avec le dit duc de Gueidres, révoquant les messagers par lui envoyés & icelui duc. Quant est des paroles qu'il dit à sa fille, comme on dit, e'est fausse chose , c«umonseigneur de Milan étoit issu de Pavie sans parler à sa dite fille; et ce fit-il pour ce qu'il n'eOt pas pu parler ni prendre congé d'elle sans pleurer.

Tant qu'est de la parole que devoit avoir dite monseigneur de Milan à un chevalier de Frapce, par manière de grande admiration : « Tu dis que le roi de France est en bon état, comment peut-ce être? » certainement c'est fausse chose; car monseigneur de Milan est assez secret pour lui taire de telles choses, mèmement devant les François. Pour la relation, plusieurs sont qui bien savent que monseigneur de Milan aimoit le roi de France sur

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