‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 82 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tou« les prince du monde, et l'honneur de tout son sang et de toute la mesgnie de France dont tous les ambassadeurs du roi et des autres nobles de France, trépassants par sop pays, i{ hoooroit par grands largesses de dons, et ce pour l'honneur et amour du roi tant seulement, et de tout son sang et de la mesgnie de France. Quant est de l'histoire de l'homme de grand' prouesse , sire Philippe de Maiziëres , lequel a honteusemeatdiiTamë le dit proposant, il est vrai que quand le dit Philippe vint de Cfpre, le roi Charles, h qui Bieu pardointi le retint et fit son chambellan ; lequel, après le trépas du dit roi, prit humble habit en l'église des Célestins, auquel lieu il persévéra dévotement jusqu'à la fin. Et pource que roonseignwir de Bourgogne trépassé aimoit monseigneur de Milan , yoyaqt le dit Philippe être homme de grand' science et prouesse, et ayant propos d'aller en l'aide de la Sainte-rTerre , icelui envoya à monseigneur de Milan , qui le reçut honorablement, et très volontiers le véoit et oyoit parler; et est vrai- que devant ce tepips le dit Philippe oncques n'avoit deinenré itvec monseigneur de Milan, ni avec Qarnabo, son oode. Item, long terop^ devant, le dit Phir lippe s'étoit parti de monseigneur de Milan , devant ee qu'il fût mention du pnariage de monseigneur d'Orléans et de sa feminei et ainsi appert que le dit proposant pour partie adverse n'est pas véritable.

£n outre, tant qu'est à cette accusation regardant la personne du roi, que monseigneur d'Orléans voyant lui non obtenir la mort du roi par sorcelleries, appliqua autres manières de faire mourir le roi pour parvenir à la couroons de France, et pour ce promit é un homme 40,Q00 Tranos , et à un autre 50,000 pour confire et bailler les dits poisons ; mais aucuns loyaux lui refusèrent et aucuns lui accordèrent : certainement c'est mensonge ; car s'ils eussent été si loyaux aucuns , qu'ils eussent réfusé si grands pécunes, en vérité par eux eût été révélé le dit péché pour y mettre remède; et pour ce qu'ils ne firent rien, s'ensuit que c'est fausse chose. En après, partie adverse allègue que & l'hôtel de la reine monseigneur d'Orléans jeta poudre envenimée sur le plat du roi. Que ce soit fausse chose peut fiire prouvé, car au dtner nulle meption de ce

fait ne fut oncques f$iite. Aussi e'est clair^ chose que si la dite reine eût ce aperçu en sa maison, elle eût ce révélé aux parents et serr viteurs du roi , autrement elle n'eût pa^ été loyale.

Tant qu'est de l'aumônier de la dite reine , qui, selon partie adverse, chut à terre comme mort, perdant ses ongles et cheveux, et de fait mourut ; laquelle chose est fausse , car il véquit puis cinq ou six ans, dont vraiment jp puis dire du dit proposant de partie adverse ce qui est écrit au septième chapitre de Jérémie : Ecce vos confidUis in termonibus mendacii, ted non proderunt vobis. C'est-à-dire t Vous vous fiez es paroles de mensonges, mai$ elles ne vous profileront pas.

Derechef le dit proposant dit et proposa que monseigneur voyant que pas ne pouvoit parvenir à la mort par sorcelleries ni par poisons , il trouva une autre manière de dér truire le roi par embrasement ou autrefneqt ; et fit adonc monseigneur d'Orléans , comme dit partie adverse, certains jeux , ébattement^ et personnages d'hommes sauvages , vêtus dç toiles emplies 4'étQupes, de poix et d'autres choses toutes en^brasant, dq nombre desquels étoit le roi. Et dit outre que monseigneur d'Orléans feigpit que son habit étoit trop étroit, afin qu'il s'excusât du dit éhattement ; et dit qu'un serviteur pvisa le roi être en péril paf le dit jeu , et pour ce monseigneur d'Orléans dit mon)t de paroles ipjurienses et l^idenr geuses, comme dit partie adverse ; et finabler ment que monseigneur d'Orléans mit le feu en la cotte de l'un d'iceux , dont le roi fut en péril de mort, si Dieu et certaines dame? n'y eussent remédié.

Tant que à ce , il est très véritable chose que monseigneur d'Orléans ne trouva pas les dits habits, car il étoit trop jeune pour lors, et n'eût pas su trouver telles choses. Aussi monseigneur de Bcrri et monseigneur de Bourgogne trépassé ont bien su qui trouvèrent les dits jeux , et que ce ne fut pas monseigneur d'Orléans; car s'il eût ce fait faire, attendu la commotion faite , adonc il n'eût pas échappé de mort ou de grand scandale ; car pour lors il avoit petite puissance. Et combien que parr lie adverse dise monseigneur d'Orléans n'avoir élé vêtu des dits habits, feignant son habit

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

£tre trop étroit, ce n'a aucune apparence de vérité, comme -monseigneur d'Orléans fut adonc plus grêle qu'aucuns de la compagnie. Et est vrai que monseigneur d'Orléans et sire Philippe de Bar, devant le commencement du dit jeu, issirent à voir la dame de Clermont, laquelle n'avoit pas été à Saint-Pol aux épousailles, pour lesquels les dits Jeux avoient été trouvés ; lesquels, quand ils dirent retournés, ils trouvèrent tous les habits vêtus , et ce fut la propre cause pourquoi monseigneur d'Orléans ne se vêtit pas des dites vêtures. A ce qu'on dit que le duc d'Orléans voulut embraser le roi notre sire, c'est mensonge, car mon dit seigneur d'Orléans et sire Philippe , cuidant vêtir les dits habits ,\ et à nul mal pensant , dirent à Pierre de Navarre ensemble qu'on boutfttllefeu sur 'ceux vêtus des dits habits, afin qu'iceux embrasés courussent entre les dames pour icelles épouvanter ; et encore vit Pierre de Navarre, qui diroit bien vérité au roi de ce. Toutefois , supposé qu'en ce fait de jeunesse monseigneur d'Orléans eût mis le feu sur un des habits d'iceux , attendu qu'il avoit ordonné que le feu fût mis aussi bien sur l'un que sur l'autre , il n'est pas à croire que ce il fit par malice et par mauvaise intention. Appert donc le dit de partie adverse être mensonge , mais en ce je me conforme à ce que dit le prophète : Perde* otnnes qui lo^wntur mendacium. C'est-à-dire : Tu perdras tous ceux qui parlent mensonge. Et au vingtième chapitre des proverbes : Qui proferl mendaeia peribit. C'est-à-dire : Qui profère mensonge il périra.

Quant à ce que partie adverse veut dire , que monseigneur d'Orléans ait fait alliance avec Henri de Lancastre, maintenant soi disant roi d'Angleterre, au préjudice du roi et de tout le royaume, et qu'il coloroit son dit en ce que Richard, jadis roi d'Angleterre, dit au roi de France que les dessus dits seigneurs de Milan, et pareillement ceux d'Orléans, étoient la cause de son infirmité, le dit proposant dit mauvaisement et contre vérité; car quand Henri de Lancastre vint en France , il fut reçu moult honorablement , et de nos dits seigneurs comme leur parent , et fréquentoit avecque monseigneur d'Orléans et les autres du sang royal moult familièrement; auquel

temps, comme ami du roi , il fit alliance avec monseigneur d'Orléans, laquelle convenance ou alliance fut levée et publiée en la présence du roi et de plusieurs du sang royal, et de son conseil , et sembla la chose être bonne , licite et honnête, pour le bien du roi et de son royaume.

Pourquoi assez appert que monseigneur d'Orléans ne fit aucune alliance contre le roi Richard ; mais qui plus est , au traité du mariage de la fille du roi , maintenant femme du duc d'Orléans et du roi Richard , firent semblables alliances monseigneur d'Orléans et le roi Richard , entre eux deux, comme avoient fait le dit roi Richard et le roi de France., En après , monseigneur d'Orléans fut à Calais au roi Richard , duquel il fut reçu agréablement comme son très cher frère. Derechef, après la mort du dit roi Richard , monseigneur d'Orléans eut et démontra moult grand deuil et tristesse de sa mort, et pour ce se rendit ennemi du roi Henri de Lancastre, par lettres de défiance, par lesquelles il arguoit icelui de crime de lèsemajesté , perpétrée contre son seigneur le roi Richard, en soi offrant lui seul combattre contre le dit Henri, ou certain nombre tant contre tant, ou puissance contre puissance, pour venger la mort du dit roi Richard. Et ces choses et moult d'autres assez apparentes démontrèrent assez que monseigneur d'Orléans moult aimoit le roi Richard, pource qu'il étoit allié au roi de France par le dessus dit mariage, et que nul amour il n'avoit avecque le dit duc de Lancastre , pour ce qu'il avoit étendu sa main contre le dit roi Richard.

Tant qu'est de ce que le proposant pour partie adverse dit que monseigneur d'Orléans, étant avec Pierre de Iji Lune , s'efforça d'obtenir bulles au préjudice du roi et de sa lignée, et que pour ce fut toujours favorable, ce n'est pas vérité ; car adonc monseigneur d'Oriéans procura et obtint certaines alliances entre le dit Pierre, adonc nommé Bénédict, et le roi de France, moult spéciales et notables, par lesquelles icelui Bénédict promeKoit au roi de lui donner aide et garder l'état de lui et sa lignée , comme il appert par les bulles sur ce faites, n est donc moult à émerveiller comment un sage homme osa proposer ce que tant évidemment est contraire à vérité. Quant à ce

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