LIVRE PREMIER
que la partie adverse dit qa'il soutint le dit Pierre de La LuDe, à ce j'ai répondu par-dessus ; et avec ce mon dit seigneur d'Orlôans troaTa lui-même que si les dits conlendants à la papalité ne vouloient convenir prestement par procureurs, seroit foite substraction ; et ce déplut plus à Pierre de La Lune que chose oncques Taite en ce royaume pour l'état de l'église ; laquelle chose ne fût pas signé que monseigneur d'Orléans voulût empêcher ou retarder l'union de l'église en la faveur du dit Pierre de La Lune. Appert donc évidemment qœ monseigneur d'Orléans est innocent , au r^^rd des faits proposés contre lui. O sire roi, il te plaise donc conserver par justice son innocence , selon ce qui est écrit au treizième chapitre do Job : Juttitia custodit innoeentit tiam. C'est-A-dire : Justice garde la voie de rinnocent. Et c'est tant quant à la tierce accusation.
La quarte accusation de partie adverse est qne, par l'espace de trois ans entiers, monseigneur d'Orléans, par aucunes inductions fraudolensea et par espantements qu'il fit à la reine d'aucunes choses , il cuida icelle et ses enCints mener hors de ce royaume à Luxembourg , afin qu'il pût ce royaume mieux gouvwner à sa volonté et plaisance. Tant qu'à cette accusation fausse et perverse, monseigneur d'Orléans servit et honora la reine en toutes choses, donnant aide à garder et soutenir l'état du roi et aussi de la reine, et de ce ne convient-il pas plus parler pour cette heure; car, par la grâce de Dieu, elle, étant présente, sait bien la vérité, laquelle, quand lui plaira, la pourra dire plus pleinement : toutefois , je ne sais si de ce elle s'est complainte & 'partie adverse ou aucuns autres : je crois que le contraire du propos de partie adverse sera trouvé TèrilaMe , et que telles choses sont trouvées poar la diffamation du dit défunt.
La quinte accusation du dit proposant de partie adverse est que monseigneur d'Orléans a commis crime de lèse-majesté au tiers degré, c'est à savoir en la personne de monseigneur le dauphin, que Dieu absolve! et dit que monseigneur d'Orléans machina qu'il mangeât la ponune envenimée, laquelle envoya par un en- Cuit, à qui la toUit la nourrice d'un des enfants de monseigneur d'Orléans, et la donna au
fils du dit seigneur d'Orléans, qui la mangea, et de ce mourut, selon le dit du proposant; et laquelle chose est fausse et controuvée ; mais est vérité que l'un des fils de monseigneur d'Orléans mourut jà pieça du cours de ventre, de quoi plusieurs mouroient en ce temps. Et sur ce soient ouis physiciens , c'est à savoir , mattre Le Boucher et matlre Jean de Beaumont , qui visitèrent icelui fils, et ils en diront la vérité : c'est à savoir que point ne mourut par intoxication. Et considérez, messeigneurs, que ce n'est pas créable chose : car oncques aucune nourrice des fils de monseigneur d'Orléans n'eût osé donner à l'enfant pomme ou poire sans commandement de madame d'Orléans ; et aussi quand la dite nourrice alloit par les jardins atout l'enfant, elle n'étoit pas seule, mais accompagnée de trois ou quatre notables femmes, lesquelles n'eussent pas souffert icelle donner à l'enfant pomme ou autre chose semblable. 0 très noble et très amé duc d'Aquitaine, tandis que tu es jeune , apprends à aimer justice comme fit Salomon ; avise les maux qui peuvent advenir si justice n'est gardée : car si tu ne le fais pas n'auras aimé tes frères ; ils seront en péril de mort , si ainsi éloit fait comme partie adverse a commencé. Soit considéré le dit du prophète , disant : JwtHia Dominirectce, latificante» corda. C'est-à-dire » Les justices de Notre-Seigneur sont droilurières et réjouissant les cœurs.
La sixième accusation et finale est , comme dit le proposant de partie adverse , que monseigneur d'Orléans commit crime de lèse-majesté au quart degré, en détruisant le roi de ses pécunes , et le peuple en tenant hommes d'armes sur le pays et en faisant tailles intolérables. Messeigneurs, c'est bien merveilles comment partie adverse a ce imposé à monseigneur d'Orléans ; car il est notoire à chacun que pour aucunes choses advenues en ce royaume aucunes tailles furent faites , mais ce ne fut pas au profit de monseigneur d'Orléans , comme elles aient été exposées par grand' délibération du roi et de tous les seigneurs de son sang et conseil royal ; ains , pour le fait de partie adverse au voyage de Hongrie , et pour sa rançon , furent faites grandes tailles par tout le royaume et grandes sommes d'argent cueillies et transportées en Turquie et autres lieux hois
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
Au dit royaume , laquelle chose fut donunage Irréparable. Et quant est à ce que partie adverse veut dire que monseigneur d'Orléans prit en la tour du palais 4,000 francs, et au ch&tel de Melun 100,000 : tant qu'aux 4,000 francs. Je dis que c'est fausse chose ; car si aucunes pécunes étoienl en la tour du palais, elles furent exposées et distribuées selon l'ordonnance du roi , et ce peut être su par la garde d'icelles et par les comptes des receveurs à ce ordonnés. Tant qu'est aux 100,000 francs du château de Melun, il est notoire comment la reine et monseigneur d'Orléans allèrent à Melun pour cause de eux esbanoier, et cependant partie adverse vint à Paris irraisonnablement atout grand' compagnie des hommes d'armes, et par sa puissance fit retourner it Paris monseigneur d'Aquitaine allant après la reine sa mère. Conséquentement, il se fortifia d'hommes d'armes sous l'intention d'aller à Melun contre la reine et monseigneur d'Orléans. Adonc il fut nécessaire à la reine de demander gens d'armes pour la sûreté et garde d'elle, pour le bien du roi et de tout le royaume. Et fut avisé qu'il seroit bon prendre icelui trésor pour les dits gens d'armes ; ni monseigneur d'Orléans n'en eut oncques aucune chose pour lui-même ; et quand le roi eut de ce connoissance , il fut bien content. Et ainsi appert que les dites pécunes furent dépendues , tant seulement à l'occasion du fait damnable de partie adverse, et non d'autrui. Tant qu'aux hommes d'armes , qu'on dit monseigneur d'Orléans avoir tenu sur le pays, il est vérité qu'aucuns hommes d'armes étant sur le pays, disoient eux être sur le pays pour monseigneur d'Orléans, afin qu'aucuns ne leur osassent mal faire, qui n'avoient ni lettres ni mandement de par lui : mais lui déplaisoit des maux qu'ils faisoient aucunes fois. Donc de ce, quand il en fut parlé au conseil du roi, lui-même procura lettres du roi envoyées à tous baillifs et officiers du royaume , qu'ils appelassent les nobles et gens du pays pour contraindre les dits malfaiteurs de issir du royaume, en iceux punissant de leurs mauvaises œuvres. Et par ce appert que sans cause on a donné charge & monseigneur d'Orléans des dits hommes d'armes.
O toi , partie adverse, considère les dommages très grands et irréparables qui ont été en
plusieurs lieux de ce royaume par les hommes d'armes lesqueb ta as tenus et fait venir, entre lesquels étoient étrangers sans être payés, gâtant et détruisant tous les pays où ils passoient , et chacun doit avoir compassion des cas advenus, si piteux que nul ne pourroit assez plorer ! O toi , roi de France , prince très excellent, pleure donc ton seul frère germain; tu as perdu l'une des plus précieuses pierres de ta couronne , duquel la justice tu devrais toi-même procurer, si nul ne le procuroit. O toi, très noble reine , pleure le prince qui tant te honoroit, lequel lu vis mourir si honteusement. O toi, mon très redouté seigneur, monr seigneur d'Aquitaine , pleure , qui as perdu le plus beau membre de ton sang, conseil et seigneurie, pour quoi tu es chu de paix en très grand' tribulation ? O toi, ducdeBerri, pleure, qui as vu le frère de ton roi , ton neveu , Oqir sa vie par griève martyre , pource qu'il étoit fils de roi, et non pour autre chose. O toi, duc de Bretagne, pleure, qui as perdu l'oncle de ton épouse, qui grandement t'aimoit. O toi, duc de Bourbon, pleure, carton amour est enfouie en terre. Et vous autres , princes et nobles , pleurez , car le chemin est commencé à vous faire mourir trahitreusement et sans advertance. Pleurez , hommes et femmes, jeunes et vieux, pauvres et riches; caria douceur de paix et de tranquillité vous est ôtée , en tant que le chemin vous est montré d'occire et mettre glaive entre les princes, par lequel vous êtes en guerre , en misère et en voie de toute destruction. O vous tous, hommes d'église et sages , pleurez le prince qui très grandement vous honoroit et aimoit , et pour l'anjour de Dieu, vous clercs et nobles hommes de tous divers états , considérez comment en ces choses dorénavant vous ferez ; car jaçoit ce que partie adverse vous ait déçu par ses fausses inductions, et pour ce avez h lui été favorables , néanmoins puisque vous connaissez cet homicide , lequel a perpétré partie adverse , les faussetés et mensonges proposés en son libelle diffamatoire, et conséquemment l'innocence de monseigneur d'Orléans, si dorénavant vous lui baillez faveur par quelque manière, sachez ce être contre le roi , et par ce vous encherrez en péril de perdre corps et biens comme autrefois on a vu en cas semblable.
Eotmdei donc, pripces et hoinines de qoelcoaques états, h soutenir Justice contre ledit de Bourgogne, qui par Tboinlcide par lui commis a UMirpé la disminatioQ et autorité du roi et de ses fils, et a soustrait grand' aide et consolalion ; car il a mis le bien commun en ^iëve tribulation, en confondant les iKtns estaluls sans vergogne, en soutenant son péclié contre noblesse, parenté, serment, alliances et assurances , et contre Bieu et la cour de tous ses saints ; cet inconvénient ne peut être réparé ou apais4 fors par le bien de Justice. Et c'est la cause pourquoi madame d'Orléans et les fils finrMit & toi , sire roi , et k vous tous du sang et conseil royal, en vous suppliant que vous Tcoille; considérer rii\]ure faite 4 iceux , et ieelle réparer par la manière qui taptôt vous sera requise par son conseil et par toutes autres manières qu'il pourra être fait , afln que par tout le monde soit divulgué que monseigneur d'Orléans , son mari, fut occis cmellementet injustement en étant accusé et diffamé bqssement. Et en ce faisant , vous ferez votre devoir, comme y êtes tenus, dont vous pourrez acquérir la vie étemelle, selon ce qui est écrit au vingt-el>-unième chapitre des Proverbes : Qui Mfuttar jmtitiam inomitt vitam et gloriam. C'est h dire : Qui ensuivra justice, il trouvera vie et gloire. Laquelle nous octroie celui Dieu, qui vit et règne sans fin par tous les siècles! Amen,