CHAPITRE L
Commenl le duc Jean de Bourgogne vint en l'aide de Jean de Bavière, ivCque de liège, son beau-frère, oïl il le combatllt contre letLiégeoii,le>quetaUTainquil en bataille. |
Or est ainsi qu'en ce lemp9 le duc Jean de ', Bourgogne étoit moult ententif et curieux d'assembler gens de guerre , pour secourir son beau-frère l'èvêque de Liège , lequel , comme dit est ailleurs, les Liégeois avoieotdëbouté de son pays et icelui assiégé eu la ville de Trect. Et pour tant , pour lui faire secours , manda ' de tous ses pays le plus de gens qu'il putfiner. et aussi en autres lieux voisins ses amis et alliés, c'est à savoir, ceux de la duché et comté de Bourgogne, de Flandre, d'Artois et des marches de Picardie , lesquels y vinrent en très grand nombre et noble appareil. Tinrent aussi plusieurs Savoyens ; ^ et avec ce manda le comte de Mareuse , Ecossois , lequel étoit à Bruges atout quatre-vingts combattants prêts pour retourner en Ecosse , lequel y vint ; cl s'assemblèrent tous environ le Tournésis ; auquel lieu le dit duc vint devers eux , et eut aucun parlement avecque ses plu$ féables capitaines en la ville de Tournai. Et de là , le onzième jour du mob de septembre, se tira atout ses gens d'arnies et grand nombre de charrois chargés de vivres et d'artillerie, versEnguicn, auquel lieu il fut reçu par le seigneur du dit lieu tr^s joyeusement; et lendemain alla à Nivelle en Brabant, à une lieue près de Piéruels, appartenant héréditablement au seigneur de Piéruels dessus nommé , gouverneur du pays de Liège ; et de là se tira en la ville de Florines, auquel lieu vinrent devers lui envoyés de par le roi de France , comme ambassadeurs , messire Guichard {Dauphin et sire Guillaume de Tignonville, naguère prévôt de Paris, avec lesquels étoit mattre Guillaume Bonrraticr, secrétaire du dit roi. Lesquels, après qu'ils eu~ rent audience de parler au dit duc, lui remontrèrent comment ils étaient là envoyés de par le roi et son grand-conseil pour deux choses s la première, afin que les Liégeois dessus dits et leur évêque se voulsissent soumettre du discord qu'il avoient l'un contre l'autre sur le roi et sur son grand-conseil. Secondement , le roi signifioit au duc do Bourgogne par ses lettres-royaux la poursuite que la duchesse
UVRE PREMIER
dX)rléan8 douagière et ses enfants faisoient contre loi pour la mort du duc d'Orléans , déftint , et les réponses que faisoient iceux ses adversaires contre les accusations que autrefois il avoit faites à rencontre d'icehii duc d'Orléans, et comment elle requéroit très instamment Justice, et ses conclusions lui être adjugées contre le dit duc de Bourgogne, en disant que de droit lui devoit être fait, et par nulles raisons le roi ne se devoit ni pouvott excuser qu'il n'en fit Justice. A quoi fut répondu en bref par le dit duc de Bourgogne , quant à la première requête, qu'il vouloit, tant qu'il Ini touchoit , obéir au roi et à ses commandements ; mais son beau-frëre , Jean de Bavière , duquel il avoit épousé la sœur , lui avoit requis à grand' instance qu'il lui nt et donnât secours à rencontre des communes et ses sujets du pays de Liège, qui contre lui s'éloient rebellés et de fait l'avoient assiégé ; et avoit eu pareillement requête du duc Guillanme , comte de Hainaut, son beau-frère, et aussi ft^re au dit Jean de Bavière. Pourquoi , quant i ce , ne pouvoit dissimuler ni rompre son armée , parce que entre-temps que ambassadeurs iroient d'un côté et d'autre, icelles commaaes pourroient mettre le dit Jean de Bavière, leur èvèque et seigneur, en trop grand danger ou nécessité, qui pourroit, en conclusioa , être exemple à telles manières de gens que sont communautés, commencement de rébellion universelle; et qu'avecque ce que le roi et messeigneurs de son grand-conseil se pourroient bien déporter légèrement, et sans préjudice, de telles on pareilles, requêtes, attendu que nulles des parties dessus dites n'étoient lojete au royaume de France.
Et quant au second point, icelni Jean de Bourgogne fit réponse que lui retourné de ce voyage et entrq;>ri8e , il iroit devers le roi et lieroit envers lui et tous autres tout ce que à bon sqjet et si prochain parent comme il étoit du roi appartiendroit.
Après lesquelles réponses , iceux ambassadeurs, non voyant qu'ils pussent avoir pour lors autre provision sur le contenu de leur dite ambassade , furent assez contents : et enfin se conclurent les deux chevaliers dessusditsd'être à la Journée qu'attendoit le dit duc de Bourgogne d'avoir & rencontre d'iceux Liégeois.
Durant lequel temps vint devers le dit duc de Bourgogne, du pays de Hainaut, le duc Guillaume, son serourge, accompagné des comtes de Conversan , de Namur et de Salm en Ardennes, avecque plusieurs notables seigneurs, tant chevaliers comme écuyers, de ses pays de Hainaut , Hollande, Zélande, Ostrevant et autres liedx, jusqu'au nombre de douze cents bassinets ou environ , et deux mille piétons bien habillés avec lui , et de cinq à six cents que chars, que charrettes, chargées de vivres et habillements de guerre. Et après qu'au dit lieu de Flourines et en la marche d'environ ils eurent eu plusieurs conseils l'un avec l'autre, pour savoir comment ils s'auroient à gouverner et conduire en icelle exercite, se conclurent enfin qu'ils se tireroient chacun atout sa puissance par deux divers chemins en ap-' prochant leurs ennemis, et que certain jour se tronveroient tous ensemble pour iceux combattre s'ils le vouloient attendre. El fut ordonné que le dit duc Guillaume iroit par-devers lui , en dégfttant le pays par feu et par épée ; et le duc de Bourgogne , et avec lui le comte de Mareuse et toute sa puissance, chevaucheroit par aucuns jours tout le chemin de la chaussée Brunehault, laquelle mène tout droit à Tongres et à Trect : auquel lieu de Trect , le seigneur de Piéruels et les Liégeois aroient, comme dit est, assiégé leur évêque et seigneur, Jean de Bavière. Et ainsi les deux ducs dessus dits cheminant par divers chemins en dégâtant pays, le mardi, mercredi, jeudi et vendredi , vinrent le samedi aux vêpres loger en la ville de M ontenay , assise sur la dite chaussée; et en icelle à l'environ se logèrent tous ensemble, faisant un seul et singulier ost, pour lequel conduire et loger étoient ordonnés deux maréchaux : c'est à savoir, de parle duc de Bourgogne, le seigneur de Yergy, et de par le duc Guillaume, le seigneur de Jumont. En laquelle compagnie étoient bien cinq mille bassinets, sept cents arbalétriers et quinze cents archers , toutes gens de bonne étoiTe , avec bien seize cents que chars que charrettes d'armures et artilleries, vivres et plusieurs autres choses nécessaires à guerre, comme dessus est dit.
En lequel Jour de samedi, le dessus dit seigneur de Piéruels et son fils, qui étoit nouvel
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
évdqae par l'accord de ceux du pays tenant leur siège devant la'dite ville de Trect, ouïrent certaines nouvelles par leurs espies et autres gens qu'ils avoient à ce commis, que les ducs dessus dits , très puissamment accompagnés , les approchoient en détruisant leur pays. Et pour ce, tantôt et b&tivement se départirent de leur dit siège , et s'en retournèrent bfen quarante mille combattants en la cité de Liège , et là se logèrent : laquelle cité est à cinq lieues ou environ d'icelle ville de Trect; et eux là venus tinrent moult grand parlement avec les autres Liégeois qui pas n'avoient été au dit siège. Âpres lequel il fut crié au dit siège publiquement par toute la ville en plusieurs lieux de par le dit seigneur de Piéruels, leur maimbourg et gouverneur, et de par son fils, leur évêque, que tous hommes qui pourroient armes porter, le lendemain bien malin, au son de la cloche, fussent prêts et appareillés pour issir d'icelle ville avec les dessus dits et aller où il les voudroient mener et conduire. Laquelle chose fut ainsi faite : car le lendemain , vingt-troisième jour de septembre 1418, issirent hors de la cité, comme on pouvoit estimer à la vue du monde, bien cinquante mille ou environ , entre lesquels étoient de cinq à six cents hommes de cheval , bien armés selon la coutume des François ; et si avoient de cent à six vingts archers d'Angleterre, qui étoient venus les servir à leur souldée; et avec ce très grand multitude de chars et charrettes , ribaudequins * et coulevrines chargées , et troussées plusieurs et divers habillements à eux duisables et nécessaires. Et ainsi, comme il leur avoit mandé , au son de la cloche, dès le point du Jour, s'en issirent tous ensemble en belle ordonnance, ayant grand désir d'assembler à bataille avec leurs adversaires, et ensuivant leur maimbourg et évdque dessus dits , lesquels pour vrai y allèrent très enuis et en partie comme contraints. Et leur avoit le damoisel de Piéruels, en plusieurs de leurs conseils, remontré moult de fois que d'assembler à bataille avecque leurs adversaires , ce ' leur pouvoit être grand péril, parce qu'ib étoient en la plus grand' partie tous nobles
' Sorte de muhine de liége avec laquelle on lancoit de* JaveloU.
hommes, usités et éprouvés en fait de guerre, et d'une même et seule volonté concordëe sans diverses opinions l'un avec l'autre, ce que point n'éloient les dits Liégeois, comme il leur disoit ; et leur valoit mieux demeurer en leurs villes et forteresses, en gardant icelles, et travailler leurs dits adversaires par diverses manières en les rencontrant à leur avantage, et iceux par longue continuation débouler de leurs pays.
Lesquelles remontrances ne forent pas agréablés aux dessus dites communes ; et sembloit que, vu le grand nombre qu'ils étoient, leurs ennemis ne pourroient résister contre eux ; et ne prenoient pas en gré icelles remontrances. Et pourtant icelui maimbourg voyant iceux Liégeois par signes et par paroles ardemment désirer la dite bataille, les mena aux pleins champs et les mit en bonne ordonnance, eux enhortant et admonestant moult souvent et amiablement qu'ils voulsissent à ce Jour être d'une même volonté à eux entretenir tous ensemble pour mourir, en défendant leurs vies et leur pays contre leurs dits adversaires qui les venoient assaillir.
Et en ce faisant et remontrant furent conduits et menés jusqu'à assez prés de Tongres , à cinq lieues de la dite cité de Liége : auprès de laquelle ville de Tongres étoient arrivés et venus , le samedi au soir, les deux ducs dessus nommés avecque toute leur puissance, qui déjà étoient avertis que les dits Liégeois avoient levé leur siège pour les venir rencontrer et combattre. Et pour ce , après qu'ils eussent ^eu plusieurs conseils avecque leurs capitaines et autres des plus experts de leur compagnie, envoyèrent le dimanche très matin environ deux cents chevaudieurs , que conduisoit Robert le Roux et autres nobles de la marche environ, pour enquerre la vérité d'iceux adversaires. Lesquels assez tôt après retournant, rapportèrent pour vrai à iceux deux ducs qu'ils avoient vu les dits Liégeois en très grand nombre venant en ordonnance de bataille. Lesquels oyant icelles nouvelles , firent diligemment ^et hâtivement préparer toutes leurs gens et les mettre en belle ordonnance pour aller contre iceux et les rencontrer.
Et quand ils eurent dMvaacbô oontine demi-