‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 89 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

toutes les aatrei irilles, et mis en prison les plus coupables de la dite conspiration. Si alla premièrement à l'église cathédrale de Sainte Lambert foire son oraison et icelle réconcilier, et après ce alla à son palais, où il fut très humblement requis de tout son peuple généralement qu'il eût d'eux miséricorde, laquelle requête il accorda , et brief ensuivant retourna snii diamps devers les ducs. Lendemain , en- Tiron deux heures après midi , s'assemblèrent iceux ducs et érèques en un lieu asses haut , qui ëtoit auprès de leur ost, avec eux plusfeurs nobles hommes de leur compagnie ; et là , par messire Jean de Jumont , maréclial du due Guillaume, comme dessus est dit , et selon le commandement et ordonnance des dits ducs, révêque fit amener de la dite cité le damoiseau de Rochefort , tuM» homme et riche , /ean de Saraine, chevalier, et autres quinze bourgeois, lesquels par le bourel, les uns après les autres, eurent les tètes coupées. Et pareillemeilt plusieurs hommes d'église, et aussi aucunes femmes , pour la cause de cette même conspiratkm , furent mortes et noyées en la rivièfe de Blmise.

Et le lendemain les dits ducs et èvèque, aveè tout leur ost , tous ensemble retournèrent vers lui, et se logèrent à trois lieues, près une ville nommée Beaudoquet , auquel lieu ils eurent planeurs parlements ensemble sur les affaires du paj«. Et 1& vint le comte de Nevers, qui veaoit à l'aide de son fl^re le duc de Bourgogne •tout quatre cents combattants ; auquel lieu pareillement furent amenés par le dit seigneur de Jumont dixwieuf bourgeois de la dite ville de Huys, qui (tarent, comme les autres et pour pareil cas , décapités : et comme devant ftarent deredief noyés plusieurs gens d'église et aucunes femmes.

Vint audit lieu dessus dit encore devers icelui duc de Bourgt^e, pour le servir, Amé de Yiry, savoyen , noble homme et très expert en guerre , accompagné de trois cents bassinets des pays de Savoie.

Ed après , les ducs , l'évèque et tous leurs eonseilîers eurent plusieurs parlements , et par plusieurs Journées, sur les aifaires du pays de Liège ; et enfin conclurent tous ensemble avec Jean de Bavière, lequel fut alors nommé Jean sans Pitié, cpi'ils s'assembleroient tous en-

semble en la cité de Toumay, le jour Saint Luo ensuivant , pour là conclure et délibérer sur toutes les besognes qu'ils avoient à faire touchant cette matière.

Et après qu'ils eurent (lait faire au pays ptu> sieurs justices de très grand ncnnbre de gens accusés des conspirations dessus dites et aussi fait abattre et démolir les fortifications de la ville de Huys , Binant et d'aucunes autres pla* ces , se départirent iceux ducs du pays pour retourner en leurs dits lieux , et emmenèrent avecque eux très grand nombre de Liégeois ^ lesquels étoient baillés en otage de par bonnes villes, afin .d'entretenir entièrement les traités qui leur seroient appointés à faire. Desquels otages une partie furent envoyés en Hainaut , àMonsetenYalenciennes de parle duc Guillaume , et l'autre partie furent menés à Lille , à Arras et autres places du duc de Bourgogne. Leqdel duc s'en alla en son pays de Flandre, et le duc Guillaume en Hainaut , après qu'ils eurent donné congé à leurs gens d'armes. Et la plus grand' ^partie retournèrent des lieul dont ils étoient partis , remplis et enrichis très abondamment des biens d'iceux Liégeois ; leS* quels Liégeois généralement demeurèrent ed leur pays très dolents et amatis de la douleur qui leur étoit advenue. Si furent en celte exer* cite Bveoquele dit duc de Bourgogne plusieurs grands seigneurs de ses pays ; c'est à Savoir, des pays de Bourgogne > messire Jean de Ghfllon , messire Gaultier de Huspes , le seigneur de Yergi, maréchal de Bourgogne, le seigneur de Saint • George , messire Jean de La Balme ^ messire Guillaume de Champ-Divers , messire Jacques de Gourtejambe, le seigneur de MoU'^ tagu, et plusieurs autres. Et des marches de la Picardie: les seigneurs de Groy, de HeiUy, de Fosseux , de Wavrain , messire Boort Quieret et ses ftéres', le seigneuf d'Ancy, le seigneur de Rasse, le seigneur de Brimeu, messire Ré* gnault de Créqui , seigAeur de Gonches , En^ guerrand de Bournonville, le seigneur de Ront, messire Raoul de Flandre, le seigneur de Poix, messire Guichart de Boves, le seigneur d'Auxi, le seigneur de Mailli , le seigneur de Thiennes et le seigneur d'Asinoonrt. Et des pays de Flandre I messire Jean et messire Louis d« Guistelle , le seigneur de Ham , messire Jean de Bailleul , messire Ck>Ilart de Fosseux , et en

CHRONIQUES D'ENGUERRÀND DE MONSTRELET

général toute la plus grand' partie de tous les nobles des dessus dites marches de Picardie. £t pareillement y avoît icelui duc Guillaume assemblé tous les nobles et grands seigneurs de ses pays , avec plusieurs autres ses alliés ; et si y Alt aussi messire Jean de Bétbune, frère au vicomte de Meaux.

A laquelle assemblée ne se voulurent pas trouver, comme il fut commune renommée , est à savoir: Antoine de Brabant , frère au duc Jean de Bourgogne, ni Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, pource qu'ils |savoient aucunement les paroles et convenances qui avoient été entre le dit Jean de Bavière, d'une part , et le seigneur de Piéruels et son {Ils , d'autre part , pour la résignation du dit évéché, comme en autres lieux est plus A plein déclaré, jaçoit ce qu'ils y missent aucunes autres excusations.

En après, les dessus dits ducs et tous leurs gens partis et retournés hors du pays de Liège, environ le jour qu'ils se dévoient assembler en la ville de Toumay, avec eux Jean de Bavière, évêque, pour rendre leur sentence h rencontre des communautés, bonnes villes et pays de Liège , leur furent envoyés ambassadeurs notables et solennels d'icdie ville de Tournay; lesquels leur requirent instamment qu'il leur plût à eux assembler et convenir en aucune antre bonne ville, disant^ en eux excusant, que si grande et telle assemblée leur pourroit porter grand préjudice, pour la petite provision des vivres et autres choses nécessaires qu'ils avoient de présent : laquelle requête leur fut accordée des dits seigneurs assez bénignement. Et au lieu d'icelle s'assemblèrent en la ville de Lille , au Jour qui étoit pris par eux comme dessus est dit; et là furent emmenés en leur présence, c'est à savoir des dits ducs , évéque et leurs consaux , tous les Liégeois ou au moins la plus grand' partie qui avoient été baillés en otage, et aussi plusieurs autres, lesquels étoient commis h y être pour ouir la dite sentence que dévoient faire les dessus dits , laquelle fut telle que cy sera déclaré.

S'ensuit la sentence dite et prononcée par écrit aux ôtagiers et commis du pays de Liège : « Selon l'ordonnance des ducs de Bourgogne et de Hollande , laquelle ils veulent que selon la déclaration d'icelle elle soit du tout fermée et

accomplie, 'sans quelque faute ou interdit» quant à présent , et le surplus retiennent en eux & déclarer et faire détermination entière toutes et quantes fois qu'il leur plaira.

» Premièrement, ils mettront en leurs mains toutes les franchises , coutumes et privilèges qu'avoient et ont les habitants de la cité de Liège et des villes et pays de l'ëvêché, situées en icelui pays de Liège, et de la comté de Los, du pays de Hasebain , de Saint -Tron , de la terre de Bouillon et des appartenances ayant privilèges, lois, franchises et coutumes. Et ordonnent que de présent les bourgeois de la dite cité de Liège et les autres dessus nommés apportent en la ville de Mons en Hainaut, le lendemain de saint Martin prochain venant, au monastère des écoliers de la dite ville, toutes leurs lettres des privilèges , lois , libertés et franchises qu'ils ont : et icelles bailleront es mains d'aucunes personnes qui aux dits lieu et jour seront commis de par les dits seigneurs A icelles recevoir. Et ceux qui a{4>orteront les dites lettres seront tenus de Jurer sur leurs âmes et sur les âmes d'iceux qui les envoleront qu'ils n'ont point laissé aucunes lettres de leurs dits privilèges, lois, libertés et franchises frauduleusement.

»Item. veulent et ordonnent les dits seigneurs que si aucunes des dites lettres des privilèges, lois , fk-ancbises et libertés étoient délaissées à apporter devant les dessus dits commis par les dits seigneurs et eussent ceux des dites cités , terres , villes et pays de Liège et des appartenances délaissés  les envoyer, dès adonoques en seront privés perdurablemedt.

» Jum, ordonnent et établissent les dits smgneurs que es mains de leurs dits commis, aux Jour et lieu dessus dits, toutes alliances et convenances pour eux touchants icelles villes, cités et pays seront apportées et baillées aux dits commis , sur peine et serments semblables , comme dessus est dit en deux articles toudiant iceux privilèges et alliances.

«Item, veulent qu'après la Visitation des dites lettres de privilèges, et de là ensuivant celles dont sera appointé et ordonné, ne puissent donner nouvel privilège à iceux l'évèque de Liège et son chapitre aux habitants des dites cités, villes et pays, ni à aucune d'icelles, que ce ne soit par le consentement et conseil d'i-

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