‹ Choix de discours & allocutions des plus célèbres orateurs pour la retraite et le jour de la première communionChapitre 27 sur 100 · EXHORTATION DE FÉNELON AU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

EXHORTATION DE FÉNELON AU DUC DE BOURGOGNE

I e voilà enfin arrivé, Monseigneur, ce jour que vous avez tanl désiré et attendu, ce jour qui doit apparemment décider de ions les autres de votre vie, jusqu'à votre mort. Ecce Salvator tuas venit, et merces cum co. Il vient à vous sous les apparences de l'aliment le plus familier, afin de nourrir votre âme, comme le pain nourrit tous les jours votre corps ; il ne vous paraîtra qu'une parcelle d'un pain commun, mais la vertu de Dieu y est cachée, et votre foi saura bien l'y trouver. Dites-lui, comme Isaïe le disail : Vere lu es Deus absconditus. ('/est un Dieu caché par amour; il nous voile sa gloire de peur que nos yeux n'en soient éblouis, et afin que nous puissions en approcher plus familièrement. Accedite ad cum, dit un psaume, et illuminamini, et faciès vestrœ non confundenlur. Cesl là que vous Lrouverez La manne cachée avec les divers goûts de toutes 1rs rertus célestes; vous mangerez le pain qui gsI au-dessus de toute substance; il ne se changera pas en vous, homme vil el mortel, mais vous serez changé en lui pour être un membre vivant du Sauveur. Que la foi et

L'amour

ALLOCUTIONS DU P. LORIOT, DE L'ORaTOÎRH ff) I. Avant l«i mes ornière commui.

L'Ecriture sainte rapport Nabuchod I de

Babylone, commanda autrefois qu'on lui cherchât de jeunes enfants d'entre les Juifs pour para: sence et lui rendre les services qu'il exigerait d'eux : qui fus-. ut de race royale, de bon esprit, beau.. blés de v C'est le commandement que Jésus-Christ, le roi

souverain, nous a fait de lui choisir de jeunes âmes remplies de grâces et d'une sagesse cèles' ir paraître devant lui ; et c'est vous, mes très chers enfants, qu'on a choisis pour être de ce nombre, et pour être présentés devant ce roi du ciel. Vous êtes de race royale, puisque vous êtes enfants de Dieu. Vous êtes suffisamment instruits, puisqu'on vous a jugés capables de communier. Je n'oserais dire qu'il n'y a aucune tache en vous, mais je me confie en Dieu que vous les avez lavées par une bonne confession, et que vous allez encore les laver par un repentir sincère de vos fautes.

(1) Julien Loriot, prêtre de l'Oratoire (1633-1715), né h T.ival. a publié de nombreux volumes de sermons. « Le style, dit Fellei sim-

ple, la morale exacte, et toujours appuyée sur l'Ecriture et sur les Pères. »

C'est un grand bonheur pour vous, mes très chers enfants, et que vous devez eslimer toute votre vie, d'avoir été choisis entre tous les autres pour être présentés à Notre-Seigneur. Mais pour correspondre de votre côté à un si grand honneur, vous devez tâcher de vous en rendre dignes autant que vous en êtes capables. Je puis dire, Bans crainte de me tromper, que l'action la plus importante de toute votre vie est celle que vous allez faire; puisque, s'il est vrai, comme il n'en faut pas douter, qu'il n'y a rien de si important pour noire salut que de bien communier, et qu'il n'y a rien de si dangereux que de communier mal, il est encore vrai, ou au moins il y a grande apparence que cette première communion que vous allez faire donnera l'impression à toutes les autres, pour être bien ou mal faites. Oui, M. T. C. E., comme j'ai sujet d'espérer de la miséricorde de notre bon Dieu que si vous faites bien cette première communion, elle vous obtiendra des grâces toutes particulières pour bien faire les autres de votre vie, aussi j'ai sujet de craindre que, si vous la faites mal, elle n'attire la malédiction de Dieu sur vous, et que vous ne fassiez mal les autres dans la suite.

11 n'y a rien de si utile et de si avantageux qu'une bonne communion, et je pourrais rapporter ici plusieurs grands effets qu'elle produit dans les âmes ; mais pour ne me pas trop étendre, je n'en veux proposer qu'un qui vous convient le mieux ; savoir, qu'elle nous fortifie contre attaques de nos ennemis. C'est ce qui rendait si forts el si courageux ces illustres martyrs de l'antiquité contre toutes les attaques furieuses des persécutions, où la rage des démons était unie à la cruauté des hommes pour les faire renoncera leur foi. On voyait ces invincibles soldats, au sortir de la sainte table, monter courageusement sur

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ble au milieu de i

1 ir un lit ardent, afin |

corps brûlât lenl

sur un brasier qui était allumé, il vil d prolonger son supplice. Il i es nei:

retirer, ses os se noircir, ses moelles se fondre : milieu de toutes ses peines il brûlait résicombait |

toute sa fureur contre lui, d'animer très

de sa rage, d'employer tous les artifices dont capable, et, avec ton de lui sir qu'il

avait de mourir pour Jésus-Christ. Saint Augustin nous apprend où il avait puisé tant de force et de cour; quia bene jnanducaverat, dit ce Père, et bene biberat, tanquam Ma esca saginatus et Mo calice ebrius torrn non sensit; parce qu'il avait mangé d'une viande excellente, et bu d'un vin délicieux, étant comme engraissé par nourriture divine, et enivré de ce vin céleste, il fut audessus de tous les tourments.

Vous allez, M. T. C. E., entrer dans un âge où vous éprouverez de grandes tentations et aurez de rudes combats à soutenir. Tous vos ennemis, je veux dire le démon, la chair et le monde, vont s'unir ensemble afin de vous perdre, et joindre leurs forces pour vous livrer

de dangereuses attaques. Il est besoin d'un courage extraordinaire et d'une force peu commune pour y résister-

(Test dans cette communion que vous allez faire, M. T. C. E., que vous trouverez cette force nécessaire; c cette divine Eucharistie que vous allez recevoir, qui est appelée dans saint Matthieu un piin supersubstantiel ; parce que, comme dit saint Ambroise, il affermit la substance de notre âme, et lui sert comme d'appui contre les secousses des tentations. Mais comme vous ne devez pas attendre cet effet de votre communion, à moins qu'elle ne suit bien faite, et avec de bonnes dispositions, je veux vous en proposer quelques-unes pour vous y préparer, et pour vous servir d'entretien pendant la sainte mess

Je réduis ces dispositions à trois : une grande pureté, une humilité profonde et un désir ardent. 11 faut une grande pureté et d'âme et de corpe. J'entends par la pureté d'âme une conscience qui soit exempte de toute sorte de péchés autant que la fragilité humaine en est capable. Dans l'ancienne Eglise, quand on était sur le point de distribuer la communion, le diacre disait à haute voix : Sancta s, les choses saintes ne sont que pour les

saints, c'est-à-dire pour les âmes pures qui sont exemptes des souillures du péché. Je suppose, M. T. C. E., que vous avez entièrement purgé votre conscience par la c on que vous avez faite ; et s'il y avait quel-

qu'un parmi vous qui eût été assez malheureux pour cacher volonta ;it ou déguiser quelque péché, qu'il

ne soit pas si téméraire que de communier en cet état. Vous devez employer ce temps de la sainte messe à purifier votre âme de plus en plus par la douleur secrète et intérieure de vos péchés. Vous devez produire des actes de contrition, renonçant entièrement à tous vos péchés,

et en demand ( D

quelle conl lella

fontaine de Lai

La munier, humil

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communion, pour entrer el il sufârail de fain rien moins que Le Dieu d el de La

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liste, cel illustre l'i- ur du Fils de Di i, qui dan

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par la bouche de la vérité même, et qui était ... si haut .'il qu'il en

avait assez pour lui d la qualité du Messie; si,

cet homme si relevé, parlant de Notre-Seig qu'il n'était pas seulement digne do déli< . ses souliers, qu'eût-il fait, et jusqu'à quel al fût-il réduit, si le Fils de Dieu eût voulu, non pas se faire baptiser par lui, qui est seulement une chose • ure,

mais pénétrer intérieurement jusqu'au dedans de luimême et entrer dans son cœur, comme il fait dans les nôtres? Si les anges, ces créatures les plus nobles el plus accomplies de l'univers, qui, outre la perfection de leur nature, incomparablement plus élevée que celle de la nôtre, sont tout remplis des trésors de la gloire, assistent à nos autels et se tiennent devan N Seigneur qui y réside avec d ects profonds et des

adorations incompréhensibles à nos esprits, se couvrant pieds et le visage de leurs ailes, selon la vision du prophète Jsaïe, pour montrer qu'ils s'estiment indignes de

iraître devant cette souveraine et infinie majesté, quels sentiments auraient-ils, et en quel abîme d'humilité se

plongeraient-ils, s'ils devaient recevoir le Fils de Dieu en eux-mêmes?

0 mon Dieu, M. T. G. E., que direz-vous maintenant, que penserez-vous et que ferez-vous, vous qui n'êtes point comparables en sainteté à saint Jean, et qui êtes très éloignés de celle des anges? avec quel respect et quel anéantissement de vous-mêmes devez-vous approcher du saint Sacrement, et avec quels sentiments d'humilité devez-vous recevoir le Créateur du ciel et de la terre! Pensez, dit saint Chrysostome, quel honneur vous recevez, et à quelle table vous êtes appelés; vous êtes nourris du corps que les anges ne regardent qu'en tremblant et qu'ils ne peuvent considérer sans frayeur à cause de l'éclat qui en rejaillit.

C'est dans cette disposition d'humilité que les saints ont communié, et quand ils se sont approchés de la sainte Eucharistie, ils l'ont fait avec une révérence, une adoration si profonde, et avec des sentiments si pénétrants de leur bassesse, qu'il est impossible de les exprimer. Plusieurs qui étaient au lit de la mort, qui avaient perdu toutes leurs forces et qui n'avaient plus qu'un souffle de vie, qu'on leur apportait le saint viatique, se sont jetés de leur lit à terre, et leur humilité faisant un dernier effort et ramassant tout ce qui leur restait de forces, ils sont allés au-devant de lui, se sont prosternés contre terre, et l'ont adoré avec des corps tout tremblants de respect, avec des âmes anéanties dans la pensée de leur ba . avec des atteintes si vives d'une extrême

révérence, qu'ils semblaient se vouloir comme détruire et anéantir eux-mêmes.

C'est par cette disposition d'humilité, par la connais-

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