LA RELIQUE DU MARTYR
vive et une grande tendresse pour les pauvres. Mais j'attendais toujours l'heure déoisive qui me montrerait si vous vous contenteriez de l'humble vertu de votre mère, ou si, portant plus haut vos regards, vous seriez le digne héritier de votre père le martyr. Cette heure est venue aujourd'hui, et j'en bénis le Ciel. »
.... Alors Lucine dit à son fils de retirer de son cou l'ornement romain qui distinguait l'enfance. « J'ai, dit-elle, un don autrement précieux à vous faire. »
Il obéit et ôta sa boule d'or.
« Votre père vous a légué un noble nom, mon fils, une haute position, des richesses, tous les avantages de ce monde, continua la mère d'une voix plus grave et plus émue ; mais, dans son héritage, il est un trésor que j'ai réservé jusqu'à ce que vous vous soyez rendu digne de le posséder. Jusqu'à présent, je vous l'ai caché, quoique sa valeur dépasse celle de l'or et des joyaux les plus rares. Le temps est venu, je dois vous le transmettre. »
Ses mains tremblantes soulevèrent alors la chaîne d'or qui pendait sur sa poitrine; pour la première fois, son fils vit que cette chaîne soutenait un petit sac richement brodé et orné de pierreries. Elle l'ouvrit et en tira une éponge profondément imbibée de sang que les années avaient séché.
« Voici le sang de votre père, ô mon enfant, dit-elle avec des sanglots dans la voix et des larmes dans les yeux. Je l'ai recueilli moimême jaillissant de sa blessure mortelle, quand, déguisée sous des vêtements étrangers, je pénétrai jusqu'à lui, et je le vis mourir pour le nom du Christ. »
Elle regarda la relique avec amour, la baisa avec ferveur; une larme se détacha de ses yeux et vint tomber sur l'éponge bénie. Alors le sang se liquéfia, sa couleur redevint éclatante et sembla tiède encore, comme si, à l'instant même, il s'échappait du cœur du martyr.
La sainte matrone porta le médaillon jusqu'aux lèvres frémissantes de l'enfant, qui s'empourprèrent aussitôt à ce contact sacré. Il vénéra ce sang précieux avec la double émotion d'un chrétien et d'un fils. Il lui semblait que l'esprit de son père descendait sur lui et remplissait les profondeurs de son cœur, afin que tout ce que son cœur contenait de sang fût toujours prêt à couler pour la loi. La famille entière était une fois encore réunie. Lucine rein il le trésor dans son écrin et le suspendit au cou de son fils, en lui disant :
B6 soit sou* plus n<>: Me femr
E l'enflait -sangd mes
E., qpaî a! J.-C.
e il : I'. -\...
Une première Communion sous la Tei .a baronne de H..., d
été brutalement j< •• - bien d hes,
cil*' obtint que sa fille, Agée de douze
temps en temps dans sa prison. Que d'émotions d pre-
mières entre vii' os pouvoir ; une pa-
role, pressait l'enfant contre son cœur, la couvrant d rs et
suite, ce furent de longues cause:
et graves. Grande intelligence et non moins grand cœur, la : apprenait à son enfant.... le catéchisme.
Les semaines s'écoulaient, lorsqu'un jour la petite Glle trouva sa mère en larmes. — Ma peti -irons se
tôt. Dans trois jours, je va r en jugement; tu le g
la mort. Une de mes joies les plus doue auparavant ta première communion. Quand tu étais toute petite, je priais la sainte Vierge de te bénir pour cette grande action. Quand elle est bien faite, on est presque sûr de son éternr mourrais contente, si je te laissais unie à Dieu. Voici l'idée quij m'est venue : Je connais un saint prêtre, tr . qui n'a puj
^migrer, M. Caron. Quand j'ai été arrêtée, il habitait ru- Ion. Dis à notre vieux et fidèle serviteur Pierre de s'informn a échappé à l'échafaud. S'il est vivant, fais-toi mener vers lui; dis-lui qui tu es, et, au nom de ta mère qui va mourir, demand< lui de t'admettre à la table sainte. C'est la plus grande consolatioi que je puisse recevoir ici-bas.
Quelques heures après, l'enfant était chez le vieux pr- ne put retenir ses larmes en entendant son récit. — Votre mère une sainte, dit-il; puisqu'elle vous a disposée à la première coi munion, préparez votre confession et revenez demain de bonne heure : je vous dirai mes intentions.
n\im)I.i:on il. 3o9
M. Caron, après minuit, célébra les saints mystères dans sa chambre; et lorsque l'enfant revint, de grand matin, après l'avoir confessée, le saint vieillard lui dit : Ma fille, j'ai célébré le saint sacrifice pour vous et pour votre mère. J'ai mis deux hosties en réserve. Vous êtes bien jeune, M. E., mais je veux vous confier ane grande mission. Les prêtres de la primitive Eglise se servaient des enfants pour porter la sainte communion aux chrétiens qui allaient souffrir le martyre : vous allez porter les saintes hosties à votre mère; vous ferez votre première communion avec elle dans sa prison. Et le précieux dépôt fut confié à la petite fille et placé contre son cœur. — Allez, M. E., Dieu est avec vous. — Elle ne songea pas même à avoir peur et se dirigea vers la prison, priant avec le ravissement d'un ange.
Aussitôt seule avec sa mère, elle se mit à genoux, racontant quel trésor lui avait été confié. La mère comprit la sublime attention du saint prêtre; elle se mit à genoux près de sa fille, et sa foi et son cœur eurent des effusions admirables. Les saintes hosties ayant été placées sur une table, l'enfant récita les prières de son enfance, les actes d'avant la communion.... Alors la mère s'adressa au Sauveur, lui consacra l'âme de sa fille et la sienne pour l'éternité; puis elle prit l'hostie sainte, communia son enfant et se communia elle-même]
Le lendemain, lorsque la jeune première communiante vint demander sa mère, elle n'était plus en prison: elle en était sortie.... pour le ciel.