LE MARCHAND ET LES VOLEURS
decine contenant beaucoup d'aloès et lui dit : « Prenez ceci et buvez-le cette nuit. »
Le marchand reçut le breuvage, et, quand vint la nuit, il l'avala. Bien qu'il sentît l'amertume de l'aloès et l'odeur désagréable de la médecine, il n'en perdit pas une seule goutte ; cela le fit aller à la selle et il se trouva soulagé.
La nuit suivante, le voleur lui apporta une nouvelle médecine plus amère et plus détestable que la première ; le marchand continua d'en éprouver les effets, mais il ne montra ni moins de patience ni plus de dégoût. Le voleur, voyant que le marchand avait confiance en lui, qu'il acceptait et buvait ce qui lui était offert, s'en alla chercher un breuvage mortel qu'il lui présenta. Le marchand le prit et l'avala aussitôt sans répugnance; il ne cessa toute la nuit d'aller à la selle, à tel point qu'il rendit complètement ses intestins. Le lendemain matin c'en était fait de lui.
Alors le voleur et ses complices survinrent, et ils s'emparèrent des bagages du marchand ainsi que de tout ce qu'il possédait.
LE RENAUD PUNI DE sa GOURMANDISE I ■">
IiO Renard puni do un gourmandise
Un renard sortait chaque jour de son tenrier pour courir sur les montagnes à la recherche de sa nourriture, et, quand la nuit venait, il rentrait au gîte. Dans une de ses excursions, il rencontra d'autres renards, et chacun faisait le récit de ce qu'il avait dévoré.
« Hier, dit l'un d'eux, j'ai trouvé un onagre bien gras; et j'étais excessivement affamé, car je n'avais rien mangé depuis trois jours. Tout joyeux de ma découverte, je remerciai le Dieu très-haut de m' avoir livré cette pâture ; puis je me mis à manger le cœur de l'onagre, et, quand je fus rassasié, je regagnai mon terrier sans manquer de témoigner ma reconnaissance à mon créateur. Depuis trois jours, il est vrai, je n'ai rien trouvé ; mais au moins (Dieu soit béni !) je me suis régalé. •»
A ce récit, notre renard, jaloux de la bonne fortune de son camarade, se dit en lui-même :