LE TYRAN ET LE PÈLERIN
VU
f,e Tyran et ie Pèlerira
Dans les contrées du Maghreb (1) vivait jadis un souverain injuste dans ses ordres, oppresseur de ses sujets et de ceux qui pénétraient dans ses États. Aucun étranger ne visitait son royaume à cause de sa tyrannie; et si quelqu'un venait à s'y introduire, le roi s'emparait des quatre cinquièmes de son bien et ne lui laissait absolument que le dernier cinquième.
Or il arriva qu'un pèlerin , qui servait Dieu depuis son enfance, quitta ie monde et ses avantages pour parcourir les déserts et les cités. Dans une de ses tournées, il vint un matin à la capitale de ce royaume, et, quand il en eut franchi la porte, les percepteurs de l'impôt l'aperçurent, le saisirent et le pressèrent de vives questions ; mais ils ne purent découvrir sur lui rien autre chose que ses vêtements et les lui
(I) Les Arabes donnent le nom de Maghreb, c'est-à-dire Occident, à la partie de l'Afrique qui comprend l'Algérie, les Régences de Tunis et de Tripoli, ainsi que l'Empire du Maroc.
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arrachèrent jusqu'au dernier, en L'accablant de coups. « Malheur à vous! B'écria-t-il, voire conduite est Infâme. Je suis an pauvre pèlerin ; ce vêtement ne peut vous être utile; rendez-lemoi, ou je me plaindrai de vous au souverain.))
Ils lui dirent pour toute réponse : « C'est d'après son ordre que nous t'avons ainsi traité; fais ce que tu voudras. »
Le pèlerin dit en lui-même : « Je ne sais si ce qu'ils avancent est vrai ou faux; mais j'irai moi-même trouver le roi et je verrai cette affaire. » Il se dirigea donc vers le palais du roi et, à son arrivée, voulut entrer; mais les chambellans s'y opposèrent. Il se disputa avec eux; puis ceux-ci le rassasièrent d'argent, et il se calma. « Je vais, dit-il, guetter le roi jusqu'à ce qu'il sorte de son palais, et je me plaindrai à sa majesté de mon état et de mon aventure. »
Sur ces entrefaites, il entendit un des employés du palais s'écrier : « Voici le roi qui part pour la chasse ! » Le pèlerin, plein de joie, courut à sa rencontre, et, l'ayant vu sortir, se présenta à lui en lui disant : a 0 roi! je viens me plaindre à ta personne; je suis un pauvre pèlerin, voué au service du Dieu très-