LE TYRAN ET LE PÈLERIN
haut, et j'attends de lui ma récompense. Chaque fois que j'entre dans une ville, je reçois de ses habitants des bienfaits et des aumônes ; ils me conduisent partout où je veux aller ; et, cependant, quand j'ai pénétré dans la tienne et que j'espérais un accueil favorable, je me suis vu arrêté par tes gens, dépouillé de mes vêtements, roué de coups, et cela à la porte même de ton palais. Aie donc pitié de mon état, ô roi! et porte-moi secours. »
L'injuste souverain lui répondit : « Et qui t'a indiqué cette ville dont ta qualité d'étranger te défend l'accès ? »
— « J'ai commis une faute, ajouta le pèlerin; mais je ne reviendrai plus ici : je désire seulement que tu me rendes mes habits, et que Dieu te garde ainsi que ta ville î »
À cette réplique toute naïve, le roi s'écria : « Nous t'avons arraché tes vêtements pour t* humilier; mais, demain matin, je t'arracherai la vie; » et il le fit emprisonner.
Une fois entré dans la prison , le pèlerin commença à se repentir de n'avoir pas sauvé sa vie en abandonnant ses vêtements; et, quand vint la nuit, il adressa au Dieu très-haut cette
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prière : « Seigneur, tu connais ma position visà-\ is de ce roi pervers; et moi, ton serviteur opprimé, je te supplie de me délivrer et de l'aire, tomber sur lui ton châtiment; car cet homme
L'oppresseur du pauvre, L'ennemi jaloux de l'étranger, et tu n'aimes pas ceux, qui se conduisent ainsi. Tu es le juge, le juste, le propice, le clairvoyant; et moi, je suis l'humble, le malheureux. Ils m'ont, sans aucun droit, dépouillé de mes vêtements; et si ce roi m'a fait du tort, que ton châtiment fonde sur lui cette nuit même: fais-lui sentir ton supplice; car ton arrêt est juste et ta gloire éternelle ! Amen. »
Le geôlier entendit cette prière et le châtiment qu'elle appelait. A peine était-il minuit, que le feu prit au palais du roi, et que lui, les gens de sa maison et la ville entière périrent à la fois dans les flammes. Le geôlier reconnut que cet incendie n'avait eu lieu qu'à cause de la prière du pèlerin; il mit donc ce dernier en liberté, et, se sauvant tous les deux, ils se rendirent dans une autre ville.
Quant au roi , il fut dévoré par le feu , à cause de sa tyrannie et de son injustice, et fut perdu pour ce monde et pour l'autre.