‹ Choix de fables et historiettesChapitre 19 sur 58 · LE TYRAN ET LE PÈLERIN · texte numérisé non relu

LE TYRAN ET LE PÈLERIN

haut, et j'attends de lui ma récompense. Chaque fois que j'entre dans une ville, je reçois de ses habitants des bienfaits et des aumônes ; ils me conduisent partout où je veux aller ; et, cependant, quand j'ai pénétré dans la tienne et que j'espérais un accueil favorable, je me suis vu arrêté par tes gens, dépouillé de mes vêtements, roué de coups, et cela à la porte même de ton palais. Aie donc pitié de mon état, ô roi! et porte-moi secours. »

L'injuste souverain lui répondit : « Et qui t'a indiqué cette ville dont ta qualité d'étranger te défend l'accès ? »

— « J'ai commis une faute, ajouta le pèlerin; mais je ne reviendrai plus ici : je désire seulement que tu me rendes mes habits, et que Dieu te garde ainsi que ta ville î »

À cette réplique toute naïve, le roi s'écria : « Nous t'avons arraché tes vêtements pour t* humilier; mais, demain matin, je t'arracherai la vie; » et il le fit emprisonner.

Une fois entré dans la prison , le pèlerin commença à se repentir de n'avoir pas sauvé sa vie en abandonnant ses vêtements; et, quand vint la nuit, il adressa au Dieu très-haut cette

il rYRAN BT LE PÈtl M

prière : « Seigneur, tu connais ma position visà-\ is de ce roi pervers; et moi, ton serviteur opprimé, je te supplie de me délivrer et de l'aire, tomber sur lui ton châtiment; car cet homme

L'oppresseur du pauvre, L'ennemi jaloux de l'étranger, et tu n'aimes pas ceux, qui se conduisent ainsi. Tu es le juge, le juste, le propice, le clairvoyant; et moi, je suis l'humble, le malheureux. Ils m'ont, sans aucun droit, dépouillé de mes vêtements; et si ce roi m'a fait du tort, que ton châtiment fonde sur lui cette nuit même: fais-lui sentir ton supplice; car ton arrêt est juste et ta gloire éternelle ! Amen. »

Le geôlier entendit cette prière et le châtiment qu'elle appelait. A peine était-il minuit, que le feu prit au palais du roi, et que lui, les gens de sa maison et la ville entière périrent à la fois dans les flammes. Le geôlier reconnut que cet incendie n'avait eu lieu qu'à cause de la prière du pèlerin; il mit donc ce dernier en liberté, et, se sauvant tous les deux, ils se rendirent dans une autre ville.

Quant au roi , il fut dévoré par le feu , à cause de sa tyrannie et de son injustice, et fut perdu pour ce monde et pour l'autre.

Page 1