PAR DES BIENFAITS
nant un peu de mon enthousiasme, je me mis à lui adresser diverses questions jusqu'à ce que je fusse bien certain de son identité. Alors je me levai et brisai ses chaînes malgré son opposition, puis je lui fis apporter des vêtements par mes serviteurs : il les refusa d'abord ; mais, sur mes instances, il s'en couvrit, en disant : « Que veux-tu donc faire pour moi ? »
— « Je vous ferai conduire à une distance éloignée de Baghdad , et de là vous irez où il vous plaira. »
— « Ecoute, reprit-il, cette idée n'est pas raisonnable; car, demain, quand tu iras sans moi trouver le prince des croyants, tu l'entendras demander ta tetc; et, quant à moi, Dieu me préserve d'acheter mon salut au prix de ta mort! c'est impossible. »
— «De quel crime étes-vous donc coupable envers le prince des croyants? d lui demandai-je.
— « On m'a soupçonné injustement d'être l'instigateur de la révolte en Syrie, et d'avoir en ma possession des dépôts confiés par les Omayyades. »
— « Si c'est là tout votre crime, ajoutai-je, certes je vous procurerai le moyen de fuir, et je m'inquiète peu du prince des croyants, qu'il me mette à mort ou qu'il me pardonne; car Vai reçu de vous un très-grand bienfait. »
— « Il est impossible, reprit-il, que tu comptes sur mon assentiment ; mais voici un autre avis : fais -moi garder en quelque endroit, et va dire au prince des croyants ce que tu voudras au sujet de ma disparition. S'il arrive que le prince des croyants te pardonne par générosité , reviens alors vers moi, donne-moi la liberté, et je m'enfuirai; mais, s'il refuse de te pardonner et qu'il veuille te faire périr, je serai alors à tes ordres, tu m'amèneras devant lui et tu rachèteras ainsi ta vie; autrement, je ne consens à rien. »
Quand je vis, dit Abbas, la résolution bien arrêtée de cet homme, je le plaçai dans une chambre secrète de ma maison. Le lendemain matin, je fis ma prière et me rendis de bonne heure au palais du calife; j'entrai et trouvai Almansour qui s'était assis en m'attendant, après avoir prié. Lorsqu'il me vit paraître tout seul, la sueur de la colère couvrit son front