‹ Choix de fables et historiettesChapitre 34 sur 58 · ASMAÏ ET SON BIENFAITEUR · texte numérisé non relu

ASMAÏ ET SON BIENFAITEUR

Asmaï et son Bienfaiteur

Je me rendis un jour, dit Asmaï (1), chez un homme que j'étais allé trouver maintes fois, à cause de sa générosité et de sa bienfaisance ; et, à mon arrivée, je rencontrai sur le seuil de sa porte un huissier qui m'empêcha de pénétrer jusqu'à lui et me dit : « Asmaï, certes mon maître ne m'a prescrit de refuser sa porte à un homme tel que vous, qu'à cause de son état de gêne et des faibles ressources qui lui restent entre les mains. »

— <r Eh bien, répondis-je aussitôt, je veux lui écrire un mot que tu lui feras parvenir. »

— « Très-volontiers, « ajouta-t-il, en me présentant du papier, un calame et un encrier.

(i) Abou Saïd Abd elmélik ben Koraïb, surnommé Asmaï, à cause de son aïeul Asma, était très-versé dans l'intelligence de l'Alcoran, les traditions, l'art de la grammaire et de l'éloquence. Ce savant, né en 739 de l'ère chrétienne, eut l'honneur de compter au nombre de ses disciples le calife Haroun arrachid.

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Alors je lui adressai oe distique :

Quand l'homme généreux fait sentir son absence, Entre l'avare et lui quelle est la différence?

Je pliai le papier et le donnai à L'huissier, en

lui disant : « Remets ce billet à ton maître. »

11 partit et, peu de temps après, rapporta le

même écrit, qui portail au-dessous de mes vers

ces deux autres en réponse :

Quand l'homme généreux se trouve court d'argent, Il faut bien qu'il se cache aux yeux de l'indigent.

Le billet était accompagné d'une bourse contenant cinq cents dinars.

Émerveillé de tant de générosité, malgré la gène qu'éprouvait mon bienfaiteur, je me dis en moi-même : « Je vais réjouir llaroun arrachid (I) en lui annonçant cette bonne nouvelle! » et de suite je me dirigeai vers le palais du calife. Ayant obtenu la permission d'entrer, je présentai mes salutations; et le calife, en me voyant, s'écria : « D'où viens-tu donc, Asmaï ? »

(1) Ce calife, de la race des Abbassides, naquit à Reï, en Me'die, l'an TG5, et mourut à Tous, en 809. Il se rendit célèbre par ses conquêtes et par la protection qu'il accorda aux savants. Il lit traduire en arabe les meilleurs ouvrages des Grecs, dans le but de répandre parmi s jets le goût des sciences ei des lettres. — Rachid signifie, en arabe, celui qui suit la voie droite ; loyal, sincère,

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