‹ Choix de fables et historiettesChapitre 43 sur 58 · IBRAHIM, FILS DE SOLEÏMAN · texte numérisé non relu

IBRAHIM, FILS DE SOLEÏMAN

j'étais sur la terrasse de cette habitation, j'aperçus des étendards noirs qui sortaient de Koufat (1) dans la direction de Hirat. Pendant qu'on était à ma recherche, je sortis bien -vite de ma retraite sous un déguisement jusqu'à ce que je fusse arrivé à Koufat. Comme je ne connaissais personne chez qui je pusse me cacher, je m'arrêtai à Hirat tout auprès d'une grande porte donnant accès à une très-vaste cour; j'y entrai et vis un homme d'une belle figure et d'un extérieur remarquable. Monté sur un cheval, il s'avança dans la cour avec les gens de sa suite. Après avoir mis pied à terre, il se tourna vers moi et me dit, aussitôt qu'il m'eut aperçu : « Qui es-tu, et que fais-tu là?»

— « Je suis, lui répondis -je, un homme qui, craignant pour sa vie, est venu chercher un refuse dans ta demeure. »

Alors il m'introduisit chez lui et m'installa dans une chambre attenante à son harem. J'y trouvai tout ce que je pouvais désirer en fait de mets, de breuvages et de vêtements. Jamais il ne m'adressait de questions sur mon état,

(1) Ville située sur la rive droite de l'Euphrate, à quatre journées environ de Baghdad.

IBRAHWi FILS DE soi.EÏMAN Hil

parce que, chaque jour, il partait à cheval dès

l'aurore et ne rentrait que vers le milieu de la journée.

Une fois je lui dis : « Je te vois journellement sortir à cheval; quel est donc le motif de tes excursions?»

— a C'est, me réponditril, parce qu'Ibrahim, fils de Soleïman, (ils d'Abd elmélik, a perfidement tué mou père; et, comme j'ai appris qu'il se tenait caché dans Hirat, je vais chaque jour à sa recherche; peut-être finirai-je par le rencontrer et me venger sur lui. »

A ces paroles , prince des croyants , je fus saisi d'un vif étonnement, et je me dis en moimême : « Certes le destin m'a poussé pour ma perte dans la demeure d'un homme avide de mon sang. » Alors je pris la vie en horreur et je demandai à cet homme quel était son nom et celui de son père. Quand il me l'eut déclaré, je reconnus qu'il disait vrai et que j'avais donné la mort à l'auteur de ses jours; puis je lui dis : « 0 un tel, tu as tout droit sur moi, et ton bienfait m'oblige à te donner des renseignements sur ton adversaire et à abréger tes démarches. »

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