‹ Choix de fables et historiettesChapitre 46 sur 58 · LE VOL IMPUNI · texte numérisé non relu

LE VOL IMPUNI

— « Et pourquoi? » lui demanda Khosroès.

L'échanson l'informa de ce qui venait d'avoir lieu, et le souverain répondit : « Celui qui a pris la coupe ne la rendra certes pas, et celui qui l'a vu prendre ne dénoncera pas le coupable; ainsi, qu'on ne fouille personne. »

L'homme emporta donc la coupe, la brisa et se fit faire avec le produit une ceinture, un ornement pour son épée et un vêtement magnifique. Dans une autre réunion semblable à la première, l'individu se présenta couvert d'une riche parure ; et Khosroès, le faisant appeler, lui dit : « Ceci provient de la coupe en question! »

Le voleur aussitôt baisa la terre, et Khosroès ajouta : « C'est bien; que le Dieu très-haut te pardonne! »

ADROITE REPAIITIE D'ABOI' DOILAMAT 175

Adroite repartie du poëte Alton Doulaïunt

Le poëte Abou Doulaniat (I) se trouvant un jour eu présence d'Abou'labbas essaffah, le calife lui dit : « Demande-moi ce dont tu as besoin. »

— « Eh bien, dit Abou Doulamat, je désire un chien de chasse. »

— a Je te le donne, » répondit Abou'labbas.

— « Puis une monture pour m'aider à chasser. »

— « Je te la donne aussi. *

— « Ensuite un esclave pour conduire le chien et chasser avec lui. >

— « Soit. »

— « Et une jeune fdle pour faire cuire le gibier et nous le servir. »

(1) Surnom de Zend, fils de Djoun. Ce poëte, qui était de couleur noire, comme son surnom l'indique, naquit à Koufat, sous les derniers califes Omayyades; mais sa réputation ne s'étendit que sous les Abbassides. Son père, qui avait été d'abord esclave d'un Arabe de la tribu des Déni Açad, fut easuite affranchi par soq maître.

176 ADROITE REPARTIE d'aBOU DOÙLAMAT

— « Volontiers. »

— « Prince des croyants, ajouta le poëte, comme ces gens -là sont au nombre de vos serviteurs, il leur faut évidemment une maison?»

— <r Sans doute. »

— « Et si, avec cela, ils n'ont point de terres, comment pourront-ils vivre? »

— « Je te donne alors dix champs en rapport et dix autres en friche. »

— « Qu'est-ce que c'est qu'un champ en friche? prince des croyants! a s'écria Abou Doulamat.

— « C/est, dit le calife, une terre dépourvue de plantation. »

— « Alors, moi, je vous donne , prince des croyants, cent terrains en friche des déserts des Béni Açad. »

Cette repartie fit sourire le calife, qui s'écria : « Qu'on lui donne le tout en plein rapport (1)! »

(1) Cette historiette, tirée du recueil intitulé Kitâb alaghâni, composé par Abou'lfaradj Ali, fils de Hosaïn Isfahâni, auteur du xe siècle de l'ère chrétienne, se trouve racontée avec plus de détails dans la Grammaire arabe de feu le baron Silvestre de Sacy, qui en a donné le texte comme modèle de lecture, en raccompagnant d'une transcription en caractères européens et d'une traduction française.

LA PROBITÉ RÉCOMPEN8ÊI 173

WVI1I i.a ProhMé réeompeBséc

I /anecdote suivante est rapportée par Ebn elkharif, qui la tenait de son père. — Une fois, dit le père, je remis au courtier Ahmed, fila d'Essebb, un vêtement, en ajoutant cette recommandation : « Vends-le à mon profit; mais ne manque pas de faire remarquer à l'acheteur qu'il y a un défaut; » et je lui montrai une déchirure que portait le vêtement.

Le courtier s'en alla et revint sur la fin du jour m'en rapporter le prix, en me disant qu'il l'avait vendu à un étranger, moyennant une certaine quantité de pièces d'or. »

— • « Mais lui as-tu montré le défaut, et en est-il bien averti? » lui dis-je.

— «Mon Dieu, non, me répondit-il, j'ai totalement oublié ta recommandation. »

— « Dieu ne t'en récompensera pas, ajoutai-je; viens avec moi chez l'acheteur. »

Nous partîmes aussitôt et nous arrivâmes à

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