‹ Choix de fables et historiettesChapitre 57 sur 58 · LE MOINE ET SON HÔTE · texte numérisé non relu

LE MOINE ET SON HÔTE

Le Moine et son Hôte

Il y avait, dans le pays de Karkh (1), un moine plein de zèle pour ses devoirs de piété. Un jour, un visiteur descendit chez lui , et le moine fit servir à son hôte des dattes, afin que celui-ci goûtât d'un fruit qu'il ne connaissait pas , et tous deux en mangèrent. Puis l'hôte s'écria : «Ah ! que ces dattes sont douces et bonnes ! Il n'y en a pas dans le pays que j'habite. A vrai dire, je ne suis pas friand de dattes; et, comme notre contrée produit beaucoup d'autres espèces de fruits, elle peut conséquemment se passer de dattes, qui sont indigestes et peu saines au corps. »

(1) Nom d'un ancien quartier de la ville de Baghdad. Sous le règne de Mostasem, dernier calife Abbasside, un grand tumulte s'étant élevé parmi les chiytes ou dissidents, qui habitaient cet endroit, et les 'sunnites ou orthodoxes, habitant l'autre partie de la ville, les troupes du calife, sous prétexte de rétablir la tranquillité , pillèrent Karkh et y commirent toutes les horreurs imaginables.

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Le moine répliqua : « Celui qui désire cti qu'il n'a pas ne peut être réputé Bage, et vous êtes assurément très-heureux, puisque nous nous contentez de ce que vous possédez. »

[/observation du moine fui Faite en hébreu, et l'hôte trouva cette langue si belle, qu'il se sentit émerveillé j plein du désir do l'apprendre, il s'y appliqua pendant quelque temps.

Le moine dit alors à son hôte : « Vous méritez Lien d'éprouver un sort pareil à celui du corbeau, pour avoir abandonné votre propre langue et vous être efforcé d'apprendre à parler en hébreu ! »

— « Et que lui arriva-t-il donc? » demanda l'hôte.

— « On rapporte, continua le moine, qu'un corbeau, voyant une perdrix à l'allure vive et iière, fut si ravi de sa démarche qu'il conçut le désir de l'imiter et s'y appliqua de son mieux; mais, malgré ses efforts, il ne put y parvenir. Dans son désespoir, il voulut revenir à sa marche naturelle, et voici qu'il s'embrouilla tellement en mêlant les deux, manières de marcher, qu'il devint le plus disgracieux des oiseaux quand il essayait de faire un pas. » — Je ne

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