‹ Choix de la correspondance inédite de Pierre Baye, 1670-1706Chapitre 31 sur 77 · DE BEAUSOBRE · texte numérisé non relu

DE BEAUSOBRE

Mes complimens, s'il vous plaist, à Mrs Ferrand et Maurice. le ne sçay comment je vous ay mandé la profétie de Mr. van Buningue. I'écriuois vn peu sans y songer. Il est plaisant de vous dire des choses de chés vous. Mettes cela au rang des fautes, ou dans Ferrata; car il seroit trop vilain de rayer cinq ou six lignes.

Monsieur,

Nous nous sommes acquittez de vostre commission auec autant de diligence et de soin qu'il a esté possible. Il est vray, qu'il manque vn liure qui est le 3e tome des lettres de Descartes; mais comme il ne vaut pas 50 s., je n'ay pas trouué à propos d'en donner 9^; peut estre le trouuera-t'on chez nos Regrateurs. Vous en auez pour vos 57 <%, et sans conter quelque menu graphignage qu'on n'a pu éuiter, nous auons veu charger et partir le petit ballot, et il doit présentement estre entre les mains de Mr. Parmentier, Marchand à S. Valéry, auquel j'ay écrit de le faire tenir au plustost à Mr. Maurice, Marchand à Roterdam, suiuant vostre ordre. Ne Vous pressez point, s'il Vous plaist, et pour cause, de nous faire rembourser.

Je ne sçais si Madame de la Sablière !), vostre bonne Amie, a bien fait, et pour elle et pour moy, d'auoir donné à Mr. de Bonrepos 2) vostre Lettre, et quelques pistoles dont elle Vous prie de lui achepter quelques Liures: ces Messieurs les Enuoyez des Princes tardent quelque fois plus dans leurs Voyages qu'ils ne pensent; je n'entens encore point dire qu'il prenne la route d'Hollande. Il me deuoit apporter 25 ou 30 Exemplaires ébarbez et battus de mon petit Liure que j'attens auec impatience, et il en deuoit donner 15 ou 20 s. de la pièce, selon qu'il plairoit à Mr. Desbordes. Si cependant il luy estoit possible qu'il en fist passer quelques vns par vne autre voye que par la Poste, Vous auriez la bonté de le plus payer à sa volonté; en tout cas, lassé d'attendre, je le prie de m'en enuoyer désormais, à chaque Ordinaire, deux feuilles jusques à la concurrence d'vn Liure entier, dont j'ay les deux premières feuilles qui me coûteront, si j'ay bonne mémoire, 55 s. de port, ce qui me rébuta. Tout le monde m'en demande depuis ce que Vous en auez dit dans les Nouuelles de Décembre^): il est déjà par auance dans l'estime de nos Sçauans qui sont persuadez, que jamais homme n'a mieux sceu que Vous pénétrer le fond d'vn Liure, et luy donner son juste prix. Mais ils ne sçauent pas ce que je leur diray pour sauuer vostre honneur à mon égard: Que Vous estes du moins aussi bon Amy que bon Juge. Cependant je suis seur que je ne leur osteray pas de la pensée, que jamais homme ne reconnut mieux le fort et le foible d'vn Autheur que Monsieur Bayle, et que personne n'a jamais mieux entendu la Langue, ni écrit plus finement. Ce qui me fasche, c'est que tout cela n'aboutit à rien, pas mesme à pouuoir faire entrer

librement vos Nouuelles. Voilà des volontez fort efficaces!

Après tout, je Vous puis assurer, que Vous auez icy de très bons Amis qui Vous estiment, qui Vous aiment, qui voudroient bien Vous seruir, qui ne sont pas mesme sans pouuoir, et qui Vous voudroient bien icy. Mais c'est vn étrange homme, leur dit-on, que vostre Monsieur Bayle! dans son Liure des Comètes, et dans tout ce qu'il écrit l'on y voit véritablement la finesse de Mr. Pascal, mais l'Esprit et le génie de Montagne se fait connoître clairement. « Admirable manière de blasmer les gens!

Adieu, je suis rauy de la justice que l'Académie de Leyde rend au mérite de Monsieur Jurius4); je souhaite que du moins il Vous en arriue bientost autant. S'il y a quelque autre nouuelle commission, ne nous épargnez point.

F. BERNIER

A Paris 28 Feurier 1686.

Monsieur,

Je ne sçais, si je ne seray point enfin obligé de renoncer à vostre connoissance, par l'importunité des Autheurs qui tremblent de peur du coup de plume. En voici vn ') qui est fort embarassé, comme Vous verrez par les billets et le long procez qu'il m'écrit et que je me suis enfin résolu de Vous enuoyer, à condition pourtant que Vous ne manquerez pas de mettre

sur mon conte tous les ports de lettres que Vous auez receu et receurez de moy. La vérité est, que le bon Père a esté terriblement daubé sur ce dernier Ouurage, et qu'estant Jésuite et sur le bord de sa Fosse, il se seroit bien passé d'entreprendre tous ces Panégyriques, qui contre son espérance n'ont, à ce que l'on dit, pas trop pieu à Monsieur le Prince. Cependant c'est vn fort bon homme, et qui est de nos bons Amis, à Madame de la Sablière et à moy, et s'il estoit possible (saluo honoré) de faire vne partie de ce qu'il souhaite, il nous en seroit fort obligé, et Nous à Vous.

Vous deuez auoir receu vne lettre de Madame de la Sablière en mesme temps que la mienne; la rencontre est plaisante, que le mesme jour que je vay lui dire, que je Vous ay écrit, elle commence par me dire qu'ennuiée d'entendre, que Mr. de Bonrepos est encore en Angleterre, elle Vous auoit écrit vne grande lettre. Hyer nous dinasmes chez Elle, où il fut beu à vostre santé en fort bonne compagnie: le pot de terre à la soupe aux herbes et au beurre, en bons hermites et en bons Catholiques, sur la table, auec vne grande culière de bois dans le pot, pour y prendre chacun sa portion à sa phantaisie. Mais ie ne sçais comment ie m'allay souuenir, que la culière de la marmite de Platon 2) estoit de figuier, ce qui nous embarasse fort, car on en veut absolument vne de mesme nature au premier jour, et cependant on a de la peine à croire, qu'vn tel bois soit propre pour cela. Ce sont là de grandes nouuelles à Vous dire! Nous verrons, si ce bois de figuier n'auroit point quelque propriété particulière pour la soupe.

J'oubliois à Vous dire, que le Père Rapin m'a donné vn liure pour Vous; je Vous l'enuoyray par la

première commodité. J'ay fait chercher et rechercher ce beau liure de trois écus; il n'y a pas vn moyen de le trouuer. Cependant, si Vous le désirez absolument, je Vous l'enverray. Si Mr. de Bonrepos est en Hollande, Vous n'auez qu'à le laisser faire, sans dire que vous ayez vn fond d'argent à moy. Adieu, c'est

Tout Vostre

F. BERNIER

A Paris 10e Mars ï 686.

Monsieur,

Il y a justement aujourdhuy six jours que le petit Ballot de Liures est parti, selon vostre adresse, pour Rouen, de façon que, si vostre Correspondant et Neptune ont fait leur deuoir, Vous pouuez déjà l'auoir receu. Il n'a pas tenu à vous qu'il ne soit party plutost, mais vos lettres selon l'adresse estoient un peu vieilles, et ces Messieurs de Cour ne se pressent pas trop. Je Vous aurois aussi écrit plutost, sans que le Correspondant n'a pas esté ponctuel à me faire réponse. J'ay enfin receu 40 Exemplaires du Liuret; je m'en vay après ces festes en faire présent aux magni-magnos. S'il estoit tel que Vous le faites, tout iroit bien. Un peu moins de tendresse pour les Amis ne gasteroit rien: ce que vous aviez dit du Sublime suffisoit, et Monsieur Jurius à l'égard de Monsieur le Prince pouroit bien nauoir pas tout le tort; c'est là le sentiment de l'Héroine '). Nous Vous trouvons naturellement comme le

bon vin d'Italie: dolce picquante; et nous Vous voudrions mesme plustost, malins comme nous sommes, picquante dolce.

L'on commence fort à crier contre le Malbranchisme 2). Je ne sçais, comment Vous racommoderez tout cela; cependant il y en a qui disent à l'égard des deux tenans, que c'est la pèle qui se mocque du fregon. L'on dit, que c'est Vous qui est cause de ces grands et longs combats, et que Vous auez animé les Dogues qui ne faisoient que se regarder de trauers.

Nous auons icy depuis 15 jours le R. Père Couplet *), reuenu de Rome, où il a fait son petit Chinois Jésuite comme luy. Nous espérons qu'ils nous donneront toutes les oeuvres de Confusius traduites: il y auroit grand plaisir de voir ce que ces Messieurs de l'autre monde pensoient de leur costé sur la Morale, à peu près au mesme temps que Socrate y pensoit du sien.

L'Histoire de Mr. de Thou, que je Vous enuoye, est de la meilleure édition au sentiment de nos Bibliothécaires 4); il y en a bien une austre qui seroit à meilleur prix, mais elle n'est pas complète. J'y ay ajouté l'Index des mots difficiles; c'est un Liure rare, et comme il n'estoit pas trop cher, j'ay cru bien faire, si bien qu'ayant le liuret de Thuanus restitutus, imprimé en Hollande, Vous aurez tous les Ouurages de Mr. de Thou. Vous donnerez, s'il vous plaist, dix écus à Monsieur Desbordes. Adieu, C'est

Tout Vostre

F. BERNIER, A Paris XI Auril 1686.

IÇO FRANÇOIS BERNIER

Monsieur,

La vérité est, dit-on, que le petit Liure ') est trop long, et qu'assurément Vous n'auez pas voulu Vous donner le loisir de le faire plus court. Cependant on revient volontiers à cette longue Préface, on la relit auec plaisir, on voudroit qu'elle ne finît point sitost, et l'on ne sçauroit s'empescher de Vous pardonner de bon coeur vostre prétendue longueur. L'on dit aussi, que Vous auez raison, et qu'un Mr. Arnaud deuoit, en bon Janséniste, prendre les paroles du P. M. dans le sens que Vous les prenez; mais ce que je trouue de bizarre en cecy, c'est que quelques vns des plus fins Disciples de ce Père suruienent à la trauerse et soutienent, que de les prendre dans vn autre sens que celuy de M. A. c'est n'estre pas initié dans les Mystères Malbranchistes, et que s'endormir doucement et agréablement quand on en a bien enuie, ou que boire un grand verre d'eau quand on meurt de soif, c'est là alors le souuerain Bonheur, la souveraine Félicité. Admirable Doctrine!

J'enuoyay hyer le petit Liure à l'Héroïne, nous verrons ce qu'elle en jugera. Vous donnerez, s'il Vous plaist, encore de mon thrésor à Monsieur Desbordes trente sols pour les deux petis Liures, qui se sont échappez auec le vostre; j'ay fait rendre les deux autres à Mr. de Vizé 2). Je crois que Vous aurez présentement receu vostre dernier Ballot de Liures, parce qu'il y a déjà du temps que Mr. le Gendre de Rouen 5) m'a écrit qu'il l'auoit receu, et qu'il Vous l'enuoyeroit au plustot. Ayez, je Vous prie, la bonté de faire tenir seurement l'incluse à Madame du Fresne, elle a épousé

le fils d'un Monsieur de Late, Hollandois, elle s'est sauuée depuis deux mois comme les autres, et c'estoit une de mes meilleures Amies. Souuenez vous toujours de mettre sur le conto du Philosophe aisé 4) tous les ports de Lettres. Ne Vous lassez point de nous donner icy de vos commissions; nous nous en acquitterons toujours auec bien du plaisir.

C'est tout votre

F. BERNIER

A Paris 15. May 1686.

Monsieur,

Il a long tems que Vous ne nous ordonnez plus rien par deçà. Je ne sçais, si je vous l'ay déjà dit: n'ayez pas de peur de m'importuner, et donnez vous bien de garde de vous adresser à d'autres; je vous estime, je vous aime, je suis assez accommodé pour un Philosophe Indien, — que faut- il dauantage! Nostre Héroïne lit toujours vos Hures auec beaucoup de plaisir; elle a esté indisposée, mais elle se porte mieux. Mon petit liure ') m'a pensé faire des affaires; cependant on commence à s'y accoutumer, et on commence à ne dire plus sinon que cela est vn peu trop hardy. J'attens auec impatience ce que Vous m'enuoyez par la voye de Mr. de Bonrepos. Vous payerez, s'il Vous plaist, les petis liures à Mr. Desbordes au mesme prix que les précédens. Je doute fort que Mr. Jurius ait pris votre conseil auant que d'entreprendre son

dernier ouurage 2), mais ne luy en dites rien: ce qui est écrit, est écrit. Faites luy seulement bien mes complimens. Faites aussi, s'il vous plaist, sçauoir à Mr. Desbordes, que si j'attens si longtemps à luy faire réponse, ce n'est point par oubly, ni par paresse, mais c'est qu'on ne sçauroit rien tirer de positif de Mr. l'Abbé Furetière 5). Il espère toujours d'obtenir le Priuilège de faire icy imprimer son Dictionaire, et il est à craindre qu'il n'attende encore long temps. Dieu veuille, qu'il ne meure point auparauant! Enuoyez moy, s'il Vous plaist, par la première commodité l'Histoire de Chine en Latin par Martini, les nouueaux Interests des Princes de l'Europe, la Vie de Mr. de Turenne, et sur tout le dernier Liure de Mr. le Clerc contre le P. Sirmoni); le tout à mes risques et sur ce qui Vous peut rester de mes finances.

C'est toujours une chose bien fâcheuse à tous nos Sçauans, qu'il y ait tant de peine à auoir vos Nouuelles: »jusques à quand est-ce?« etc. Ma dernière, qui passa par vostre Canal à la Dame à Amsterdam, a bien fait du fracas, dont je ne suis pas trop fâché. Le mal est que tout cela n'aboutit à rien: le pauure Mogol sera toujours la duppe, — grande piété, grande Religion, mais garde la bourse, s'il y a seulement le moindre petit prétexte. Voilà comme beaucoup de gens sont faits. Je ne sçais pourtant, si je ne me mettray point enfin en colère. Mais, qu'auez vous affaire de tout cela? Adieu, Valete et gaudete.

F. BERNIER

A Paris 26e Juillet 1686.

Je vois bien que Vous auriez bonne enuie de me seruir; aussi Vous en suis-je autant obligé que si Vous le faisiez. Mais cela ne se pouroit sans découurir la turpitude de gens, qui autrefois ont esté de mes amis, et puis je ne sçaurois me résoudre à affliger l'affligé; je n'ay pas mesme le courage de m'en prendre à ce vieillard mourant qui est icy, quoy qu'il le méritast assez. J'aime mieux attendre; peut estre qu'un jour le remord les prendra, et qu'ils feront réflexion sur les bons offices que j'ay toujours rendu à toute la famille et sur le mal qu'un autre, moins Philosophe, leur auroit pu faire.

Je fus hyer dîner auec l'Héroïne ; il fut conclu, qu'on ne se lasseroit point de lire Monsieur Bayle, de l'estimer et de luy vouloir du bien, quelque chose qui pust arriver. Nous auions résolu de Vous enuoyer une petite Pièce manuscrite, qui apparemment auroit esté de vostre goust, mais nous dîmes »mais«, et puis »mais«. De tout ce qui nous deuoit venir par la voye de Monsieur de Bonrepos ne folium quidem, — patientia! et ce qui doit venir par Mastrik a la mesme sort; il faudra encore dire patientia! Je ne suis point si fort abymé dans la Philosophie, que je n'aye déjà écrit en Angleterre pour les nouuelles Lettres du Surius à Vossius ') et je Vous prie bien fort que je ne sois pas des derniers à auoir celles de Grotius2); je ne crois pas qu'on fasse difficulté de laisser passer ces sortes de Liures là. Si je sçauois que Monsieur du Rondel agréast un de nos Abrégez et qu'il me voulust marquer

194 SAMUEL CHAPPUZEAU

la voye, il m'en reste encore quatre; je luy en enuoyerois très volontiers vn. Je pensois Vous écrire par Monsieur de St. Didier *), mais je n'eus pas le loisir. Vale, sapere aixde.

F. BERNIER

A Paris 12e Septembre 1686.

SAMUEL CHAPPUZEAU

[Mai 1699].

Monsieur,

Je deuois vous avoir rendu, plutôt que je ne fais, très humbles grâces de l'obligeante manière, dont il vous a plu de parler de l'ouurage ') auquel je trauaille incessamment, dans la belle Préface de l'excellent Dictionaire Critique, dont après tant d'autres doctes écrits vous auez enrichi la République des Lettres. Je le vids la première fois à Hambourg, chez vn de vos amis, à qui vous l'auiez enuoyé il y a vn an; et depuis à Berlin dans la Bibliothèque de Mr. de Spanheim 2), où je l'ouuris en diuers endroits pendant vne aprèsdînée. l'y remarquay par tout vne profonde et singulière érudition, sans toute fois auoir dessein de m'en préualoir, ni de vous rien dérober de la gloire qui vous est due; et c'est par cette vnique raison que je n'ay point voulu en auoir vn exemplaire, de peur d'être tenté de mettre la main sur tant de richesses que j'y aurois vues. le doute même, Monsieur, qu'on vous ait

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fait de larcin considérable pour la dernière édition du Dictionaire de Moréri '), où j'ay remarqué qu'il y a très peu de changement, très peu d'additions ou de corrections, puis qu'on a suiui par tout la septième édition, page pour page, et qu'il y a pareil nombre de feuilles dans l'vne et dans l'autre. On assure toutefois au grand titre : Qu'on a corrigé les fautes censurées dans le Dictionaire Critique de Monsieur Bayle, et grand nombre d'autres, et ajouté quantité d'articles et de remarques importantes ; ce que je n'ay pu encore bien découurir, et ce qui aussi ne s'y peut trouuer. Ainsi il est facile d'imposer à l'acheteur, qui croit de bonne foy qu'on luy donnera dans le livre ce qu'on luy promet au titre. Il est certain, Monsieur, que dans mon Ouurage je donne plus que je ne promets. Si vous en auez encore quelque bonne opinion sur le projet que j'en publiay il y a trois ans, et que vous aurez peut être lu, je prendray la liberté de vous prier très humblement de vous dérober quelques momens pour jetter les yeux sur les papiers qui accompagnent vne lettre que j'écris à Mr. Leers. C'est mon même projet, mais de beaucoup augmenté et manuscrit, auec quelques cahiers de chacune des trois premières lettres, afin que si vous jugez, Monsieur, qu'un Dictionaire Historique, Géographique, Chronologique et Philologique, fait exactement sur ce plan-là et sur les échantillons que j'enuoye, sera vtile et agréable au public, et surtout aux Protestans, vous ayiez la bonté d'en dire votre sentiment à Mr. Leers, auec lequel pour de bonnes raisons j'aimerois mieus traiter qu'auec aucun autre. Au reste, Monsieur, je ne dois pas me flater que vous approuuiez toutes mes délicatesses sur les mots Eglise, Religieux, Catholique, Terre Sainte etc., quoy qu'au fond,

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si je ne suis pas dans ces rencontres les routes vulgaires, je ne m'éloigne toute fois pas de l'vsage reçu, même dans la Communion de Rome; et ainsi il me semble qu'on ne me peut raisonnablement blâmer. Quand, sur la fin du même projet, je viens à parler de le Critique, je n'entens parler que de celle, qui n'est ni solide, ni raisonnable; et je conclus que sans être bon critique on ne peut être sçauant. C'est en cela que j'ay eu particulièrement en vue le célèbre Polygraphe monsieur Bayle, dont les ouurages sont généralement estimez de tous les doctes, qui sont auec cela honnêtes gens, au nombre desquels je ne compte pas ni l'Injurius ni ses adhérens. Car ce n'est pas le tout d'être scauant: il faut aussi être bon chrétien et hon-

nête homme, qualitez incompatibles auec vn zèle indiscret, vne trop forte opinion de soy même, et vn désir effréné de vengeance qui ne se rallentit point. Quoy que, malgré ces gens là, votre réputation, Monsieur, soit bien établie dans le monde, et que vos excellens ouurages parlent hautement pour vous, je n'ay pu me dispenser y parlant de quelques illustres qui portent le nom de Bayle, de vous donner aussi vn article dans mon Dictionaire, si ce n'est que vous croyez, qu' Ab illaudato laudari vituperium sit. Quoy qu'il en soit, l'éloge que j'y donne au célèbre Mr. Bayle est très bien fondé, et je l'ay fait d'aussi bon coeur, que je suis,

Monsieur, Votre très humble et très obéissant seruiteur

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