CLAUDE
J'ay toujours attandu, mon très cher Monsieur, de répondre à votre lettre du 24 May, que j'eusse receu des nouuelles du balot que vous dittes avoir confié à
M. Wettsten '), sous mon addresse. Mais comme le tans est passé, il y a plus dvn mois, au quel les baies de Francfort arrivent, il faut croire que celuy cy a eu la même fatalité que les autres, et que votre libraire ne s'est pas acquitté fort fidellement de votre commission, puis que s'il l'avoit envoyé, je l'aurois receu sans doutte. Mr. le Profess. Wettsten, son frère, étant de mes amis, n'auroit pas mancqué de me l'addresser, comme il a fait en d'autres occasions. C'est cela, M. t. c. M., qui fait que ie vous prie très humblement, que quand vous aurez dessein de me faire voir quelque chose de votre fasson, de l'addresser à Mr. Henry Samuel Cromelin, Marchand à Harlem, pour Mr. Sauuage L'ainé, Marchand à Lausanne, qui me le remettra sûrement, et celuy cy n'a pas mancqué de donner ordre au premier, de mettre dans ses baies ce qui luy sera confié pour moy. J'ay grande envie surtout de voir votre addition aux pensées sur la comète, et vous avez intérest que nous soyons bien instruits de vos véritables sentiments sur la préférence que vous donnez aux Athées sur les superstitieux et les Idolâtres. Car bien des gens vous font vn crime de ce que vous avez écrit là dessus; mais d'autres vous font justice, et nous avons icy Mr. Currie2), Prof, en Théologie, qui a enseigné la même chose que vous dittes, et moy dans vne dispute, soutenue il y a quelque tems, je n'ay pas fait difficulté d'adopter ce corollaire, que des vices opposez à la Piété la superstition étoit le pire, sans que personne y ait trouué à dire. Mais les partisans de votre fanatique crient au feu et au meurtre, quand ils ont lu dans votre ouurage le sentiment que vous y soutenez. J'ay lu votre Janua reserata^) il y a déjà
assez lontans, et nous l'avons dans cette ville. Je n'ay pas eu le coeur de vous écrire sur l'injustice qu'on vous a faitte; j'en ay été sans doutte plus touché que vous même, qui avez lame dans vne Situation qui vous met au dessus de ces bourrasques. Je me figure que quand on vous signifia cet arrêt, vous disiez avec vn de nos amis: ne metue clades fortiter feri asperas ; non imparatum pectus œmmnis gero. Cela n'a pas empêché, que ie n'aye biffé tout ce que vous dittes à l'avantage de ceux qui vous ont jugé, dans vne de vos préfaces de votre Républ. des lettres, et que je ne me sois écrié plus d'vne fois: o auris batava! Ils se sont fait plus de tort qu'à vous, car ils vous ont fait conoître par votre bel endroit, et on découure par là leur turpitude et leur foiblesse. J'ay eu le plaisir d'être confirmé dans ces pensées par mon beaufrère, quand il m'a parlé de vous et qu'il ma dit, avec quelle fermeté vous aviez receu cette disgrâce. Il m'a dit aussy, et ie l'ay lu dans votre lettre, auec quelle tendresse vous luy avez parlé de moy et auec combien d'empressement vous pensiez à la proposition, que ie vous avois faitte. J'y suis sensible, mon très c. M., autant qu'on le peut être, et autant que ie le serois sans doutte si la chose réusissoit; peust être, que poenam pro munere posco, mais je ne suis pas le premier qui a sacrifié son repos et son ayse pour sa famille. J'ay vu vne lettre de votre ville du 24 Juill., qui me dit que M. de Beauval avoit été fort mal mené par votre Timon 4), qui le convaincquoit dans vn écrit de plusieurs faux faits dont il l'avoit chargé, et que cela faisoit beaucoup de tort à notre amy. Mais ce sont des Psaphonis aves^) qui chantent de cet air là.
Je voudrois bien cependant être instruit de la chose. Je suis très humble serviteur à tout ces Mess. Banage, et surtout à M. de Flottemanville6). — Mon Systhema Ethico-Theol. est presque achevé; il y en a déjà 19 disputes publiées, il en reste encore 5 ou 6. J'espère de vous l'envoyer sur la fin de l'automne. — L'abondance est par la grâce de Dieu revenue, et le pain ne vaut plus que 2 sols la liure. L'Empire a deffendu tout commerce auec Genèue; cela ne s'accomode guères auec l'avidité pour le gain de ces Messrs là. On fait icy du monde pour L. H. P.?), qui va en Piémont; mais que toutte la nation y seroit, les armes à la main, il n'en feroit pas de plus grands progrès, et il ne faut assurément rien attandre de ce côté. Ipsos ignavia fluxit, in enses, pour ne rien dire de pis. Nous sommes dans l'attante d'vne action en Flandres. Dieu conserve la personne de S. M. Britann., et le reste ira comme il pourra. — Nous n'avons pas des nouuelles à vous mander. Mr. Currie a déjà fait quattre disputes de Veris Prof eus, où ie suis sûr que votre homme ne trouuera pas son censé; quoy que selon mon sens, il donne trop dans l'opinion commune sur le sujet des Esprits et de leur apparitions. Si vous avez la bonté de m'envoyer vos additions sur la comète, demandez, je vous prie, à Mr. De Beauval les 3 derniers mois de 93 des ouurages des sçavans; on ne veut pas icy, non plus qu'à Genèue, séparer l'année, ....*) et les autres 9 mois. Ma femme [et] ma famille vous font mille et mille compliments et vous assurent de leurs soumissions. Pour moy ie suis autant qu'on le
*) Déchirure.
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peut être auec vn inviolable attachement, Mon cher Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur
B. C. De R.
A Lausanne 7/,7 Aoust 94.
HENRI DESMARETS
Monsieur,
Puis que vous avez dessein de déterrer feu mon Père1), par vne inhumanité bien glorieuse pour ses enfans, et que vous témoignez avoir besoin de quelque secours, pour le mieux exposer sur le lit de parade que vous luy préparez, je prens la liberté de vous envoyer son Système de la dernière édition, son Oraison funèbre, le Catalogue des Livres qu'il a publiez, avec la datte de leur impression, et enfin les vocations qui luy ont été adressées dans le tems qu'il a servi l'Académie de Groningue. Vous trouverez, Monsieur, dans son Système, parmi les différentes Epitres dédicatoires, vne Inscription qui s'adresse à mon Frère et à moy, qui vous fera conoître, que mon frère, qui naquit à Maestricht l'an 1635, après avoir servi l'église Françoise de Groningue quelque tems, fut apellé en 1654 au service de l'église de Middelbourg, d'où il a été tiré en 1662 à celle de la Haye, en laquelle Principlbus placuisse viris non infima laus ivsi fuit, et c'est le point qui l'a fixé. Pour moy,
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Monsieur, j'ay peine à vous dire ce que j'ay été, si ce n'est que je n'ay rien été, et que je ne suis encore rien. Feu mon Père m'a laissé en partage tous ses manuscrits, comme les croyant mieux employez qu'à mon frère; mais je suis retourné sur mes pas, pour avoir remarqué peu de sincérité et de générosité, au contraire beaucoup de haine, d'envie, de malignité parmi les gens de lettres, et sur tout parmi les Théologiens; ce qui donne hautement le démenti à ce mot: Didicisse fideliter artes e mollit mores etc.2). C'est de quoy nous pouvons bien nous plaindre, mon cher Monsieur, mais que ni vous ni moy ne redresserons jamais. Au reste, après que Dieu vous aura fait la grâce d'achever heureusement le grand travail que vous avez en main, qui est ce qui aura soin après votre mort de faire votre Portrait en miniature, vous rendre ce que vous aurez prêté à tant d'autres, et conserver à la Postérité les hautes idées quelle doit avoir de vos excellens dons? Est ce qu'à l'imitation du ver à soye, à qui l'on donne ce mot »Sibi vincula nectiU, vous vous ensevelirez dans l'or et dans la soye que vous vous serez fournies par votre mérite à vous même? Ou bien faudrat il que la Postérité attende, que longtems après elle voye renaître de vos cendres vn nouveau Phoenix, qui dans l'Empire des lettres ait quelque rapport à vos admirables qualités? S'il s'en rencontre vn qui vous soit en tout semblable, il aura comme Vous sa bonne part et aux Louanges des gens d'esprit et aux persécutions des malhonêtes gens de son siècle. Comme c'est là votre sort, je vous prie, Monsieur, de ne point perdre courage: Les tems pourront changer et vous rétablir avec honeur invita ipsâ invidiâ. Si res mei foret arbitrii, etiam plus obtineres quam amisisti, et
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pro securi ferreâ auream referres. Quicquid sit, Tu Regum opes œquas animo. C'est ce qui est aussi véritable que je suis et seray inviolablement,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur