‹ Choix de la correspondance inédite de Pierre Baye, 1670-1706Chapitre 36 sur 77 · DES MARETS · texte numérisé non relu

DES MARETS

De Noortwyck ce 21 de May 1697

L'ABBE DE VILLE

De Chambéry, le 31 aoust 1686.

J'ai suiet de me plaindre, Monsieur, de la manière peu honneste, dont uous parlés de moi dans l'article des nouuelles de la république des lettres du mois de iuilliet au supplément. Vous me faites autheur d'un liure où mon nom n'est point, et sur une lettre borgne uous me uoulés donner un air ridicule. En uérité, Monsieur, uous uous faites tort en faisant des extraits des misérables mémoires qu'on uous fournit, qui n'ont rien de commun auec les préiugés contre le Jansénisme, et, si ie le puis dire sans uous fascher, qui n'ont rien digne d'estre connu des sauans de l'Europe. J'espère,

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Monsieur, que uous ne me citerés à l'auenir que quand uous serés sûr que ie suis auteur et qu'alors uous ne publierés point de misérables reproches personnels. En uérité, pourquoi attaqués uous un homme qui ne uous a iamais rien fait et qui n'est coupable que d'auoir découuert les urais caractères du plus grand ennemi des protestants et du plus insigne trompeur qui ait iamais esté dans l'église romaine? Ne violés pas le droit des gens; gardés des mesures d'honnesteté dans uos nouuelles; obserués les règles de la charité chrétienne; ne parlés que des ouurages, laissés les personnes des auteurs anonymes en repos, et uous en serés beaucoup plus approuué. Mes religieux uous remercient de ce que uous les mettes dans les nouuelles de la république des lettres; quoiqu'ils ne soient pas de grands hommes, ils sont de fort honnestes gens, qui uous remercient de uostre obligeant souuenir. Au reste, Monsieur, la protection que S. A. R. de Sauoie a donné à cet ouurage, m'a fait croire, que uous uous repentiriés d'auoir parlé dans uostre supplément si malhonnestement de celui que uous en faites l'auteur. Quoi qu'il en soit, souuenés uous de ces deux paroles: diligite homines , interficite errores1), et me croies uostre

très humble seruiteur

L'ABBÉ DE VILLE

Si la lettre apologique uous tombe entre les mains, ie uous prie d'y faire attention, au moins quant à la dernière partie; mais, au nom de Dieu, laissés le prétendu auteur en repos et ne parlés que de l'écrit; uous saués que ce sont là les bornes de l'empire de la république des lettres.

220 D HARMONVILLE

D'HARMONVILLE,

A la Haye, ce lundy [1682].

Je dois response, mon cher Monsieur, à deux de Vos Lettres. Je n'aurois pas tant tardé à Vous escrire sur la première, sans l'ambaras où je me suis trouvé à l'arriuée de mon Père. Je vous suis infiniment obligé de la part que Vous y prenez, et il se fait vne joye particulière de l'honneur de Vostre connoissance.

Dans les entretiens que j'ay eus cy deuant auec Mr. Desmarets1) sur l'employ d'historiographe, il ne m'a jamais parlé, qu'il y eût nécessité d'entendre la langue du pays, et je ne crois pas qu'il voit à propos d'esmouuoir cette difficulté. Il y a quelque temps que, parlant là dessus, il me dit qu'outre cet essay en françoys il en faudroit faire quelque autre en Latin. Je luy respondis qu'après que Vous auriez achevé La Vie de Gustaue2), s'il estoit nécessaire, Vous la pourriez aussy donner en Latin, et je pris cet expédient pour Vous espargner de nouvelles Lectures. Par là Vous pouuez voir 2 choses: L'vne que sa pensée n'est pas absolument de Vous attacher au prince, puis qu'il ne peut pas estre Juge d'vn Ouvrage Latin; L'autre que ne m'ayant formé d'autre difficulté que sur la langue Latine (qui n'en est pas vne à Vostre Egard), il faut bien que la connoissance de la langue flamande ne soit pas si absolument nécessaire. Quoy qu'il en soit, Nous le verrons venir là dessus, et je Vous auertiray de tout.

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Je viens présentement à Vostre dernière et au premier Chapitre de Vostre ouvrage, que Mr. Claude 5) me remit samedy au soir et que je n'ay fait que lire auec rapidité, le luy ayant rendu le lendemain matin pour le donner à Mr. Desmarets. Je ne conçois pas qu'en si peu de temps Vous ayez pu si fort auancer cet Ouvrage, et en cela il y a, sans hyperbole, du prodige ou fort aprochant. Lors qu'il nous repassera par les mains, Nous le lirons ensemble, Mr. Claude et Moy; et puisque Vous le voulez ainsy, Nous Vous dirons franchement Notre pensée sur les endroits que nous croirons deuoir estre retouchez, sauf à Vous d'y auoir tel égard que Vous jugerez bon. Car lors qu'on en est paruenu où Vous estes, on se doit contenter de Vous proposer des doutes, et ce doit estre à Vous de les résoudre.

J'ay ouy dire qu'il y auoit vn des tomes du Mercure françoys*) presque tout remply des actions de Gustaue, je crois que Vous n'aurez pas grande difficulté de l'auoir. A Nostre première entreueue, Nous parlerons de la longitude et latitude de la Zone Torride, de mesme que des Nouueautez dont Vous me faittes part.

Je Vous prie, mon cher monsieur, de me croire

tout à Vous

D'HARMONVILLE.

Mr. du Breuil*), qui est de retour, Vous fait icy ses très humbles recommandations. Vous pouuez à l'auenir m'escrire à droitture: in de Nieuwe Molstraet in 't lant van beloofte.

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A La Haye, ce 22 Janer 1684.

Je Vous suis infiniment obligé, mon cher Monsieur, de touttes Vos honnestetez, quoy qu'elles sentent vn peu trop les compliments, qui doiuent estre bannis d'entre Nous. Je le dis ainsy pour m'excuser en quelque manière d'auoir tant tardé à Vous donner de mes nouvelles et à Vous souhaitter vne heureuse année ; je crois cependant que Vous estes bien persuadé des sentiments de mon coeur pour ce qui vous regarde, et de peur de tomber dans l'Inconuénient des compliments je ne Vous en diray pas dauantage. Mon Père Vous rend aussy très humbles grâces de l'honneur de Vostre souvenir.

Depuis Vostre départ je suis encore retourné à Amsterdam, et ce Voyage et quelques autres occupations m'ont vn peu dissipé. J'ay essayé vainement assez long temps de pouvoir joindre Mr. Dallonne1), qui de son costé a eu ses dissipations. Je voulois Luy remettre ses remarques sur Vostre ouurage, affin qu'il m'en fît mieux connoître les conséquences, mais ce qui a esté en quelque manière la cause principale de ma négligence, c'est que Mr. de Beaumont m'a fait part de quelques considérations que Vous faisiez sur || la publication d'vn ouvrage de cette nature. Je suis entré comme je le deuois dans ces considérations, et je trouve qu'effectiuement dans vn temps comme celuy cy il n'est pas à propos de se faire des affaires de gayeté de Coeur, et sans vne aparente vtilité. Quelque bonne Intention qu'ayt Mr. Desmarets, elle peut estre 1 infructueuse, ainsy l'on ne sçauroit mal faire de garder des Mesures. Je me destinois d'aller passer quelques

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heures auec Vous pour nous entretenir de touttes ces choses à fond et songer comme quoy Nous ferions entrer Mr. Desmarets dans tous ces ménagements; mais le temps a esté trop rude. Sur cela je trouue qu'il y auroit deux routtes à tenir: l'vne d'en demeurer à ce que Vous auez fait, et faire sentir à Mr. Desmarets ce qu'il faut pour Luy faire aprouuer Vostre retenue; ce qui ne sera pas bien difficille, lors qu'on y aura vn peu pensé; l'autre d'acheuer l'ouvrage, la communiquer, mais ne le point donner au Publiq, que l'on ne voye quelque chose de sens. C'est à Vous à choisir de ces deux Routtes ou à m'en ouurir d'autres, et je ne manqueray pas d'agir suiuant Vostre Intention, Vous priant d'estre persuadé que, quoy que je Vous aye en quelque manière inspiré cet ouurage, je ne me feray jamais de la peyne de Vous le voir quitter par des raisons qui soient capitales à Vostre establissement ou à Vostre satisfaction, et c'est pourquoy Vous me pouuez dire sur cela librement Vostre pensée. Au reste, ayant rencontré Mr. Dallonne, je luy ay remis Vostre manuscrit et ses remarques. Il deuoit venir dans cette après dînée, et Nous en deuions conférer ensemble, mais quelques affaires l'en ont aparemment empesché. Que si Vous estes pressé du manuscrit, faittes le moy sçauoir; car il me sera facile de le retirer sauf après d'auoir ses remarques. Vn mot d'auis là dessus, s'il Vous plaist.

Je n'ay point encore veu Les Dialogues de Mr. Frérnont2). Il me paroît vn peu froid pour les ouvrages de Raillerie. Lors que j'estois à Paris, il trauailloit à vne Traduction des Liures de Salomon, auquel, pour éuiter toutte dispute, il ne vouloit donner que le nom de parafrase. Cet ouurage est bien différent de celuy

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dont Vous me parlez, qui ne m'a point paru encore icy. Je ne sçay, si L'histoire de France, à laquelle travaille Mr. de Courdemoy^), n'est point vne suitte de celle de Du Chesnei), dont Mr. Colbert auoit recouuert les manuscripts. Pour les traittez de Mr. Charpentier 5), j'ay peu de Curiosité de les voir.

J'ay leu quelque chose de la response du P. Mallebranche à Mr. Arnaud6). Tout ce qui n'est point métaphisique m'en plaist extrêmement; pour le reste, il n'est pas fait pour vne teste comme la mienne, et je m'y perds. Voilà Mr. Arnaud accablé de touttes parts.

Je suis, mon cher Monsieur, tout à Vous

D'HARMONUILLE.

Mr. du Breuil, qui est icy depuis deux jours, me charge de Vous faire ses recommandations.

Ce samedy au soir [2. Juillet 1684].

Il est vray, mon cher Monsieur, que je me suis donné la liberté de faire vn auertissement au deuant des contes de Mr. de La Fontaine. Je l'ay cru absolument nécessaire pour le justisfier, autant que la matière le peut permettre. Lors que j'y trauaillay, je n'auois pas l'ancienne édition où il y a deux préfaces de Luy, et je Vous auoue franchement, que les ayant reueues du depuis, je les trouuay si viues et si pleines, que je fus tenté de supprimer ce que j'auois fait, porté à cela par vn petit sentiment d'amour propre; et si j'ay résisté à la tentation, c'est que j'ay cru: i° qu'un très médiocre

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auertissement ne pouuoit faire aucun tort à vn exellent ouvrage, et enfin que l'opposition de mon stile à celuy de Mr. de La Fontaine le justisfïeroit pleinement de la part qu'on luy pourroit donner à l'Impression qui en a esté faitte. Je Vous diray de plus, que tout cela a esté fait sans Luy en auoir rien mandé. J'ay cru en deuoir vser ainsy, pour ne luy point attirer d'affaire sur les bras, car, comme Vous le sçauez, nous sommes dans vn temps de circonspections et de ménagements. Il y a quelques jours qu'il m'escriuit sur l'auis qu'il auoit eu à Paris de cette Edition, affin de la faire supprimer, s'il se pouuoit; mais je me suis moqué de cette pensée. Il est vray qu'il ne croyoit pas qu'elle fut auancée et que j'en eusse pris le soin. Car à Vous parler franchement, Je me suis donné la liberté de faire quelques retranchements par cy par là, surtout aux contes qu'il n'auoit pas encore reueus; peut estre en seray je grondé. Dans le pénultiesme Article de l'auertissement j'ay aduerty du. retranchement de plusieurs pièces, qui estoient dans l'ancienne Édition, qui seroient mieux placées ailleurs, je veux dire dans le Volume des poésies diuerses; par Exemple les amours de Mars et de Vénus1) font partie du songe de Vaux2). Enfin ce premier Tome ne contient absolument que les contes et quelques Epigrammes. Il faut que Vous ayez cherché le bon mot de Mlle D'Alix malade sur le Confesseur, mais je le trouve fort bon sur la Malade qui vouloit faire accroire, que ce Père André estoit son confesseur ordinaire *); cependant il y auoit dix ans qu'il estoit mort, et comme ce conte n'est point trop eslogné de la vraysemblance, ce pourroit bien estre vne histoire véritable, que Mr. de La Fontaine a

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voulu mettre en Vers. Vous sçauez que les Casuistes relâchez, qui permettent d'auoir deux confesseurs, vn ordinaire et vn extraordinaire, disent qu'on peut réseruer certains cas au confesseur extraordinaire, pour se maintenir en réputation auprès du confesseur ordinaire. Peut estre eût il esté à souhaister, que Mr. de La Fontaine n'eût pas finy si court; mais d'vn autre costé il faut fuir touttes les circonstances inutiles, outre que je n'ay pas reconnu jusque à présent, que cela eut fait de la peine à personne. Comme j'espère d'aller Lundy à Roterdam, je Vous expliqueray les Tailles douces, qui vous auront fait quelque peine. C'est vn grand Inconuénient que cela soit ainsy. Peut estre que le Titre est ce qui Vous a fait de l'embaras; j'ay prié Mr. des Bordes de le supprimer tout à fait, car c'est la plus inpertinente chose qui aye esté fait et vn peu Galimathias du Graueur, qui a voulu faire la chose de son chef. Il sera bon, que Vous insistiez auec moy pour le faire supprimer. Quant au reste des planches, il y en a de très bien exprimées, beaucoup de médiocres et quelques vnes de très méchantes. Comme il n'y en a encore que 250 Exemplaires de tirez, on prétend les faire retoucher. — Parlons d'autre chose. J'ay déuoré Vos Nouvelles Lettres 4), et elles m'ont extraordinairement diuerty. Jamais je n'ay veu tant de matières en si petit espace. Il y a telle Lettre qui méritoit d'estre imprimée à part, et qui à mon sens perd quelque chose d'estre placée auec le reste de l'ouvrage. Mais cette perte Vous regardera personnellement, car l'ouvrage n'en est que plus prétieux. J'auray l'honneur de Vous en dire dauantage à nostre première entreueue. Vous auez pris coeur [?] sur le fait de Mr. Le Noir 5), qui n'est pas encore arriué et

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que j'attends du jour à autre; si je le vois auant Vous, je Luy feray part de touttes Vos honnestetez. Bonjour, mon cher Monsieur. Je suis tout à Vous

D'HARMONUILLE.

Mr. Bernier6) est passé en Angleterre et ne tardera pas de venir en ces quartiers. Mes saluts s'il Vous plaist, à Monsieur Briot et à Vos autres Messieurs.

Mr. Texier?) de Nismes, qui a fait l'Éloge des hommes illustres du siècle passé, doit enuoyer en ce pays à Mr. Petit8) vn coppie augmentée pour la faire imprimer, et jusques alors Mr. Petit Vous supplie de ne pas parler de son ouvrage, au moins de ne le pas faire qu'il ne Vous aye fourny quelque Mémoire.

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