‹ Choix de la correspondance inédite de Pierre Baye, 1670-1706Chapitre 45 sur 77 · MALEBRANCHE · texte numérisé non relu

MALEBRANCHE

Monsieur,

Le passage tiré de St. Aug. , ch. 30 du livre de quantitate animae, ne prouve nullement que de son tems il y avoit des gens qui croyoient, que les bêtes n'ont point dame. Je vous l'avois écrit sur la foi d'une autre personne, parceque ce texte est si formel, séparé de ce qui le précède, qu'il ne me sembloit pas nécessaire de l'examiner dans le livre dont il est tiré, et vous êtes si peu attaché à vos sentimens, que vous l'avez cru vous même. Nous avons, Monsieur, été trompés tous deux, et apparamment nous avions raison de croire, que jusqu'à Pereira1) personne n'a soutenu ce sentiment si extraordinaire et qui est devenu si commun par l'évidence des preuves qu'on en a données dans notre siècle. La même raison qui vous a porté à rendre public l'avis que je vous ai donné, vous fera encore publier que cet avis étoit mal fondé. Vous tournerez, Monsieur, cela comme il vous plaira. A lire le passage tel qu'il est rapporté dans votre journal du mois d'aoust, qui ne croiroit, que du tems de St. Aug. il y avoit des gens qui croyoient, que les bestes n'ont point d'âme? Mais St. Augustin vous dit seulement, qu'il y avoit des Sçavans qui pensoient, que l'âme, soit des hommes, soit des bestes, n'étoit point dans le corps qu'elle animoit. Cela est évident par ce qui précède ce passage. Au reste, Monsieur, ce dernier avis ne vous fera point de tort; il marquera, que vous avez de l'amour pour la vérité et que vous ne prétendez nullement à l'infaillibilité.

M. Nicolle n'est point l'auteur du Traitté de la Volonté2), dont vous parlez à la fin du journal de

lanvier. Je suis très certain de ce fait. C'est Mr Améline, Archidiacre de Paris. Mais je ne sçai, s'il veut bien qu'on le sache.

C'est toujours, Monsieur, un inconnu qui vous parle et qui est votre très humble serviteur.

le 21 de Mars.

Le 25 Mars 85.

Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre de M. l'Abbé C[atelan]'); je me donnai l'honneur de vous écrire il y a 4 ou 5 jours, et je pense que vous aurez receu ma lettre. L'Abbé Cat. n'est point de l'Académie des Sciences ni d'aucune autre; c'est un fait de peu de conséquence, sur lequel vous étiez dans l'erreur. Je viens de recevoir la dissertation de M. Arnaud2); je l'ai lue et je la trouve extrêmement faible. Je pense néanmoins, qu'il faudra y répondre. Il y a bien de la différence entre le pouvoir que nous avons de suspendre notre consentement, et celui de nous éclairer et de nous mouvoir, et encore plus celui de remuer notre corps et de changer les modifications des substances, et j'espère pouvoir bien prouver, qu'il n'y a nulle conséquence de l'un à 1 autre. Ce qu'il y a de plus malin dans cette dissertation, c'est que l'auteur m'impose que je dis, que Dieu n'agit jamais par des volontés particulières, quoique j'aye dit au moins 20 fois le contraire. Il espère par là me rendre odieux. 2do. en ce qu'il me fait prouver par 1 Écriture ste., que Jés. Ch.

et les anges sont des causes occasionnelles, ce que je n'ai jamais prétendu, mais seulement que, supposé que Dieu seul soit cause véritable, Jés. Ch. et les anges, qui ont receu puissance pour produire différens effets, c'est une nécessité qu'ils soient causes occasionnelles. En un mot, je prouve par raison, que les créatures n'ont de puissance que par ce qu'elles sont établies causes occasionnelles, et cela posé, je prouve par l'écriture, que Jés. Ch. l'est de la grâce, et les anges des récompenses des juifs. Je suis, Monsieur, si pressé, que je sens bien que je m'explique mal. Mais si vous relisez l'éclaircissement des anges, vous verrez bien que M. Arnaud me fait dire des sottises, que je ne croi pas que personne soit capable d'avancer. Tout son livre me paroît un galimatias perpétuel. J'ai oui dire, que quelques personnes travailloient, afin que vos journaux vinssent ici librement; je souhaitte que cela réussisse, afin d'en pouvoir profiter plus promptement. J'en ai lu et relu onze avec beaucoup de satisfaction, mais je n'ai point encore eu le bonheur de voir celui de février et de mars.

Je suis,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

A Paris ce 22 Janvier 86.

Monsieur, Du moins faut il qu'une fois l'an je me satisfasse. Je vous interromps dans vos occupations, mais je ne

puis m'empêcher de vous dire, que je me souviens et que je me souviendrai toujours de l'obligation que je vous ai. L'amour de la vérité vous a porté, il y a quelques années, à favoriser l'impression de ma ière response à M. Arnauld'), et sans votre secours je ne sçai ce que mon livre fust devenu. Je voudrois bien vous dire cela tous les ordinaires, mais vous ne le pourrez souffrir. Souffrez du moins, Monsieur, je vous en prie, que je vous le dise une fois l'an.

On dit ici, que M. A. n'est pas content de vous et qu'il s'en est plaint à vous même. J'ai peine à le croire, car cette plainte seroit offensante. Pour peu qu'il entende mes sentimens, il me semble qu'il peut juger, que vous l'avez épargné. Assurément il n'y a pas un seul chapitre dans sa dissertation et dans son ier vol. de Réflexions2), où il ne prenne de travers mes sentimens. Cela est assez prouvé par ma réponse, et il devroit en voir quelque chose. Mais cela est encore prouvé plus au long dans celle que l'on a envoyée à M. Léers, que je voudrois bien, Monsieur, que vous eussiez vue. Il y a déjà plus de trois mois, qu'il a la ière partie, et il remet présentement l'impression au mois d'Avril. N'y auroit il point moyen de la faire imprimer plutost? Cela est bien fâcheux que je sois calomnié par des livres publics d'un homme qui a de la réputation, et que je ne puisse pas faire sçavoir que je desavoue ce qu'il combat avec tant d'appareil. Est ce que M. Léers m'abandonneroit, dans le tems que jaurois plus de besoin de son secours? Je fais mes responses les plus courtes que je puis, et il ne sçauroit trouver le tems de les imprimer. Que puis je, Monsieur, penser de cela?

Les lettres volantes de M. Ar. sont assez communes à Paris. Ce ne sont que des détours, par lesquels il couvre ses calomnies, rendues plausibles par un air de modération et confirmées, pour ainsi dire, par un serment; j'entens sa protestation devant Dieu. J'ai répondu à sa protestation dans ma ière lettre, en protestant moi même aussi devant Dieu, qu'il n'y avoit point de chapitre où il attaque ce que je pense, dans sa dissertation et dans son ier vol. de réflexions, où il n'ait pris de travers mes sentimens. Si on pouvoit croire, que M. A. s'est trompé sur ce qu'il s'imagine être mon opinion, je serois content. Je vous prie, Monsieur, de suivre M. Arnauld dans quelqu'un de ses détours et de confronter les passages.

Le ier, par exemple, de sa ière lettre, environ à la 15e page, je ne peux la marquer exactement, par ce que je l'ai prestée; où il dit: Remarquez bien ce Car. Là M. A. apporte plusieurs passages pour expliquer en apparence celui de la Page 327 de l'éclaircissement, qu'il critique, et ce n'est que pour l'obscurcir, car il n'avoit pour l'éclaircir que de ne point

retrancher ce que le *) où je dis, que la loi est

divine, parceque les Anges ont parlé de sa part, et après avoir consulté les loix éternelles que renferme le verbe divin. Lisez, s'il vous plaist, Mr, la page 327 de l'éclaircissement et le ch. 16 de ma réponse à la dissertation.

Vous m'obligeriez fort, Monsieur, si vous vouliez bien vous donner la peine de parcourir mon Manuscrit qu'a M. Leers, et mêmes de le garder soigneusement chez vous, parce qu'on dit qu'il va faire un voyage. On

*) Lacune.

vient de me montrer vos nouvelles du Mois de décembre; et l'avis qu'on vous a donnée), sur ce que vous avez dit de M. A., me fait vous dire, que je semis bien aise que vous eussiez vu mon Ms. J'aurois bien des réflexions à faire ici sur cet avis. Mais j'abuserois de votre loisir.

Je suis,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

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