NICAISE
J'attends auec beaucoup d'impatience vostre dictionaire et le Junius de pictura veterum8).
Dijon, le 30 auril 1696.
Je n'ay point reçu, monsieur, celle que vous me promettiés de monsr. Leers, non plus que les pacquets qui m'estoient destinés. C'est ce qui est cause que ie n'ay point répondu à vostre dernière; car vous deués estre persuadé que ie me faics trop de plaisir de me procurer vos belles et charmantes lettres, pour m'en priuer de gayeté de coeur ou donner lieu à les receuoir trop tard. Je vous remercie de tant de belles et curieuses nouuelles que vous m'écriués. J'ay faict sçauoir à mr. De la Monnoye1) ce qui le regarde; il m'a fort chargé de vous asseurer de ses respects et vous prie aussi bien que moy, s'il n'i auroit pas moyen
n'ay point veu. Le P. Lebrun 7) de l'oratoire en va ancor donner vn second touchant la Baguette dans les principes du p. Malebranche, qu'on croit y auoir mis la main. Quoyque la matière semble vsée, on espère pourtant que ce liure sera bien reçu.
J'escripts à monsr Cuper, qui vous rendra celle cy. Je me plaines à luy de nostre amy mons. Toinard, aussi bien qu'à monsr. Graeuius, et ie les prie de ne me plus adresser leurs lettres par cette voye. — Portés vous bien, monsr., et aymés moy toujours. Tout à vous
d'auoir vne copie des beaux vers que mons. Laisné, ou autrement de Montaumont2), fit sur le dessein où Ion dict que vous estiés de vous retirer en Noruège. Nous les luy auons vu réciter icy auec bien du plaisir. J'ay faict sçauoir à Aix à monsr. Thomassin la bonté que vous aués eu de parler à vn libraire d'Amsterdam de son receuil des épîtres des sçauants à mr. de Peiresche5). J'attends de ses réponses; il trauaille sérieusement à ce receuil, qui sera beau; mr. Leers devroit bien y penser. On me mande de Rome, que sa Sainteté n'a pas voulu qu'on y imprimast les inscriptions de monsr. Fabretti; on ne ueut point imprimer en Hollande celles de mr. Gudius*). 11 faut que le siècle soit bien ennemi des belles choses pour rebutter de si beaux ouurages et si nécessaires à la connoissance de la belle antiquité. — Je sçay peu de choses à vous mander touchant les liures nouueaux^). 11 y a vn Ier tome de l'hist. de France du p. Daniel Jésuite, un Ier tome de l'essay de l'hist. de l'ordre de Cisteaux de Dom Lenain, sous prieur à la Trappe, des playdoyers nouueaux auec des traductions de quelques oraisons de Cicéron etc. d'un monsr. Gillet, l'histoire de l'Euangile du p. Perron. On ne me dict plus rien de la querelle du poète Santeuil auec l'uniuersité de Paris. Puisque vous me parlés, monsr., du Cardinal Noris6), il fault vous enuoyer la lettre qu'il m'a faict l'honneur de m'écrire et qui a esté leue à Paris auec plaisir dans la Bibliothèque du Roy et confrontée auec celles qu'il auoit escript à monsr. Vaillant et à mons. Toinard ses amis. On me mande de Paris, que la mienne a esté trouué la meilleure, ce qui leur donnera vn peu de chagrin, et sur tout de ce qu'il m'y traicte du plus
cher de ses amis. le n'en suis pas fasché, car ils m'en ont donné touts deux à leur tour, surtout le dernier, mr. Toinard, qui, par vn esprit vn peu mal faisant, a causé que ie luy auois refusé vne chose que ie ne pouuois ni ne deuois luy accorder, a empesché qu'on ne mît dans le journal des sçauants l'éloge que i'auois faict pour monsr. Lantin"), et qui y a faict mettre, en la place, des vers en 4 langues de mr. de la Monnoye, qu'il n'avoit nullement dessein qu'on publiast, car c'est vne raillerie et vne espèce de sarcasme contre mr. Lantin et monsr. Saumaise, en quoi mr. Toinard et monsr le journaliste se sont faict vn tort extrême au iugement de tout le monde, qui les a blasmé. Je me persuade que monsr. de Bauval aura réparé griefs aux vns et aux autres dans son journal, où il n'a garde, judicieux et prudent (comme il est), de rien mettre qu'on puisse luy reprocher. le vous prie de l'asseurer de mes très humbles respects; je luy ay enuoyé par mr. Janisson l'histe de la médecine de mons. Le Clerc de Genèue. Mr. de Witt, par qui ie vous escrips, vous enuoyera la lettre de monseig1" le card. Noris, comme ie l'en prie; monsr. Cuper l'enuoyera à monsr. Graeuius pour luy faire vne petite confession de m'auoir entièrement oublié, moy qui croyois estre l'un de ses meilleurs amis. Il y a tantost deux ans que ie n'ay reçu aucunes de ses lettres, quoy que ie luy aye escript très fréquement depuis ce tems là. On ne m'auoit pas bien expliqué ou mandé le tiltre du dernier liure de Son Éminence mons. le cardinal Noris, qui est Scrupull euulsi et eradicati. Ce qui m'a faict changer les vers, que il vous ay enuoyé, et au lieu d'Enucleas scrupol etc., i'ay mis:
Euellis scrupol dubiis ex mentibus atque difficiles soluis nodos, ape risque latentes-, quidni hinc purpureos inter censebere patres.
Nous enuoyerons bientost la vie de mr. Saumaise8) en Hollande, et nous l'adresserons à Paris à monseig d'Auranches, qui m'a témoigné qu'il seroit bien ayse de la uoir auparauant. — Aymés moy toujours, monsieur, le préfère vostre amitié à toutes choses, et ie suis etc.
Dijon, le 6 auril 1699.
I'ay écrit ces iours passés à monsr. Leers, qui vous aura faict part, monsieur, de ce que ie luy mandois touchant vostre dictionnaire, et dont ie ne doute pas qu'on ne vous ayt faict part d'allieurs. Tout ce qui a esté dit de la part de l'abbé1) qui a esté commis par monsr. le chancelier pour l'examiner, est trop outré pour trouuer créance dans les esprits; et bien loing de luy nuire et d'empescher son débit, cela y contribuera dauantage. Le meilleur moyen de profiter de vostre libéralité en mon endroit c'est de l'adresser à Genèue à mons. Chouet, libraire, qui uous aura faict sçauoir qui sont ses correspondants. I'aurois pu vous dire de le donner à monsr. de Harlay2), nostre plénipotentiaire, qui me faict le bien de m'aymer; mais i'ay cru qu'il nestoit pas à propos de l'employer pour cela. Mr. Anisson a reçu les 2 exemplaires du Junius, comme il me l'a mandé aujourd'huy dans vne de ses lettres, où il tâche de se réconcilier auec moy sur son long silence.
Mons. Graeuius tâche pareillement de le faire dans sa dernière, en me promettant de me mettre dans son trésor des Antiquités Romains parmi les sénateurs Romains; c'est pour réparer en quelque façon le silence qu'il a gardé à mon égard dans la préface du Junius de pictura veterum, où il ne s'est pas souuenu de moy, comme il sembloit qu'il deuoit faire et que vous l'aués,. monsr., remarqué obligeamment dans vostre dictionnaire. Cette petite omission me sera fort auantageuse et me procurera beaucoup d'honneur: de petit prouincial je deuiendray grand homme de cour, et de la première cour du monde. Vous ne nous aués point dit, monsr., vostre sentiment sur le portraict de mr. de Court, faict par l'abbé Genest*), que i'ay donné ordre qu'on vous enuoyast il y a long tems, aussi bien qu'à mr. de Bauual et à nos amis, et surtout à monsr. de Saumaise, son parent. Nous ne voyons point ancore l'apologie de mr. Nicole 4), qu'on nous promet toujours. L'auteur aura subiet de l'amplifier sur ce qui vient d'arriuer. le croy, monsr., que vous aurés appris depuis peu, que monsr. l'Archeuêque de Cambray^), précepteur de messrs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et , de Berri, vient de faire vn liure in 12 sous ce Tiltre Explication des maximes des saincts sur la vie intérieure, imprimé à Paris, il y a peu de iours, auec priuilège, mais sens approbation. Ce liure a esté composé exprès contre celluy de mr. Nicole, du Quiétisme. Ce liure est blasmé de tout le monde, de ses amis comme de ses ennemis; je l'ay lu et j'i trouue bien des choses à dire. Il n'est pas intelligible; le Quiétisme y est respandu par tout; il n'est pas françois en bien des endroits, et il y a des propositions dangereuses; et l'auteur n'i a presque gardé aucunes des
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Règles qu'il se prescript à luy même dans sa préface. C'est vn homme qui veut qu'on le croye sur sa parole; il ne parle ni de l'Ecriture ni des Pères ni des conciles; touts ses principes sont tirés de St. François de Sales, de Balthasar Aluares, de Ste Thérèse, du B. Jean de la Croix et de quelques autres mystiques. On le croit brouillé auec monsr. de Meaux pour cet ouurage. Ce prélat, à ce que i'ay appris, luy auoit enuoyé vn ouurage qu'il a faict contre le Quiétisme, pour en auoir l'approbation de cet Archevêque, qui n'a daigné luy faire réponse ni luy envoyer son approbation, ce qui l'a fort choqué. Son Hure paroist; on dit que le Roy les a voulu accomoder, mais que mons. de Meaux a témoigné à sa Majté, qu'il n'i avoit pas lieu d'aucun accomodement en cette rencontre.
Vn autre grand prélat et Archeuêque6) a faict, quelque tems auparauant, une grande ordonnance, qui se réduit dans vn liure où il instruit son peuple sur les matières de la grâce et de la prédestination, au subiect d'un luire qu'il condamne, imprimé à Monts sur ce subiect. Il semble qu'il dict en Sorbone vne leçon en Théologie, où il veuille accorder le Jansénisme auec le Molinisme. Il est pour, il est contre, il est dedans, il est dehors: cela n'a pas plu à beaucoup de gens, qui ont regardé cette ordonnance comme vn festin que ce prélat faict à son peuple, où il a meslé vne mauuaise symphonie et de méchants parfums. Il pouuoit s'en exempter et rendre sans cela son festin meilleur et agréable, comme dit le poëte: poterat quia duci coena sine istis. Vn galant homme de mes amis, qui m'escript sur ces deux ouurages et ces deux prélats, me dit que c est iouer la réputation à trois déz que de l'hazarder de cette manière: si in viridi ligno
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haec fiunt, in arido quid fieV). Voilà, monsr., des histoires dont vous apprendrés le détail d'ailleurs, qui exercera vostre Critique et remplira vostre supplément. Les lettres des sçauants à monsr. Peiresc sont actuellement sous la presse à Genèue. Il y en aura, comme je croy, trois vol. in 40; sitost qu'elles paroistront, ie donneray ordre qu'on vous les enuoye, pour me reuancher en partie de vos libéralités. Monsr. Leers les pourra r'imprimer, et elles le mériteront. Recommandés luy nos pacquets de mr. Graeuius arrestés. — Je suis etc.
ADRIAN PAETS.
Comme je ne puis adjouter foy au bruit, qui depuis quelques jours a couru icy, qu'en Hollande on se seroit avisé de faire abjurer aux ministres françois, d'une manière solennelle, c'est à dire par la signature d'un acte publicq, le dogme de la grâce universelle1), je vous prie de m'en informer au plutost. Vous sçavez que ceux qui en France ont soutenu cette grâce, ne se sont éloignez des défenseurs de la grâce particulière que dans les termes et dans la méthode, comme aussi vous n'ignorez pas, que l'opinion de la grâce universelle, mesme dans le sens arminien, est conforme au sentiment de presque toute l'antiquité, de l'église Anglicane et de la communion des Luthériens. Or, comme je suis assez persuadé, que monsieur Iuri-
eux est trop éclairé pour ne pas comprendre, que dans la conjoncture présente il n'y a rien si opposé au véritable intérest du monde protestant, que de faire condamner une opinion aussi généralement reçue que celle de la grâce universelle, je vous prie de luy en parler et de luy témoigner mon inquiétude sur un sujet d'une si grande importance, en le conjurant de ma part, qu'il s'applique à empescher qu'on ne fasse des choses, dont bien tost on auroit lieu de s'en repentir. Je suis etc.
A Westmùnster, ce 12/,2 février 168?.
A Londres, ce 26. Juin 1685 v. s.
Monsieur,
La grâce que vous m'auez faitte, de faire témoigner à mon Père à Bloys, que vous seriez bien aise de lier auec moy quelque correspondence sur les nouuelles de Philosophie, m'a presque fait oublier ce que le suis; et depuis que I'ay l'auantage de lire vos ouurages, le les ay considérez comm'un des temples les plus sacrez de l'immortalité, et où les places se doiuent rechercher par de grands soings appuyez de beaucoup de mérite. Ainsi vous pouuez iuger, si le me suis dabord agréablement flatté, en me voyant offrir des places de cett' importance; mais il m'a fallu bien tost
quitter de si douces pensées, quand le suis venu à considérer, combien le suis peu en estât de profiter de vos offres. le sens ma foiblesse, dont vous serez sans doute aussi bien apperceu, et ainsi l'ay lieu de croire simplement, qu'ayant veu mon bonheur en quelque découuerte, qui n'estoit pas difficile, vous auez voulu m'encourager, dans l'espérance que, qui a esté heureux vne première fois, le peut estre vne seconde, et que le Public en pourra profiter. le vous diray déplus, que depuis mon retour à Londres le suis à la Société Royale; c'est à ces Mrs. que le doibs tout ce que le produis: ainsi tout ce que le pourray faire, si l'ay encor occasion de publier quelque chose, ce sera, Mr., de vous l'enuoyer des premiers et vous prier de ne le mettr' au Iour que comm' vn extraict des Transactions Philosophiques, et le ne sçays pas si cela vous pourra satisfaire; car l'honneur que vous m'auez fait1), méritoit sans doute que le ne veinsse pas à vous au second bond. Cependant, dans l'espérance que vous excuserez mon engagement, le vous enuoye vne pièce qui est soubs la presse pour les Transactions de ce mois2). le feray tous mes efforts pour produire quelque chose moins indigne de tenir place dans vos ouurages, et si par hazard le Public en retiroit quelque auantage, il deuroit vous en auoir vne partie de l'obligation. le suis etc.
CHARLES PERRAULT 00
CHARLES PERRAULT
Je nay pu voir les choses obligeantes que vous dittes de moy, dans la lettre que vous auez écritte à monsr. Pinsson, sans former le dessein de vous en marquer ma reconnoissance et la joye que j'ay d'auoir, sur le fait des anciens et des modernes, des sentimens conformes aux vostres. Rien ne pouuoit, Monsieur, me confirmer dauantage dans mon opinion, qui aparament deuiendra vn jour l'opinion commune, que d'apprendre que vous ne la désaprouuez pas, et qu'elle est du goust de vos messieurs les curieux, comme vous le mandez à mr. Pinsson. le prens la liberté de vous enuoyer, par son moyen, l'échantillon des réponces que je prépare aux obseruations critiques de mr. Despréaux1). Je puis dire, que cet essay a esté icy très bien receu et que les meilleurs amis de mr. Despréaux sont conuenus, qu'il estoit malaise d'y faire vne réplique. le souhaitte, monsieur, qu'il ayt le mesme bonheur auprès de vous. le ne sçay ce que c'est que la critique de Grisélidis 2), dont vous parlez. Il est vray, que dans le temps que je fis ce petit ouurage, il en parut vne en manuscrit, c'estoit vne chanson de soixante ou quatre vingt couplets, sur le chant de: Réueillez vous, belle endormie; mais cela fut trouué si mauuais, que personne ne voulut en faire faire de copie, et que de ceux qui en commencèrent la lecture, il n'y en eut pas quatre qui l'acheuèrent. Si c'estoit autre chose que cette mauuaise chanson, vous me feriez, monsieur, vn extrême plaisir de me
donner les moyens de la pouuoir voir. le vous demande pardon, monsieur, d'en vser si librement, mais il n'est pas moins naturel à vn auteur de vouloir sçauoir ce qu'on dit contre luy, que ce qu'on dit à son auantage. Faittes moy la grâce, monsieur, d'estre bien persuadé, que parmi le nombre infini de personnes qui vous estiment, il n'y en a peut estre point qui vous honore plus que moy et qui s'est plus pénétré de vostre mérite. Je suis etc.
Ce 3. aoust 1694.
Monsieur,
La lettre dont vous m'avez honoré le 5 du mois passé, ne m'a été rendue que le 21e, lorsque j'étois encore dans les embarras d'un déménagement, qui m'a fait quiter la campagne pour me retirer icy; et ainsi je n'ay pu vous envoyer si tôt ni les livres, qui suivront en peu de jours et que je vous supplie d'agréer, ni l'abrégé que vous me marquiez, sur le chapitre de Mad1]e Bourignon, dont vous voulez bien faire mention dans vos nouvelles '). Je me suis empressé d'autant moins que j'ay désiré (si cela ne vous déplaît pas), que cela ne se fist que dans les Nouvelles du mois d'Avril, qui ne paroissent qu'en May; parce qu'alors l'on publiera toutes ses oeuvres complètes, et que l'on aura soin qu'elles se débitent chez un Libraire de
renom: ce qui ne s'est pas fait jusqu'à présent, et qui pourra être une occasion fort naturelle pour en parler, aussi bien que celle de mon livre latin, dont je m'imagine que vous n'avez fait différer que pour ce Sujet là l'article que vous en vouliez faire paroître, si tant est qu'il mérite que vous y pensiez. Si j'avois cru, que vous eussiez désiré de revoir ou même de supprimer vos objections et mes petites réponses, je vous aurois obéi en tout ponctuellement: mais de la manière que m'en écrivoit Monsr. Ancillon, il m'étoit naturel d'en juger, que c'étoit une chose à imprimer dès le moment même, si les afaires de l'imprimeur y eussent été dès lors disposées. le ne puis m'apercevoir des défauts, que vous dites être dans vos objections: il me semble plutôt, qu'il n'y avoit que vous de capable d'en faire de si bien prises et de si essentielles, à comparaison des quelles mes réponses ne comparoîtront que fort défectueuses et peut être pleines de fautes, que je suis prêt à reconnoître et avouer franchement et publiquement, quand j'en seray averty, sans me soucier de la mauvaise honte que l'on a de reconnoître que l'on s'est trompé et que l'opposant a eu droit. Vous direz peut être en vous-même, que j'ay intérêt à dire quelque chose pour justifier la publication, que j'ay faite de vos objections, — moy, qui n'ay point fait à votre égard de pareille reconnoissance, et dont la vanité trouve son compte dans les louanges que vous m'y donnez! Cela pourroit bien être, mon coeur n'étant encore que trop corrompu et trop vain pour cela et pour bien d'autres choses; mais si je ne me trompe fort, quelque corruption qui puisse se glisser dans le ressort qui me fait agir, il y a aussi, et je crois en principal ou du moins par désir, le dessein que la
vérité, que je juge de quelque usage pour la gloire de Dieu et pour les gens de bien et d'esprit, devienne recommandable, soit par la recommandation que d'autres que moy en feront, soit par quelque manière que ce puisse être, jusques-là que je ne fais point de difficulté de prendre sans façon à ce dessein là les livrées de ce que vous appeliez agréablement une honête mendicité, j'entends les Épîtres dédicatoires, aussi bien que d'autres manières que je condamnerois moy même, si l'on s'en servoit à un autre dessein. Mais il n'y a rien qui ne puisse être sacrifié de la sorte à l'avancement de la vérité salutaire, et j'aurois sujet de m'estimer heureux, s'il y avoit, dans ce qui me regarde, quelque chose qui pût être employé à cela.
Vous voyez au reste que, avec votre permission, je vous prends au mot sur l'article que vous m'avez accordé de Madlle Bourignon, et je crois en effet, qu'outre les occasions d'en parler, que je viens de dire, les curieux, qui sont bien aises d'aprendre ce qui se passe d'extraordinaire dans les choses de la nature et dans l'Esprit de l'homme, ne seront pas marris de satisfaire en général leur curiosité sur cellecy; et je m'étonne que nul de Messieurs les Journalistes n'en ait encore fait mention. Peut-être a-t-ce été que les livres qui sont nécessaires pour en être informés, n'ont été débités jusqu'icy que très -rarement, par des personnes et d'une manière très-mal-propres à les rendre publics, et que cependant les hâbleries vulgaires ont fait passer cela pour des folies ou une espèce de fanatisme; ce qui a détourné les gens desprit d'y penser. Mais ce n'est pas cela. Si mon loisir ne me permettoit pas de joindre aujourdhuy à cette lettre
lin
l'abrégé de question, il la suivra bientôt. Cependant, Monsieur, j'ay honte de penser à faire paroître un abrégé de ma façon avec les vôtres. Si je le fay, ce sera (et je vous en supplie de tout mon coeur) avec condition, que vous daignerez y ajouter, ôter, changer tout ce qu'il vous plaira, luy donner la forme que vous voudrez, et même y exprimer ou y taire mon nom; et vous obligerez infiniment celuy qui vous recommande de coeur à la grâce de Dieu, et qui est etc.
D'Amsterdam le 4e Avril 1685.
A Amsterd., le 14e Mars 1686.
Monsieur,
Sans vous faire perdre du temps à écouter les excuses que je devrois vous demander de mon importunité, trouvez bon, s'il vous plaît, que je vous supplie de mettre dans vos Nouvelles (de ce mois s'il se pouvoit) le tiltre et telle relation ou abrégé qu'il vous plaira de ces deux cahiers, qui portent à la fin le nom de l'Imprimeur, le quel on peut joindre au tiltre. Les oeuvres de Madlle Bourignon ayant été tout fraîchement, depuis environ trois mois, réduites en un corps et divisées en dis neuf volumes, avec de nouveaux titres qui portent le nom du Sr. Henry Wetstein à Amsterdam (ce qu'on pourroit renouveller dans vos Nouvelles, s'il vous plaisoit), je ne sçay, quelle mouche peut avoir piqué à ce sujet ces Messieurs de Leipsic), ou celuy à qui ils ont donné commission d'en faire
son rapport, pour y avoir procédé de la manière qu'ils ont fait. Car au lieu d'une relation hystorique, ils en ont fait une si satyrique et si pleine de mauvaise foy, qu'il estoit impossible de ne pas repousser des mensonges publics si diffamans et de ne pas répondre un peu fortement à cet animal, qui s'est voulu aviser de traitter ainsi les gens de haut en bas, sans qu'on ait jamais eu dessein de rien dire ni faire contre les bons. Je serois bien-aise que, prenant la peine de lire, sinon toute la pièce, du moins les 8e, 9e et 10e pages ou environ, vous vissiez qu'on a sujet, et même qu'on est réduit dans la dure nécessité de se justifier de la sorte. Au reste, Monsieur, je ne vous ferois pas la prière que je viens de vous faire, si je ne sçavois, que ce vous est la facilité même de me l'accorder, sans déplaire à personne, en rapportant hystoriquement que tel écrit se plaint d'un autre écrit, sans vous rendre guarant d'autre chose que de cette narration. Faites moy naître, je vous en conjure, l'occasion de vous rendre quelque Service en réciproque, puis que je suis toujours etc.
A la Haye, le 6e Juin 1684.
le vous rens grâces, Mon cher monsieur, de vostre agréable présent'). Je dis agréable, parce qu'il me l'est très fort, à deux égars, et pour l'Impatience où j'estois sur cet ouvrage, depuis que j'ay sçeu que vous
laviez entrepris, et pour l'honneur que vous m'avez fait, en me l'envoyant si obligeamment vous mesme. I'ay trop de choses à vous dire là dessus pour entrer en matière, mais ce grand nombre ne seroit nullement ce que vous semblez exiger de moy, puis qu'outre qu'un aussy habile homme que vous est à couvert de toute sorte de critique, Je suis en tout cas un trop petit écolier pour entreprendre celle des chef d'oeuvres d'un maistre. Toute ma prolixité donc ne seroit qu'un tissu d'éloges, et sans parler de vostre modestie qui suffira d'excuse à mon silence, le témoignage que vos propres lumières vous rendent à vous mesme, vous est bien plus glorieux que tout mon applaudissement. Je me contenteray de vous dire, qu'une de mes plus grandes joyes au sujet de la Province que vous avez entreprise, est, que m'estant veu douloureusement privé des plaisirs du cabinet, à cause de leur Incompatibilité avec mon Employ, Je suis tout consolé de ce chagrin par l'engagement où vous vous estez mis auprez de tous les curieux, puisque j'en puis espérer une étude beaucoup plus courte et bien plus solide et plus seure que toute celle, que je pourrois faire de moy mesme: Je souhaiterois seulement que pour l'amour de moy vous voulussiez bien ajouter une chose à vostre dessein, et qui entroit dans celuy du Mercure savant, en la place duquel vos nouvelles, au grand contentement de tous les beaux esprits, sont substituées; c'est de vouloir dire seulement un mot de la naissance, du mariage et de la mort des personnes distinguées, de leur promotion aux charges éminentes, soit ecclésiastiques, soit civiles, soit militaires et enfin des batailles et des sièges, à mesure que ces choses arriueront. Vous me direz, que cela est du ressort
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des Gazettes, mais outre que les gazettes sont fort inexactes sur ce chapistre, vous devez reconnoistre que ces remarquables particularitez sont une dépendance de l'histoire de la Rép. des Lettres. En tout cas, dites une bonne fois pour toutes, que la complaisance vous a fait accorder cela à l'amitié. A propos de République des Lettres, ne trouvez vous point, mon cher monsieur, le titre que vous avez pris là un peu précieux? La simplicité de l'autre, pour ne vous rien celer, me revenoit mieux, et je me trouve avoir encore à cet égard le mesme goust, qui me fit condamner, il y a quelques années, Le préservatif etc. de mr. Jurieu. L'Expérience a fait voir, que d'autres que moy n'estoient pas incapables du mesme sentiment, car vous savez qu'un des antagonistes de nostre célèbre ami ne l'a pas épargné sur ce sujet. Mais quand vous ne désaprouveriez pas ma pensée là dessus, j'avoue qu'il n'est guère plus temps d'y remédier. Ainsy ne débattions point les Nouvelles de la Rép. des Lettres, et dumoins aimons le nom de l'enfant pour l'amour du parrain et père, et à cause de la beauté de l'enfant mesme.
Au reste, puisque contre ce que j'ay d'abord déclaré de mon dessein, Je viens d'entamer là une espèce de critique, souffrer encore, mon cher monsieur, ce petit mot avec Indulgence et de bonne amitié. Vous avez employé, dans le millieu de vostre 24e page, un terme que nostre langue n'a point encore adopté, non obstant le grand besoin qu'elle en a; c'est celuy de sculper2), et cette seule raison, que toute la nécessité de ce mot n'a pu favoriser son adoption, montre qu'il ne s'en faut pas servir. Il n'est ny usé, ny neuf; il est absolument Inconnu; vous ne le trouverez ny dans
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les dictionnaires anciens ny dans les modernes; dans Richelet ny dans Danet non plus que dans Etienne et dans Nicod'); vous ne le trouuez point enfin dans les traittez de peinture et de sculpture de Mr. Félicien*), où mille occasions de l'employer se sont rencontrées, sans qu'il l'ait fait; et j'admire en cela le caprice de nostre langue, car encore une fois il est très certain que ce terme luy siéroit admirablement, et j'ay été tenté cent fois de trancher là dessus du Ménage. En effet, puis qu'analogiquement aux termes de graveur et gravure nous disons bien graver, pour quoy est ce que par analogie à ceux de sculpteur et sculpture nous ne disons pas aussy sculper? Mais l'usage ne l'a pas voulu, et puisque l'usage ne le veut pas, ne le veuillons pas aussy.
Pardon, mon cher Monsr., Je passe à un autre remercîment; c'est celuy de vostre obligeante félicitation sur la naissance de nostre Enfant, et sur les voeux dont il vous a plu de le bénir. Il me tarde, qu'il ne soit en estât d'estre vn de vos auditeurs. Philippe de Macédoine (un magnifique Exemple ne couste pas plus qu'un autre, et il fait bien plus d'honneur), Philippe, dis je, remercioit les dieux, non pas tant de ce qu'ils luy avoient donné un fils, que de ce qu'ils avoient fait naistre ce fils en un temps, où il pouvoit avoir un Aristote pour précepteur; faites vous mesme l'application, mon cher Monsieur! Il s'en faut beaucoup, à la vérité, que mon Louis soit un Alexandre; mais, en récompense, vous estes bien plus qu'un Aristote.
Recommandez à vostre libraire de faire faire un Index des matières de chaque mois, afin qu'on les trouve tout d'un coup; on lit d'abord tout avec avidité,
6 I 2 JEAN-BAPTISTE SANTEUIL
et ainsy rien n'échape, mais en est bien aise après de repasser certains articles par détachement, et la recherche de page en page est alors incommode. Adieu encore une fois, et encore une fois pardon. Ma femme vous salue très humblement et vous rend grâces de tout l'honneur que vous luy faites. Tout à vous etc.
JEAN -BAPTISTE SANTEUIL
De St. Victor, 25 iuillet [1696].
le n'en espérois pas moins de vous, monsieur, fondé sur votre réputation ; ie ne pouuois pas comprendre, q'vn si habil homme comme vous, et d'vn si bon coeur, confirmât par son autorité les calomnies atroces d'un auteur, qui pour vivre déchire tous les auteurs, en épargnant personne. Son style devoit vous le faire connoître, et la modestie de ma réponse vous devoit détromper. Il a été cité par Monsgr. l'Archeuesque, car il s'est rendu ennemy de tous ceux qui aiment l'église. Pour toute response il a allégué, qu'il auoit perdu vn procès au iugement de M. le premier président, et qu'il n'avoit plus que sa plume pour viure. C'est ce qui me fit dire de luy:
plus consuluit fami quam famœ.
On a mis en prison les colporteurs qui débitoient son liure, et Ion l'a épargné, en fouettant ceux qui n etoient coupables que par le débit du dit libelle. Ce libelle diffamatoire a remué tout Paris: la médisance plaist. Il voyoit, qu'il viuoit plus grassement dans les premiers . . .*)
•) Illisible.
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de son libelle; tout Paris y courut et l'on en pouvoit auoir pour de l'argent. Le tiltre étoit spécieux: Ad Sanctum Arnaldum. Le combat des iésuittes, sur lepitaphe du p. A***, auec le p. Santeuil de St. Victor. — On le débitoit soubs cappe.
Je fus si étonné de voir imprimé, malgré moy, une épitaphe que i'avais fait pour éguayer ma veine, sans être sollicité des Relig. de port Royal, que ie la niai rès d'abord, et pour le mauuais sens qu'on luy donnoit, et pour le tiltre iniurieux au Roy, au pape etc. le suivy l'exemple de St. Bernard '), qui ne voulut iamais cognoître sa soeur tout fardée, mais qui la reconneut de suitte après auoir dépouillé toute sa gallenterie: Sed posito fastu agnouit suam sororem. Quand on a dépouillé lepitaphe fameux dv sens iniurieux au Roy, au pape, aux iésuittes et à la Sorbonne, ie l'ay reconnut comme mienne. Tous les curieux de nouuelles ont donné dans le panneau, et i'ay été le iouet, la fable de tout Paris pendant six mois. le m'en consolois auec mes amys, et ie iouissois en secret de ma conscience, pendant que ce prêtre famélique, calomniateur et habitué à St. Séuerin, et qui ne manque pas d'esprit, iouissoit iniquement de ses fourberies, qui amusoient le peuple, et du guain qu'il en retiroit. On me montroit au doict dans Paris, comme tout d'un coup vne de vous nouuelles du moys vint me confondre, et me donna le dernier coup de mort, comme à Capanée sur les murailles de Thèbes, dont le poète dit:
potuit fulmen meruisse Salmonfis?]2).
I'estois déià assés atterré par la médisance; il ne falloit plus qu'vn homme comme vous, dont les parolles sont des oracles, pour me donner le dernier coup.
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Vous auez enchâssé du plomb dans de l'or, quand vous auez coppié son liure, et vous auez ietté vne perle dans la boue, quand vous m'auez mal traitté, en m'accusant de bassesse. Pardonnez moy cette petite vanité.
C'est vn roman, vne fable, vne satyre burlesque, que vous auez appuyé de toute votre authorité. Dieu soit loué, pour peu que vous fassiez attention vous y verrez tout le farceur et ses contradictions. Il me fait pendre par les iésuittes; incontinent après il m'en fait amy: il dit que i'enuoyrois tous les saints au diable, excepté St. Ignace et St. Xauier. Dans les hymnes que i'ay fait pour tout le Bréviaire, de France, en réformant le vieux latin monastique qui déshonora l'église, il a mis vn tiltre scandaleux »ad St. Arnaldum«. Il a traduit ....*), et me fait dire vne faulceté contre M. Arnault, chassé par le prince d'Orange. Il me tourne en ridicule, il appelle vne licence poétique ....*) c'est à dire, que ie l'ay dit en poëte et non pas en théologien; hoste triumphato il ueut que i'aie compris le Roy; le misérable tourne contre moy toutes ses pensées, qu'il cherche dans sa teste. C'est vn tissu de mensognes et vn farrago vbi sempiternus . . . .*) habitat. Voyez la fripponerie de ce méchant homme: il imprime mes lettres, que ie luy enuoyois par confidence, il va dans ma chambre pour me demander pardon de la diuulgation de cet[te] épitaphe faite en secret; et dans cette ciuilité simulée, il me dérobe des lettres des iésuittes sur ce même suiet, qu'il imprime à mon insçu, et brouille toutes les 2 parties en les animant, et en divertit Paris.
*) Illisible.
Il n'y a rien de plus scélérat. Il m'a déchiré par tout, sans luy auoir donné lieu à aucune plainte, et pour toute response il dit: qu'il fault que sa plume le nourrisse per fas et per nef as. I'ay loué M. Arnaut dans ce qu'il est louable. On s'est déchaisné contre moy, on m'a attribué des ouurages que ie n'ay iamais fait. Santolius poenitens! ie ne me suis iamais repenty d'auoir loué Mr. Arnault. On me fait pénitent d'vne rétractation, que ie n'ay iamais faite; qu'il la montre!
Faussetez de l'auteur! Les Religieuses de P. Royal n'ont iamais exigé l'épitaphe; elle n'a iamais été proposée ny éprouvée; elles ont oublié tout le siècle. L'histoire du curé de St. Iacques du Haut[-]pas5), — fausse! Les iésuittes n'ont point enuoyé vn fourbe pour sçauoir mon sentiment sur le différend. La lettre que i'escriuois au curé de St. Iacques n'étoit point iniurieuse, ny à m. Arnault, ny aux iésuittes. le n'ay voulu épouser aucun party; i'ay loué ce que i'ay trouué louable. Il me fait théologien pour me blasmer, et poète en même temps pour m'excuser; il m'attribue l'épitaphe que i'ay fait à l'éuêsque de Custom, et dit que ie I'ay fait pour m. Arnaut ad excitandum odium; il a donné au public le bâillon du p. Commire*), Jésuitte, malgré luy, et l'a traduit en vers burlesque pour réiouir la canaille. Le papier me manque. L'épitaphe peut auoir vn bas sens, et ie ne m'étois pas cru d'être estimé pour vn homme, qui par crainte a fait mil bassesses. le vous embrasse de tout mon coeur, et iadmire la disposition de votre bon coeur, que ie préfère infiniment à l'Esprit; les diables en ont!