Mart
I l6 P. BAYLE
A Rotterdam le 7. de Nov. 1706.
Je vous rends mille grâces des deux Trévoux ') que i'ai reçus avec votre lettre du 14. du passé, et plus encore de la bonté que vous voulez avoir pour mon parent. Il ne manque pas de me marquer le bon accueil qu'il vous a plu de lui faire, et de s'en féliciter et de me remercier de lui avoir procuré un tel patron.
Vous me surprenez en m'aprenant, que le discours qui a couru et qui est, si ie ne me trompe, dans le Mercure galant, le discours, dis ie, de Mr. de Puisieux 2) aux Cantons où il reconoît que les armes de la France ont été malheureuses, est une pièce suposée, et que Mr. de la Chapelle *) est l'auteur de la suposition. Il y a bien de l'aparence que la 40e lettre ne paroîtra de long tems, car que pourroit-il dire dans l'état présent des afaires de la France!
l'ai vu un petit livret sur les Campagnes de Mr. de Vendôme en Italie, et j'ai été étonné que l'auteur et le libraire aient eu assez d'imprudence pour faire paroître une si brillante description de l'état florissant, où Mr. de Vendôme avoit mis les afaires, précisament lors que l'on venoit de recevoir la triste nouvelle de Turin 4). Il n'y a rien, ce me semble, qu'un auteur doive plus éviter que le contretemps.
le vous envoie la pièce intitulée Boileau aux prises avec les Jésuites 5). Vn Abbé François qui se retira de Bruxelles à la Haie, lors que les alliez prirent possession de Bruxelles, en est l'Auteur.