‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 10 sur 86 · Une édition du Hamasa, recueil de poésies arabes · texte numérisé non relu

Une édition du Hamasa, recueil de poésies arabes

Texpression de ma reconnaissance pour le précieux cadeau de la grammaire singhalaise qu'il a bien voulu me faire. Son intention est-elle d'aller à Berlin? Sinon, j'aurai l'honneur de lui écrire à Bonn.

On a reçu de bonnes nouvelles de Schulz^. Il était à Erzeroum, à ce que je crois sans en être bien certain.

Si, dans votre seconde dissertation sur le Pendjab, vous avez besoin de quelques extraits ou collations du Mahâbhârata^ mettez-moi, je vous prie, à contribution de la manière la plus libre. Je suis ici complètement à vos ordres.

Veuillez croire à mon affection sincère et en agréer le témoignage.

Eug. BURNOUF.

A M. Ghr. Lassen, à Bonn.

Paris, 25 octobre 1827.

Mon cher Lassen, Je sais bien que vous êtes si occupé que je ne me

1. « M. Schulz, professeur à l'Université de Giessen, membre de la Société asiatique, est parti de Paris au milieu de l'été de 1826 pour exécuter un voyage littéraire dans l'Orient, et particulièrement dans les provinces qui forment l'empire persan.

« Nous allons donner aujourd'hui les extraits des lettres qu'il nous a adressées pendant son séjour à Gonstantinople et à Arzroum. »

(J. Saint-Martin, dans le Nouveau Journal asiatique, 1828, t. I, p. 68.)

sens pas le courage de vous en vouloir lorsque vous ne m'écrivez pas. J'apprends toujours par vos lettres à quels intéressants travaux vous vous livrez et quelles curieuses publications vous préparez. Une de celles que je désirerais le plus de voir est votre dissertation sur le Pendjab, que je n'ai pas encore reçue. Je compte bien sur votre amitié pour ne pas m' oublier dans votre distribution parisienne. Je n'ai pu voir M. Rémusat ces jours passés et n'ai pu lui demander si le Journal asiatique admettrait des morceaux en latin. Je ne puis vous répondre exactement à cet égard ; mais ce dont je puis vous assurer, c'est que, si vous avez besoin de moi ici pour cet objet, comme pour tout autre, mes services vous sont acquis.

Je ne puis que vous féliciter sincèrement d'avoir occasion de faire un cours de sanscrit ; rien n'est si utile pour bien apprendre que d'être forcé d'enseigner. Il parait, en même temps, que vous avez fait de grands progrès en arabe, puisque vous comptez faire et que vous faites déjà des publications relatives à cet objet. En vérité, je ne sais où vous pouvez trouver le temps nécessaire pour faire tant de choses.

M. Cousin vous a exagéré (comme c'est son habitude) l'importance de mon travail sur le zend. Je n'ai encore que des notes, dont peu sont complètement rédigées; cela n'est pas un livre. Quand j'y aurai mis la dernière main, il ne vaudra pas encore grand'chose. Ce qui me fâche, c'est que je n'ai pu en tirer aucun résultat historique, car, quoi qu'en dise l'école des fleuristes, comme dit M. Mohl, je ne puis aimer autre chose que le bon sens et le positif. Quant à M. Saint- Martin, il n'est pas hostile, mais plutôt lent quant

à ce qui regarde la gravure d'un caractère zend. M. Olshausen (duquel je ne puis dire autre chose sinon qu'il vous ressemble par la droiture du caractère et la rectitude de l'esprit) l'a presque décidé à faire commencer cette besogne avec l'année 18218. Si elle était de nature à aller vite, j'aimerais mieux attendre, car c'est une chose terrible que d'imprimer du zend en caractères européens.

Mon temps ne peut, du reste, pas être donné tout entier à la philologie zende. Je suis sur le point de terminer ma grammaire pâlie, que je commencerai d'imprimer au plus tard dans quatre mois. Je suis occupé à finir la conjugaison, pour laquelle on ne peut trop rassembler d'exemples, sauf à ne pas les mettre tous en usage. Je dois commencer par ce travail, parce que M. Saint-Martin a eu la complaisance vraiment scientifique de faire graver à l'Imprimerie royale un caractère barman, dont il faut que je me serve aussitôt qu'il sera fini.

Où en est le Ramâyana? Suppliez donc M. de Schlegel de faire paraître rapidement son premier volume, et les suivants le plus tôt possible, ne fût-ce que pour faire périr de dépit certaines personnes que M. Mohl appelle du bétail oriental et dont je pourrai bien quelque jour vous entretenir plus au long. Il y a ici des gens qui crèvent d'envie et de jalousie basse de voir ce qui se fait, dans les langues orientales, hors de chez eux, qui ne font rien. Mais vous en savez déjà quelque chose, et il ne vous manque que la description détaillée de certaines espèces nouvelles dont s'enrichit le troupeau des fleuristes. Nous en parlons souvent, nous deux M. Mohl. Vous faites bien aussi

très fréquemment le sujet de nos entretiens. Mais comment se résigner, à Paris, à dire du bien et toujours du bien? Pour dire du mal, il faut vous oublier et penser à certaines autres personnes tout à fait divertissantes. Il en est auxquelles il ne manque qu'un peu d'esprit pour être tout à fait absurdes.

Quant à vous, mon cher Lassen, vous êtes de ceux qu'on aime à voir à Paris pendant que vous y êtes et qu'on regrette quand vous n'y êtes plus ; aussi devezvous y revenir pour le chinois.

Votre dévoué et affectionné,

Eug. BURNOUF.

Présentez mes humbles respects à M. de Schlegel et dites-lui que, s'il a ici des envieux, il a, en revanche, des admirateurs.

A M. Ghr. Lassen, à Bonn.

Paris, 15 décembre 1827.

Mon cher Lassen,

J'ai un peu tardé à vous exprimer mes remerciements sincères pour le cadeau que vous m'avez fait, d'une part, parce que je voulais le lire en entier et avec attention, de l'autre, parce que j'ai été dérangé par quelques affaires personnelles. Je ne saurais vous dire avec quel plaisir j'ai étudié votre Dissertation. Elle me paraît excellente, pleine de science et d'esprit, inattaquable sur tous les points. Vous y énoncez des con-

jectures qui, pour moi, de la manière dont vous les présentez, sont des vérités. Je suis entièrement convaincu de la bonté de votre correction : Bâhîka pour Bâhl. De même, vous insistez sur la distinction de Pantchanada et Pantchâla; cela me paraît très vrai. Vos explications des noms conservés par les anciens me paraissent parfaites; enfin, le tout est présenté avec une clarté et une méthode qui sont tout à fait dans le goût français. Je vais m'occuper très prochainement d'en faire un extrait, dans lequel j'énoncerai publiquement combien ce travail me paraît neuf et précieux. Je ne suis pas le seul ici qui pense ainsi ; M. Rémusat a été fort content de votre Dissertation, ainsi que M. Klaproth. Maintenant, votre devoir est de nous donner les Sères.

Je n'ai rien de nouveau à vous annoncer. On dit (car je vais rarement m'en informer) que M. Gliézy avance dans sa Sacountala. Dieu le souhaite!

Vous avez pu voir, par le Journal asiatique, que je composais un petit texte bien léger, agréable, fleuri et galant, en un mot français, pour une collection de dessins sur l'Inde^, lesquels sont assez vrais et exécutés avec beaucoup de soin ici. Voici comment je me suis trouvé engagé dans cette misère, pour laquelle je sens que j'ai besoin de m' expliquer avec vous, qui

1. Les premières livraisons de cet ouvrage, qui forme deux volumes in-folio, portaient ce titre : « L'Inde française ou Collection de dessins lithographies représentant les divinités, temples, costumes, physionomies, meubles et armes des peuples hindous qui habitent les possessions françaises de l'Inde et en général la côte de Goromandel et le Malabar, par MM. Géringer et G'«, avec un texte explicatif, par M. E. Burnouf. »

n'accueillez avec raison que les travaux solides, positifs et véritablement scientifiques. Un voyageur français, qui a séjourné six ans au Malabar et au Goromandel, s'est amusé à dessiner un assez grand nombre de costumes de castes diverses, puis à peindre quelques individus appartenant aux classes avec lesquelles il était le plus en relations. Voyant que sa collection s'avançait, il y a joint quelques cérémonies, et de là est résultée une masse de représentations dont la vue peut être assez amusante pendant un quart d'heure. De retour ici, connaissant M. Rémusat, il lui a demandé de lui faire un texte d'une page devant chaque dessin pour l'expliquer. M. Rémusat a pensé à moi et m'a fortement engagé, malgré la légèreté du travail, à m'en charger, afin de ne laisser échapper aucune occasion qui pourrait me faire un titre, auprès de notre gouvernement, pour l'avenir. Il pense, d'ailleurs, que c'est un préjugé de croire qu'il faille laisser faire ces notices aux hommes tout à fait ignorants. Il ne voit pas pourquoi ceux qui savent un peu les langues ne les composeraient pas eux-mêmes, ne fût-ce que pour ne pas donner trop de notions inexactes. Ces dessins ont, d'ailleurs, un caractère de localité qui les rend assez curieux, et les noms des langues du sud, telles que le Tamoul et le Malabar, sont si mal écrits par les voyageurs qu'il n'est pas tout à fait inutile de rectifier ces notions peu rigoureuses. Vaincu par ces raisons, je me suis fait descripteur de l'Inde à la page. Aussi, vous jugez comme cela doit être beau! Dire en une page ce que c'est que Brâhma et autres! Mais enfin, on fait des phrases sur la couleur du vêtement et autres belles choses qui plaisent aux dames. Car il

arrive que, n'ayant pas beaucoup de place pour entrer dans de grands détails, on ne dit rien du tout, et pas même autant qu'on pourrait le faire dans l'espace accordé. — Au reste, cela n'ira pas jusqu'à vous, et je compte me laver bientôt à vos yeux par quelques recherches plus sérieuses sur le zend et le pâli.

Veuillez, cependant, mon cher Lassen, agréer l'assurance de ma parfaite amitié et me croire, avec un entier dévouement,

Votre tout dévoué serviteur,

Eug. BURNOUF.

A M°"® Eugène Burnouf, chez M. Poiret, à Roissy^

Paris, 12 mars 1828.

Ma bonne petite.

Je suis bien délicieusement ravi de ta charmante lettre. Que je suis content que tu ailles mieux ! mais combien je te conjure de ne pas en abuser ! Je n'ose pas te répondre sur le fait du retour, car tu sais combien je désire que tu sois avec moi. Mais tu sais aussi que je serais profondément affligé si je te voyais subitement retomber par suite du petit tracas auquel tu serais obligée de te livrer. Quand on a su ici que tu voulais revenir lundi, on a hautement improuvé cette idée. Ton père m'en a parlé d'un ton très affecté et il m'a dit que, pour sa part, il y mettrait toute l'oppo-

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