‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 25 sur 86 · Observations sur un texte contenu dans ces mss · texte numérisé non relu

Observations sur un texte contenu dans ces mss

je n'ai pas encore un exemplaire présentable ! A Paris, quand un auteur a fini ses corrections et tout ce qui est de son ressort, les imprimeurs le plantent dans un coin en disant : « M. un tel a fini. » Avec ce grand mot ils se croient quittes de tout envers vous, et passent à un autre ouvrage moins avancé. Mais je ne puis tarder à paraître, et j'apprends ce matin même qu'on s'occupe à tirer la table et la couverture. Aussitôt que j'aurai des exemplaires, je les déposerai chez Maze, qui est, je crois, le libraire français de M. de Schlegel et auquel je recommanderai la plus grande célérité.

Si donc vous avez quelque commission à me donner, ayez la complaisance de me répondre bientôt pour que je puisse recevoir votre lettre avant le 4 avril. Soyez assez bon pour présenter mes devoirs respectueux à M. de Schlegel et mes amitiés bien vives à M. Windischmann fils. Quant à vous, je n'ai pas besoin de vous dire avec quel plaisir je saisis toutes les occasions de vous exprimer mon sincère et profond attachement.

Eug. BURNOUF.

P. S. — J'ai reçu, il y a trois semaines environ, le Prabôdha de M. Brockhaus; mais je n'ai pu l'en remercier, car je ne sais où lui adresser la lettre. Est-il à Londres ou en Allemagne? Soyez assez complaisant pour lui présenter mes remerciements, si toutefois vous avez occasion de lui écrire. S'il est à Londres, je le remercierai de vive voix dès mon arrivée. Vous savez que j'ai un exemplaire de feuilles détachées que vous avez eu la bonté de me confier à

Bonn Tété dernier. Je crois qu'il serait convenable que je vous le rendisse pour ne pas dépareiller un exemplaire. Répondez-moi sur ce point, et je le remettrai à Maze.

A M""® Eugène Burnouf, à Paris.

Oxford, 8 h. 1/2 du matin, le 11 avril 1835.

Enlevé ! Voilà, j'espère, ce qui s'appelle voyager ! Mais procédons par ordre. Hier matin j'étais à Londres, sur le point de sortir pour voir Barclay^, Rosen, Rothschild et Straker. J'ai débuté par me diriger vers Leicester-square, que j'ai trouvé, partie ma carte à la main, partie en demandant mon chemin. Gela prouve deux ou trois choses : c'est que Leicester-square n'est pas très loin de Gharing Gross ; secondement, que je commence à parler anglais; troisièmement, que les Londoniens ne sont pas aussi grossiers qu'on le dit. Je n'ai jusqu'ici éprouvé que des politesses : on ôte son chapeau quand je parle ; enfin, sur la voiture de Londres à Oxford, j'ai été, de la part de tous les Anglais, l'objet d'attentions tout à fait délicates quand ils ont su que j'étais Français. Je t'en dirai plus long là-dessus quand j'aurai moins de choses nouvelles à te conter.

1. Hughes Barclay était venu à Paris dans sa jeunesse pour y achever et compléter ses études. De retour à Londres, et quoique très occupé de son commerce, il continuait d'entretenir avec Eugène Burnouf d'amicales relations.

Barclay n'était pas dans son magasin de chandelles, de bougies, etc.; mais il avait laissé une lettre pour moi, et l'ordre à son garçon de me conduire à son véritable logement, qui est près du British Muséum, dans le nord de Londres. Je l'ai trouvé, et il m'a bien reçu, mais, comme il avait déjeuné, il ne m'a rien offert, quoique j'eusse bien volontiers accepté quelque chose de chaud, tant il fait froid dans ce pays-ci. Ce n'est que plus tard qu'il a songé à m'inviter à prendre quelque chose, mais il était trop tard pour moi.

Donc Barclay m'a tracé mon itinéraire et m'a donné un garçon pour me conduire. J'ai vu d'abord Straker ^, qui était le plus près de mon logis. Straker est un petit homme dont plus tard tu auras la vue. Straker, beaucoup plus mon homme que le garçon de Barclay, m'a offert de me piloter. Accepté! Nous grimpons dans un omnibus, je régale. Quel omnibus! Nous autres Français, quand nous avons inventé une chose, nous nous frottons les mains, et nous dormons sur nos deux oreilles. Les Anglais, eux, nous laissent inventer, parce que le tourbillon dans lequel ils usent leur vie à gagner de l'argent ne leur laisse guère le temps de méditer; mais ils prennent toujours la chose, la retournent en tout sens, la regardent, la nettoyent, la polissent, disent « very good, » ce qui dit tout, et ajoutent : mais cela a besoin d' « improvement, » c'est-à-dire de perfectionnement, et ils font une chose charmante, et surtout très utile ; car ici il y a peu d'art, et au contraire le commode abonde ; ils poussent Futile jusqu'aux limites du beau, ils ne touchent pas au beau vrai,

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