Voy. l'Appendice, n» XXXL
2. Il s'agissait du remplacement de M. de Sacy, conservateur des manuscrits orientaux à la Bibliothèque nationale, mort le 9 février 1838.
Comme j'avais eu le temps de songer à cette éventualité, et que j'étais plus que jamais décidé à me refuser à cette combinaison, je l'ai combattue en toute franchise, sans pouvoir convaincre M. Rochette. Mon parti n'en est pas moins pris, et je n'entrerai jamais comme adjoint à MM. GhampoUion ou Hase, ce qui revient toujours à GhampoUion. J'ai voulu vous exprimer de nouveau ma détermination, pour le cas où M. Rochette croirait pouvoir vous dire que j'accepterais en définitive l'adjonction. Vous m'approuverez, j'en suis sûr, de ne pas le faire, en considération de l'état où se trouve la Ribliothèque, peut-être un peu en considération de mon caractère. Il faut que je vous arrive avec une entière liberté. Rien au monde ne pourrait me décider à entrer dans une combinaison, fùt-elle inventée par le Gonseil des ministres en corps, dont le résultat serait de livrer aux mains de M. Ghampollion le dépôt tout entier des manuscrits français, latins, grecs, orientaux. J'aime mieux être dehors qu'adjoint à un tel état de choses, et spectateur inactif des luttes qu'il ne manquera pas d'amener dans le sein du Conservatoire.
Mais vous savez tout cela mieux que personne ; je désire seulement que vous soyez convaincu de ma gratitude pour l'empressement que vous n'avez cessé de mettre à me soutenir dans toute cette affaire.
Agréez la nouvelle et sincère expression de toute mon estime et de mon entier dévouement.
A M. James Prinsep, à Calcutta^
Paris, 15 mai 1838.
Je viens de voir dans votre Journal que vous
avez l'intention de publier des lithographies des cavernes de l'ouest de l'Inde. Je vous prie de m'inscrire sur la liste des souscripteurs à une œuvre d'un si haut intérêt, et qui mérite d'être imitée dans toutes les parties de l'Inde. On a peine à comprendre que les anciens monuments d'un pays si entièrement soumis à votre gouvernement aient été si négligés. Les Vues de Daniell sont infiniment trop chères et ne sont pas suffisamment précises.
J'ai vu votre charmant travail sur la fameuse inscription pâlie. Le fait est de la plus haute importance et vous fait le plus grand honneur. Sans doute il reste encore quelques difficultés, dont la plus sérieuse est, je crois, le nom du roi de Geylan ; mais d'autres inscriptions feront probablement disparaître cette difficulté. Vous êtes maintenant dans la grande voie des découvertes, et nous avons tout à espérer de vos persévérants et heureux efforts. Nous sommes loin, nous, de faire de si rapides et si brillants progrès. Nous manquons de
1. Voy. le Journal of the asiatic Society of Bengal (année 1838, vol. VII, 2" part., p. 985), où cette lettre est publiée en anglais, soit qu'Eugène Burnouf l'ait écrite ainsi, soit qu'elle ait été traduite par la rédaction du Journal. Nous avons cru devoir la mettre ici en français.
monuments, et nous ne pouvons étudier que la philologie. Là encore, il y a place pour des découvertes en ce qui touche la religion, la philosophie et la littérature ; mais ces découvertes le céderont toujours en intérêt aux découvertes historiques. L'explication et l'interprétation des textes est une tâche fastidieuse et aride. Il faut l'entreprendre cependant. Nous serons soutenus par l'espoir de retrouver, sur les monuments et les médailles, d'anciens mots et des formes oubliées qui peuvent servir à faire comprendre ces restes précieux d'une vénérable antiquité.
Le Mahâbharata réussit toujours. J'engage tout le monde à en prendre des exemplaires, en affirmant positivement (ce que je crois vrai) que, dans dix ans, on ne pourra plus se procurer ce beau monument de l'antiquité. La vente vraiment remarquable de cet ouvrage est, pour votre Société, un indice certain et indubitable des devoirs dont elle a la charge, et qu'attendent d'elle tous les savants de l'Europe. Sans doute, vous ne trouverez pas des acheteurs pour tous les Vademecum et tous les ouvrages en sanscrit, arabe, hindou et bengali que vos traducteurs traduisent de l'anglais ; mais je vous assure que vous vendrez le Mahâbharata, quelque volumineux qu'il soit, et que vous auriez vu les Védas et les Purànas épuisés en peu de temps, si vous, ou plutôt le premier Comité les avait entrepris, au lieu du Mitakchara et autres petits traités de lois du même genre, qui bientôt ne trouveront plus de lecteurs en Europe. Mais les grandes productions de la pensée des anciens, les vastes monuments du génie de l'Inde offrent un immense intérêt! En dépit des progrès de l'industrialisme (je n'ai pas l'intention
d'offenser M. Trevelyan^), l'Europe lira le Mahâbharata, les Védas et les Purânas, à moins que votre projet de lithographier ces ouvrages ne puisse pas être mis à exécution. Lithographiez les Védas, et vous acquerrez une gloire immortelle ! Si cette entreprise, comme la précédente, exige quelques avances de fonds, vous pouvez être certain que les frais seront couverts et au delà. Voyez le Mahâbharata ! — Au lieu de cent exemplaires, lithographiez deux fois ce nombre. Si vous ne pouvez pas le faire pour les Védas, ce que je regretterais amèrement, donneznous du moins le Ramâyana, les dix-huit Purânas, les codes de Narada, etc., etc