‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 37 sur 86 · Voy. l'Appendice, n» XIX · texte numérisé non relu

Voy. l'Appendice, n» XIX

déjà produits les généreux encouragements que vous aviez commencé à donner à cette entreprise. Nous vous devons déjà ce que les Anglais n'avaient jamais songé à faire pour eux , une liste des livres qui se trouvent à Bénarès. C'est un document qui est d'un grand intérêt, en ce qu'il nous met en droit de demander telle ou telle portion des écritures sacrées, suivant que nos moyens pécuniaires nous permettront de le faire. Quant à moi, je crois que le mieux serait d'avoir le tout, dussions-nous n'en lire jamais ici qu'un volume. Quoi qu'en dise M. de Salvandy sur l'état florissant des manuscrits orientaux de la Bibliothèque royale, j'aime à supposer que, dans deux ou trois générations, il y aura des hommes de science qui vous seront reconnaissants. Monsieur, de ce que vous avez fait pour assurer à la France la possession de ces précieux livres.

Je crois que nous ferons bien, M. Troyer et moi, d'envoyer au ministre de l'instruction publique une copie de ce document, avec une lettre collective signée de M. Troyer, qui a été votre agent officiel, et de moi, comme amateur de ces études. M. de Salvandy en fera ce qu'il voudra. Si l'administration ne saisit pas cette belle occasion, quelque autre gouvernement en fera sans doute son profit, car je suis décidé à faire insérer textuellement, dans le Journal asiatique, la traduction de cette lettre. Il me semble que cette belle liste des écritures brahmaniques appartient à l'Europe tout entière. Si la littérature indienne avait l'avantage de vous posséder comme ministre, je n'aurais donné de la publicité à cette lettre qu'après en avoir obtenu votre agrément. Mais, comme le Véda n'est ni pour

moi, ni pour M. Troyer, et qu'aucun membre de la Bibliothèque ne l'a demandé, ni ne s'est mis en peine de l'avoir, nous ne sommes liés par aucune considération particulière dans l'usage que nous pouvons faire du document que le zèle de M. Prinsep a mis entre nos mains. Le seul sentiment que nous éprouvions, et je ne suis pas en ce point le dernier, c'est celui de la plus vive reconnaissance pour vous. Monsieur, dont les hautes lumières s'étaient un instant portées avec tant d'intérêt sur un objet presque abandonné ici.

Permettez-moi, Monsieur, de vous en présenter de nouveau l'expression, et d'y joindre celle de l'admiration respectueuse avec laquelle je suis.

Votre très humble serviteur,

P. S. — J'ai à m'excuser auprès de vous de me servir d'une main étrangère. Mais je souffre depuis plus de douze jours de douleurs néphrétiques qui m'empêchent de tenir une plume.

A M. Adolphe Pigtet, major fédéral d'artillerie,

à Genève.

Paris, 2 juillet 1838.

Mon cher ami,

Votre charmant conte ^ m'a trouvé souffrant le martyre, depuis vingt jours, de ma néphrétique (avis aux

1. « Une course à Chamounix, conte fantastique, » par Adolphe Pictet, major fédéral d'artillerie. Paris, 1838.

eaux de Vichy), et atterré par une fièvre pernicieuse, suite des souffrances terribles contre lesquelles j'avais à lutter. Aussitôt que j'ai pu ouvrir les yeux, j'ai récréé ma convalescence par la lecture de ce conte, qui, à mon sens, n'est pas si fantastique qu'il veut le paraître. Georges* n'a certes pas lieu de s'en plaindre, quoique, en plus d'un endroit, il doive se dire : Diable de Major! Le Major, lui, est une nature qui se fait humble tout exprès, mais qui en pense encore plus qu'elle n'en laisse voir. J'aime surtout le chalumeau ; c'est un heureux symbole de l'analyse, cette arme puissante, la seule à l'aide de laquelle l'homme puisse conquérir le peu de vérités qu'il lui est donné d'atteindre. Quant à Frank-, c'est une nature d'élite que le Major choyé avec amour. Je n'ai rien à dire à cela, si ce n'est que j'admire avec lui l'objet de son admiration. J'ai toujours pensé que de tous les arts la musique était le seul qui s'emparât à la fois, et le plus fortement, des deux éléments de notre double essence. Il y a des arts qui parlent aux sens et ratent l'esprit, d'autres qui vont droit à l'esprit en sautant par-dessus les sens. La musique élève ce qu'il y a de plus pur dans notre nature spirituelle, en même temps qu'elle ébranle ce qu'il y a de plus délicat dans notre organisation matérielle. Vous avez dit sur son sens poétique des choses d'une vérité parfaite, et d'une forme frappante. En deux mots, j'ai été ravi de votre livre, et je vous remer-

1. Voir la lettre de Georges Sand à Adolphe Pictet (1838), publiée dans la Correspondance de Georges Sand, t. II, p. 104. (Note de la famille d'A. Pictet, qui a bien voulu nous envoyer une copie de la lettre d'Eugène Burnouf.)

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