‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 38 sur 86 · Franz Liszt · texte numérisé non relu

Franz Liszt

cie mille fois du plaisir qu'il m'a fait et de celui qu'il fait aux miens, car je ne veux pas être égoïste et je le fais lire à tous ceux qui me touchent.

Depuis que j'ai été enlevé par le sulfate de quinine aux messagers de Yama, je revois avec étonnement la lumière du jour, et je suis trop occupé de la forme des nuages pour penser à quoi que ce soit de terrestre. Je n'ai pas encore ouvert un livre. Dans cet océan sans rivage où je suis perdu, je ne sais à quoi me prendre; je ressemble à une fourmi noyée dans une cuvette. Où est la rive? Par où grimper?

Il est possible que, cet automne, je mette sous presse ma traduction du Bhâgavata Purâna avec le texte ; c'est de tous mes travaux celui qui est le plus prêt, quoique, à vrai dire, le jour de l'impression me fera voir encore bien des points obscurs, et je prévois que j'aurai beaucoup à faire. Mais c'est là notre condition à tous.

Si vous avez un moment pour m'écrire, dites-moi où j'en suis resté de ma liste de mots singhalais. Ne craignez pas de me mettre à l'œuvre pour vous, et croyez toujours aux sentiments de bien vif attachement et de sincère estime que je vous ai voués.

Votre bien dévoué,

Eug. BURNOUF.

A M. J. MOHL, à Stuttgard.

Paris, samedi 10 novembre 1838.

Mon cher ami,

Je commençais à trouver le temps long sans avoir de vos nouvelles; mais je me doutais bien que vous n'aviez guère de loisir pour faire de la correspondance inutile avec ce pays-ci. Je suis bien charmé et peu surpris de la fête qu'on vous fait chez vous; c'est bien le moins que vous trouviez chez les vôtres une compensation à la dureté avec laquelle on vous a traité ici.

Vous pouvez montrer votre volume^ à votre monarque légitime, car l'exemplaire doré a été présenté à votre souverain constitutionnel il y a cinq ou six jours; je ne l'ai su que par hasard, tant cet excellent Lebrun fait d'attention aux auteurs de ses magnifiques impressions! Votre roi, au reste, aura encore la primeur de votre ouvrage, car nous ne sommes pas près d'en avoir des exemplaires ; il a fallu quatre mois pour relier celui de Louis-Philippe ; on s'occupe maintenant à cartonner ceux du pubhc.

Rien de neuf ici. N'ayez aucune inquiétude pour les fonds de la Société; vous avez emporté la clef de la caisse dans votre poche, et j'en garde la porte au dehors.

J'ai ouvert, contraint par Gassin, une lettre qui

1. Le « Livre des Rois, » par Abou'lkasim-Firdousi , publié, traduit et commenté par Jules Mohl, t. L Paris, Impr. royale, 1838, in-fol.

VOUS était destinée; elle venait de Briggs, et j'ai vite reconnu à la première phrase qu'elle vous était personnelle ; Gassin ne m'avait pas dit qu'elle était venue avec une épître de Raw^linson "^ que me transmettait Briggs, et qui contient, avec des remarques fort curieuses, mais malheureusement trop courtes, l'expression des meilleurs sentiments et des véritables sentiments d'un homme de lettres de l'espèce honnête et ancienne. J'attends beaucoup de ce travail, qui doit nous donner trois ou quatre lettres de plus, encore vagues ici à cause du petit nombre de textes, et que Rawlinson a fort heureusement déterminées.

Nos amis, auxquels j'ai fait hier vos compliments, au reçu même de votre lettre, vous les renvoient au centuple et vous attendent avec une vive impatience.

Vous trouverez tout ici comme quand vous êtes parti, toujours Salvandy ministre, et, de plus, R. Rochette revenu ministériel! Vous savez que Lerminier l'est devenu à grand renfort de trompettes et de tambours, ce qui a dû beaucoup vous édifier. Le monde va de mieux en mieux.

Roulin me charge de vous dire qu'il vient de recevoir de son fils une lettre qui lui annonce son arrivée à Pise. Il est en bonne santé ^ Fauriel a eu aussi de

1. Le major Rawlinson (depuis sir H. -G. Rawlinson), aujourd'hui associé étranger de l'Académie des inscriptions et belleslettres, s'occupait de déchiffrer les inscriptions cunéiformes et particulièrement l'inscription de Darius à Behistoun.

2. L'année suivante, le D^ Roulin perdait ce fils unique, M. Louis Roulin, jeune peintre de grand talent.

Le Dr Roulin, qui avait rapporté de ses voyages en Amérique de savants travaux sur l'histoire naturelle et de beaux dessins faits par lui-même, devint bibliothécaire de l'Institut et membre

VOS nouvelles d'un autre côté, à ce qu'il m'a dit; mais vous êtes bien heureux de connaître d'ailleurs sa belle écriture, car il est trop peu épistolaire pour vous écrire de ce voyage-ci.

Lajard et mon père vous disent mille choses affectueuses et souhaitent bien de vous revoir bientôt.

Adieu, mon cher ami, revenez bien portant et ne m'oubliez pas à votre retour.

Tout à vous,

Eug. BURNOUF.

XGI.

A M. David d'Angers ^ à Paris.

Paris, 22 octobre 1840.

Monsieur et cher confrère.

Je mets bien de l'empressement à vous faire hommage du premier volume de ma traduction de l'un des dix-huit poèmes mythologiques et philosophiques de l'Inde^. Je voudrais pouvoir vous offrir quelque chose de plus digne de vous, et qui vous présentât l'hîde sous un meilleur jour. Mais, quand j'ai entrepris ce travail, nous n'avions pas l'espérance de jamais posséder à Paris le Mahâbharata, ni lesYédas. C'est là ce qu'il

de l'Académie des sciences. Il mourut le 5 juin 1874. Bon et compatissant autant qu'aimable et spirituel, il se prodiguait à ses proches, à ses amis, à tous les malheureux. La famille d'Eugène Burnouf lui a voué le plus reconnaissant souvenir.

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