M. Lenormant voyageait alors en Grèce. Il avait écrit de
avec un intérêt marqué, et elle a donné lieu à des observations confirmatives de la part de plusieurs de nos confrères. J'ai donc l'honneur de vous adresser le manuscrit, et je regrette seulement de n'avoir pu être plus tôt en mesure de remettre en vos mains ce manuscrit, dont je désire vivement, pour ma part, que le public érudit puisse jouir bientôt.
Je crois que M. Lenormant sera satisfait d'apprendre que sa communication a été accueillie avec intérêt et curiosité, et qu'il nous donnera d'autres marques de souvenir non moins précieuses pour la science et pour ses amis. Je serais bien heureux. Madame, si vous vouliez bien être auprès de M. Lenormant l'interprète de mes sentiments de dévouement cordial et de sincère attachement.
Veuillez recevoir. Madame, l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être
Votre très humble serviteur,
Eug. BURNOUF.
A M. E.-A. BÉTANT, à Genève.
Paris, 14 mars 1842.
Mon cher ami,
Vous avez toujours pris un intérêt trop cordial à la santé de ma femme, notamment à votre dernier voyage de Paris, pour que je ne m'empresse pas devons infor-
Syra une lettre relative au Musée étrusque et aux monuments antiques récemment découverts à Malte.
mer de son heureuse délivrance et du rétablissement graduel de sa santé. Il y a douze jours qu'elle a mis au monde une fille bien portante qui, depuis sa naissance, n'a fait encore que teter et dormir. Les deux derniers mois de sa grossesse, quoique exempts des accidents si graves de cet été, avaient été fort pénibles, et il lui avait été impossible de sortir, et presque de marcher dans le dernier mois. Vous comprenez sans peine qu'elle se ressente encore de cette fatigue si longtemps prolongée ; mais elle voit ses forces revenir de jour en jour, et, avec des ménagements, elle sera bientôt capable de prendre un peu d'exercice. Soyez assez bon, très cher ami, pour faire part de ce billet à M^^ Bétant, et pour lui dire combien ma femme a été sensible aux marques de bon souvenir qu'elle lui a données pendant son court séjour à Paris.
Nous avons bien des remerciements, mon père et moi, à vous adresser pour des preuves récentes de votre amitié inaltérable. Vous devinez que je parle de votre traduction de Pléthon, dont mon père vous est très reconnaissant, et du portrait de M. de Gandolle que vous avez été assez bon pour me faire remettre par un de vos amis, M. Salvagos. Je vous avoue que j'ai été très sensible à cette agréable surprise, et que j'ai grand plaisir à regarder les traits de ce digne savant que je considère comme un des classificateurs, c'est-à-dire des logiciens, les plus distingués de notre temps. J'ai un peu tardé à vous adresser mes remerciements, en premier lieu parce que M. Salvagos avait bien voulu se charger d'être mon interprète auprès de vous, ensuite, parce que mon père et moi nous espérions de jour en jour avoir quelque occasion de vous écrire.
Cette occasion se présente aujourd'hui, et vous ne doutez pas, je l'espère, de l'empressement que je mets à la saisir. Veuillez offrir à M.^^ Bétant mes respects les plus affectueux, et croire à l'attachement inaltérable de
Votre bien dévoué,
Eug. BURNOUF.
P. S. — Ayez la bonté de présenter mes compliments à la famille de M. Humbert, et de lui adresser tous nos vœux d'amitié.
cm.
A M. Théodore Benfey, à Gœttingue.
Paris, 30 avril 1842.
Monsieur,
Je mets bien de l'empressement à vous informer que la Commission du prix Volney vous a, sur mon rapport, décerné le prix pour 1 842. Votre travail, et notamment le second volume, a été jugé très solide et très savant. La Commission a cependant fait quelques réserves en ce qui touche quelques rapprochements qui n'ont pas paru également fondés. Mais elle n'en considère pas moins ce livre comme très consciencieusement traité, et je suis, pour ma part, très heureux d'avoir activement contribué à lui en donner cette opinion.
Je regrette de ne pas disposer en ce moment d'assez de temps pour m'entretenir avec vous de plusieurs questions douteuses et encore difficiles que renferme
votre livre. Je suis, depuis bien des mois, absorbé dans mon travail sur le Buddhisme. J'ai imprimé en totalité la traduction française du Lotus de la bonne loi; il manque encore les notes, qui sont presque achevées en manuscrit, mais que des lectures futures doivent sans doute augmenter. Mais ce qui m'occupe le plus, c'est l'introduction que je destine à cet ouvrage, elle est devenue un ouvrage à part, auquel je donnerai le titre d'Introduction à l'histoire du Buddhisme. J'y analyse un grand nombre des livres du Népal, et je les compare avec plusieurs données empruntées aux livres de Ceylan. Je commence, en outre, le second volume de ma traduction du Bhagavata Purâna ; tout cela me donne assez d'occupation.
Adieu, Monsieur, je vous renouvelle l'expression de mon estime, et je vous prie d'agréer mes sincères compliments.
Eug. BURNOUF.
A M. F. BOPP, à Berlin.
Paris, 25 mars 1843.
Monsieur et savant professeur.
J'ai reçu, il y a quelque temps, la dernière livraison de votre Grammaire comparative que vous avez été assez bon pour m'adresser. Les voies commerciales sont encore si lentes entre l'Allemagne et la France que ce volume ne m'est parvenu que bien longtemps
après l'époque où M. Goldstùcker* m'en annonçait l'arrivée, d'après votre bienveillante indication. Je ne vous dirai pas combien j'ai été frappé de la richesse des formes comparées, et de la sagacité si heureuse des rapprochements et des explications. Je ne vous apprendrais rien sur ce point que ne vous ait déjà dit l'Allemagne savante tout entière, mais je ne puis m'enpêcher de vous exprimer tout ce que m'a fait de plaisir l'ordre excellent de votre travail et la clarté parfaite avec laquelle il est exposé. C'est sans doute un mérite secondaire, puisqu'il ne touche qu'à la forme ; mais c'est un de ceux qui nous touchent le plus en France et que l'on trouve le plus rarement dans les ouvrages de philologie. Le présent fascicule l'offre à un très haut degré, et tel de vos articles peut, grâce à la précision et à la fermeté de la rédaction, passer pour un véritable modèle du genre.
Au reste, vous savez quel empressement j'ai mis, en plus d'une occasion, à exprimer ce que m'inspirent vos beaux travaux, et je ne fais ici que vous répéter ce que j'en ai dit plusieurs fois en pubhc, avec non moins de plaisir et autant de sincérité.
Puissiez-vous, Monsieur, faire jouir bientôt le public de la suite de cet ouvrage, et conserver assez de santé pour en achever encore d'autres que vous saurez bien rendre dignes de leurs aînés !
Votre très dévoué serviteur,
Eugène Burnouf.
1. Théodore Goldstùcker, l'un des plus fidèles et des plus savants élèves d'Eugène Burnouf, né à Kônigsberg en 1821, mort en 1872.
A M. Théodore Benfey, à Gœttingue.
Paris ^ 20 mai 1843.
Monsieur,
Rien ne pouvait m'être plus agréable que la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser pour m' annoncer l'heureux changement qui s'est opéré dans votre situation. Je vous remercie même d'avoir cru au vif intérêt que j'ai toujours pris à ce qui peut vous toucher. Vous pensez que la distinction, si bien méritée, que vous a décernée la Commission du prix Volney a pu avoir quelque influence sur la décision de votre gouvernement ; je me félicite alors de nouveau d'avoir coopéré à vous la faire obtenir. Mais elle ne pouvait manquer de vous être accordée, puisqu'il s'agissait de récompenser le savoir, le talent et le travail.
Je vois avec un grand plaisir que vous allez être en possession du repos d'esprit nécessaire pour continuer vos études, et pour achever votre travail étymologique ; je souhaite bien sincèrement que les honoraires qui vous sont accordés répandent dans votre intérieur un peu de ce bien-être dont un père de famille a toujours besoin, s'il ne veut pas voir la douleur et les inquiétudes troubler ses veilles. Je vous parle de ceci,
1. Presque toutes les lettres d'Eugène Burnouf sont datées de Paris, quoique, depuis 1842 jusqu'à sa mort, il passât l'été à la campagne ; c'est que, pour gagner du temps, il les écrivait à Paris, dans les courts séjours qu'il y faisait, entre son Cours au Collège de France, les séances de l'Académie et l'exercice de ses fonctions à l'Imprimerie royale.
parce que je suis père comme vous, et père de quatre enfants. C'était un des motifs qui me faisaient désirer le plus de vous voir sortir de la position critique où vous vous trouviez. Enfin, vous en voilà sorti en partie, et je vous en félicite du fond du cœur.
Adieu, Monsieur, croyez que je ne serai jamais étranger à tout ce qui vous regardera, et soyez bien convaincu que je me souviendrai toujours, et en particulier pour vous, de ce mot qui devrait faire cesser toutes les différences de nations, de tribus et de castes : Homo sum.
Votre bien dévoué serviteur,
Eug. BURNOUF.
GVI.
A M. Aristide Guilbert, à Paris.
Paris, 31 octobre 1843.
Monsieur,
J'étais absent de Paris lorsque votre lettre est arrivée chez moi, et cette circonstance seule m'a empêché de vous répondre plus tôt. Je suis très sensible à l'honneur que vous voulez bien me faire en supposant que je pourrais prendre part à votre publication de l'Histoire des villes de France, et je vous remercie en particulier de la manière, plus que polie, dont vous exprimez cette supposition. Mais je ne dois pas moins vous dire, avec toute la franchise qu'on se doit entre honnêtes gens, que mes études m'ont trop longtemps tenu éloigné de l'histoire spéciale dont vous avez
besoin pour que ma collaboration puisse vous être d'aucune utilité. Je suis né à Paris, c'est-à-dire dans une ville qui n'appartient à personne et à laquelle toute la France appartient. Jamais je ne me suis occupé d'autres antiquités que celles de quelques littératures orientales, et je suis même resté, à mon grand regret, étranger aux destinées modernes des pays de l'Asie où la France a joué un rôle.
Quand même je serais plus instruit sur les spécialités de l'histoire de France, tant en Europe qu'en Asie, j'ai en ce moment de trop graves engagements avec le public pour pouvoir disposer de la moindre partie de mon temps en faveur d'autres études.
Je me vois donc obligé. Monsieur, de décliner l'honneur que vous voulez bien me faire, et j'ose ajouter que c'est à peine si je regrette de ne pouvoir prendre part à votre collection, quand je vois qu'elle compte tous les noms spéciaux en histoire, les plus célèbres comme les plus estimables, ceux en un mot dont le juste renom est le mieux fait pour en assurer le succès.
Veuillez recevoir. Monsieur, avec l'expression de mes regrets, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Eug. BURNOUF.
GVII.
A M. F. -A. POTT, à Halle.
Paris, 9 mars 1844.
Monsieur,
Je suis très honoré de la marque de confiance que
VOUS voulez bien me donner, et je me hâte de vous le prouver autant qu'il est en moi. Je n'ai pas hésité longtemps sur la question que vous me faites l'honneur de me poser. Je pense qu'il y aurait quelque inconvénient à soumettre au jugement de la Commission * un ouvrage incomplet. Il est bien vrai que l'on peut considérer la partie de votre volume comme la plus importante en ce qu'elle renferme la grammaire. Mais la partie lexicale n'a pas moins d'intérêt pour la question, et j'ose dire qu'elle en a beaucoup pour la Commission qui est très accessible aux comparaisons lexicologiques dont on peut, en quelque sorte, toucher au doigt la certitude. Elle ne l'est pas moins aux discussions grammaticales, mais ces discussions portent coup moins rapidement et moins sûrement que les rapprochements de mots. J'ai cru pouvoir user de la faculté que vous me laissez par votre lettre, et j'ai réservé le demi-volume que vous m'avez envoyé pour le concours de l'année prochaine. Soyez assez bon pour m'envoyer, avant le 1^^ mars prochain, soit le complément du volume que j'ai déjà reçu, soit un autre exemplaire entier. Il serait bon que vous prissiez la voie d'un libraire sûr et que vous missiez le tout sous le couvert de l'Institut de France : « A Messieurs les membres de l'Institut de France, composant la Commission Volney, au palais de l'Institut, Paris. » A cette époque, votre ouvrage se présentera avec tous ses avantages, et vous ne pouvez douter de l'intérêt que mettra la Commission à l'examiner.
Je ne suis pas en mesure de vous répondre d'une