‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 44 sur 86 · La mort d'un frère de M. de Raynal, qui habitait Paris · texte numérisé non relu

La mort d'un frère de M. de Raynal, qui habitait Paris

suis fort inquiet de la santé de mon dernier enfant, qui est prise de la poitrine. Je sais bien que ce sont là des causes personnelles, sinon des excuses de mon silence, et ce n'est pas un grand effort d'amitié que de sentir plus vivement ses maux que ceux de ses amis. Je souhaite cependant d'être le seul auquel vous soyez en droit d'adresser des reproches, quelque fondés qu'ils soient. Combien n'aurais-je pas eu de mécomptes de ce genre à éprouver et à constater lorsque, en moins de trois années, j'ai perdu ma mère et mon père ; mon père surtout, dont la mort a frappé d'une manière plus cruelle mes enfants dans leur avenir ! Je reçus alors de bien nombreux témoignages d'une douloureuse sympathie et j'en garde religieusement les preuves. Eh bien ! vous serez peutêtre surpris d'apprendre qu'ils me furent tous donnés par des personnes étrangères, qui, pour la plupart, m'étaient tout à fait inconnues. J'ai cependant retrouvé mes amis plus tard, et je crois pouvoir compter comme auparavant sur leur bonne amitié.

Je suis satisfait d'apprendre les termes dont s'est servi M. Guérard avec vous. Je le croyais dans d'autres dispositions; mais alors, sans doute, il n'avait pas lu votre livret J'ignore absolument comment sera composée la Commission. Cette affaire sera décidée séance tenante. Je puis seulement vous dire que MM. Vitet, Lenormant, Guérard et moi nous ne pouvons en faire partie, parce que nous y avons figuré trop récemment. Votre position n'en est pas moins bonne, et, ce

1. L' « Histoire du Berry, » qui obtint le premier prix Gobert en 1847.

qui vous donne des chances, c'est que plusieurs de nos confrères ne se prêteront pas facilement à l'idée de continuer le prix deux ans à la même personne. Il est cependant survenu un incident qui peut conserver quelques chances à M. de Pétigny : c'est qu'il n'a pu obtenir le titre de correspondant auquel il aspirait. Ses amis tenteront sans doute un effort en sa faveur, et leur bienveillance serait rendue plus active encore s'il publiait, comme on l'annonce, un nouveau volume. Je pense donc que nous avons encore besoin de nous éclairer avant de vous donner le conseil de vous présenter officiellement. Mais je ne tarderai pas à vous écrire de nouveau, pour vous tenir au courant et surtout pour vous mettre en mesure de ne pas laisser écouler le délai légal, si vous devez envoyer cette année votre livre au concours.

Tout à vous de cœur,

A M. F.-A. POTT, à Halle.

Paris, 14 avril 1846.

Monsieur et savant ami.

Si j'ai aussi longtemps tardé à répondre à votre lettre amicale de l'année dernière, ne croyez pas que j'y sois resté indifférent ni que j'aie oublié ce que je vous devais de reconnaissance, et pour les termes bienveillants qu'elle renfermait, et pour le précieux cadeau de vos deux volumes qu'elle m'annonçait et qu'elle a

précédé de quelque temps. Je connaissais déjà une bonne partie de vos deux volumes, et je me félicite d'avoir contribué pour ma part à faire ressortir, aux yeux de la Commission de Volney, les mérites signalés et nombreux qui les distinguent^; mais je n'en ai été que plus heureux de posséder dans ma bibliothèque un ouvrage qui est si riche en analyses profondes et en rapprochements curieux. Vous savez, Monsieur, avec quel plaisir je consulte votre travail général étymologique sur les langues indo-européennes; et, si vous jetez quelquefois les yeux sur les rares articles de philologie zende que j'insère de temps à autre dans le Journal asiatique, vous devez voir quel fruit je retire de la lecture de vos recherches.

Malheureusement, les engagements que j'ai pris avec le public et aussi avec l'administration de l'Imprimerie royale pour la publication de l'Introduction à l'histoire du Buddhisme et de ma traduction du Bhâgavata Purâna m'éloignent, pour quelque temps encore, des recherches philologiques, pour lesquelles j'ai un attrait tout particulier. C'est pour moi un motif de plus d'attacher un grand prix à la lecture de vos travaux et de ces savants Mémoires, où, sûr d'un public ami de ces études, vous pouvez donner à vos recherches les savants développements qui les rendent si fructueuses et si intéressantes.

Adieu, Monsieur, veuillez m' excuser d'avoir si longtemps tardé à vous répondre ; et soyez assez bon pour

1. Le titre de l'ouvrage de Pott, qui a obtenu le prix Volney en 1846, est : « Die Ziegeuner in Europa und in Asien. » Halle, 1844-45, 2 vol. in-8'.

me conserver un peu de votre souvenir, dont la pensée me sera toujours infiniment précieuse.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma sincère estime.

Votre bien dévoué,

A M. G.-DuPLESSisS à Paris.

26 juin 1846.

Monsieur,

Je suis très sensible à l'honneur que vous voulez bien me faire en appelant ma coopération au savant recueil que vous dirigez, et je suis surtout extrêmement touché des termes si bienveillants pour moi de votre lettre. Mais j'ai le regret de ne pouvoir prendre aucun engagement du genre de celui que vous voulez bien me proposer. C'est pour moi un principe, duquel je ne me suis jamais départi jusqu'à ce jour, de n'écrire dans aucun autre recueil périodique que ceux où le choix de mes confrères m'a appelé. Ce n'est pas que je ne désire vivement de voir les études indiennes, dont on parle trop peu en France, représentées dans un recueil périodique sérieux; mais c'est que les engagements que j'ai pris avec le Journal des Savants et le Journal asiatique me font un devoir de ne pas porter ailleurs ce que j'ai promis

1. P. -A. Gratet-Duplessis (1792-1853), ancien recteur de l'Académie de Douai, directeur de la Revue de philologie.

à ces recueils. Vous jugerez, Monsieur, que cette règle doit être pour moi invariable quand vous saurez combien peu j'écris dans ces journaux; et si je n'y écris pas davantage, c'est que mes études, difficiles à cause de leur nouveauté, prennent tous mes moments et m'en laissent à peine quelques-uns pour les lectures indispensables à des recherches de quelque étendue.

Je suis entré dans ces détails. Monsieur, pour vous prouver que j'ai des motifs réels pour m'abstenir de toute coopération à un recueil périodique quelconque. Je regrette beaucoup de ne pas être en mesure de pouvoir me rendre à vos désirs. Votre recueil serait certainement celui auquel j'aimerais le mieux à coopérer.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

ex VI.

A M. LE PROF. E.-A. BÉTANT, à Genève.

Paris, 24 juillet 1846.

Mon cher ami,

Je profite d'un voyage que fait à Genève mon ami, M. Piccolos, pour vous demander de vos nouvelles et pour vous donner des nôtres. Nous nous portons tous bien par celte température tropicale, et nous supposons qu'il en est de même chez vous, et peut-être mieux à cause du voisinage de votre beau lac. Cependant, je serais heureux d'apprendre de vous quelque chose de plus positif que cette supposition.

M. Piccolos, qui va à Genève, serait bien heureux de faire votre connaissance et, par vous, celle des philologues qui honorent votre ville. Vous pensez bien que c'est à vous que j'ai dû le présenter en premier lieu. C'est un des hommes les plus honorables et les plus savants que la Grèce nous ait envoyés. Quoiqu'il soit resté Grec, ainsi qu'il le devait, il est devenu aussi Français que vous et moi. Vous serez, je n'en doute pas, heureux de causer avec lui de son beau pays, et lui vous entendra certainement, avec le plus grand plaisir, sur les faits desquels vous pouvez dire : Et quorum pars magna fui.

Recevez donc M. Piccolos comme un ami littéraire de vos amis, et croyez qu'il vous en sera très reconnaissant. 11 va sans dire que vous ne l'aurez pas obligé seul.

N'oubliez donc pas de nous écrire un mot de vous et des vôtres, et présentez les amitiés de ma femme à Madame Bétant et à vos chers enfants.

Votre bien dévoué,

A M. A. WeberS à Breslau.

Paris, 31 décembre 1846.

Monsieur, J'ai reçu, il y a peu de temps, la lettre accompagnant

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