‹ Choix de lettres d'Eugene Burnouf, 1825-1852. Suivi d'une bibliographieChapitre 45 sur 86 · M. le professeur Albrecht Weber, de Berlin, correspondant · texte numérisé non relu

M. le professeur Albrecht Weber, de Berlin, correspondant

deux exemplaires de votre traduction et analyse d'un fragment du Yadjur-véda que vous m'avez fait l'honneur de m' adresser. Je fais cette remarque pour que vous ne croyiez pas que j'ai longtemps tardé à vous exprimer mes remerciements, ce que pourrait vous faire penser la date de votre lettre, qui est du 22 décembre 1 845. Le fait est qu'elle ne m'est arrivée que vers les premiers jours de décembre 1846.

J'ai lu, avec infiniment de plaisir et d'instruction, le texte et surtout les notes qui composent la plus grande partie de votre volume, et je pense que vous avez heureusement résolu les difficultés, souvent considérables, que présente l'interprétation des mots védiques. Votre procédé est non seulement le meilleur, mais c'est même le seul qui puisse donner quelques résultats certains. Ces vieux mots ont besoin d'être éclairés par la double lumière des opinions traditionnelles et de l'analyse grammaticale. Votre analyse, consciencieuse et soignée, est un bon coup d'essai, qui doit vous encourager à entreprendre la publication du Sàmhitâ tout entier. Je suis bien convaincu que M. Stenzler, qui est bon juge de ces matières, doit être de mon avis. L'importance des textes védiques, non seulement pour eux-mêmes, mais encore pour l'histoire des développements de la mythologie et de la philosophie indienne, est telle que l'étude de ces textes passe avant toutes les autres.

Croyez bien. Monsieur, que je verrai avec un très vif plaisir la continuation d'un travail aussi habilement

de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, a bien voulu nous envoyer cette lettre et nous permettre d'en prendre copie.

commencé, et recevez, avec mes remerciements, l'assurance de ma bien sincère estime.

Votre tout dévoué serviteur,

P. S. — Soyez assez bon pour me rappeler au souvenir amical de M. Stenzler. Son Mrîtchtchhakati sera certainement un beau et bon livre par le fond, et par la forme qu'il y saura mettre.

GXVIII.

A M. J. MOHL, à Berlin.

Ghâtillon, 5 septembre 1847.

Mon cher ami.

Je m'empresse de répondre, pour ma femme et pour moi, que nous sommes encore en vie et qu'aucun pair de France ne nous a encore homicides ^ Nous gelons à Ghâtillon par trois ou quatre degrés audessus de glace tous les matins depuis dix jours, et nous n'avons d'autre perspective que de voir le raisin pourrir sur la vigne. Si vous voulez trouver quelques pêches sur pied, hâtez -vous de revenir, autrement tout aurait disparu dans le prochain cataclysme dont la terre est menacée en expiation de ses méfaits.

Ma femme me charge de vous faire ses félicitations les plus sincères sur la détermination que vous avez prise. Elle est fière que ses instances continues sur le fait du mariage se soient si bien trouvées d'accord

1. Le duc de Praslin avait assassiné sa femme le 18 août 1847.

avec vos penchants secrets. Quant à la marmaille, c'est une autre affaire. Elle n'a pas pris la nouvelle avec cette satisfaction, et une bombe n'aurait pas fait pousser plus de cris en tombant au milieu du gynécée, ce fameux dimanche où votre lettre nous est venue.

J'ai montré votre billet à nos amis du Cabinet littéraire, qui me chargent de mille choses pour vous. Roulin n'ira en Bretagne que dans le mois d'octobre. Landresse^ est à sec, vu que Libri a parachevé ses deux cent mille francs avec sa vente et qu'il n'a plus absolument rien à vendre ni chez lui, ni en lui. On a vu avec joie que vous songiez à tourner cap de notre côté, c'est ce que vous pouvez faire de mieux, si j'en juge par l'effroi légitime que vous cause l'article bagage. Je pense comme vous là-dessus, et comme mes amis sur votre retour.

Reinaud a soutiré à M. de Salvandy la petite somme de cinq cents francs, ce dont il est fier, comme de raison. Je lui ai exprimé la crainte que ce grand effort du ministre n'épuisât la citerne de sa libéralité et ne coupât dans sa racine le palmier de la souscription que nous avions le désir de planter sur la fertile plaine du Budget. Le président a répondu qu'il veillait à tout, ce qui m'a donné immédiatement une profonde envie de dormir.

Soyez assez aimable pour dire mille choses flatteuses à Bopp. Il croit toujours que, parce qu'il a fait un peu de zend en même temps que moi, je lui en veux beaucoup. Détrompez-le là-dessus.

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